La crise en Europe confirme le pouvoir de l'Allemagne

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Le nouveau siège social de la Banque centrale européenne à Francfort en Allemagne.

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Richard CARTER
Agence France-Presse
Paris

Vingt-cinq ans après la chute du Mur de Berlin, le pouvoir en Europe est aujourd'hui aux mains de l'Allemagne, et non à Bruxelles, Paris ou Londres, et la crise persistante dans la zone euro ne fait que renforcer cette position, soulignent les analystes.

«On a battu les Allemands à deux reprises et les voilà qui reviennent», prophétisait l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher après la chute du Mur en 1989, craignant que la réunification ne conduise à une prédominance de l'Allemagne en Europe.

Il suffit de se souvenir d'Athènes en 2012, au pire de la crise de la zone euro, pour admettre que ses craintes se sont matérialisées: la chancelière Angela Merkel y avait été brocardée avec des images nazies et accueillie par des manifestations hostiles contre un effort d'austérité largement considéré comme émanant d'un ordre de Berlin.

«Avant la chute du Mur, l'Allemagne était un peu en marge de l'Europe. Aujourd'hui, elle est au centre de l'Europe d'un point de vue géographique, économique et politique», résume Karel Lannoo, directeur au Centre d'études politiques européennes à Bruxelles.

«Elle est le coeur du réacteur de l'Europe. Pendant la crise financière, on a vu que Berlin était le lieu le plus important en Europe, et pas Bruxelles», dit-il à l'AFP.

L'Allemagne réunifiée s'est, de fait, imposée comme le géant de l'Union européenne, contribuant pour plus de 27% à la production de la zone euro.

Et à l'aune de son poids économique, l'Allemagne a été appelée à la rescousse plus que n'importe quel autre partenaire pour renflouer les pays croulant sous la dette et éviter que l'Europe s'effondre.

Craignant la colère de ses électeurs, Angela Merkel s'est d'abord montrée réticente à utiliser l'argent des contribuables pour alimenter un fonds de renflouement destiné à restaurer la confiance en la devise européenne, ce qui lui valut le sobriquet de «Madame Non».

Mais la chancelière a finalement cédé en promettant le soutien de l'Allemagne pour instaurer un pare-feu financier afin de protéger les États les plus fragiles. Elle a simultanément pris la tête d'un petit groupe de pays, principalement d'Europe du Nord, pour exiger une surveillance budgétaire plus stricte et des mesures d'austérité impopulaires.

«Depuis le début de la crise dans la zone euro et le débat sur le pouvoir de l'Allemagne en Europe qui s'en est suivi, les conséquences de la chute du Mur apparaissent sous un tout autre jour que lors du 20e anniversaire» de cet événement historique en 2009, souligne Hans Kundnani, du Conseil européen sur les relations étrangères basé à Berlin.

Appel à un plus grand rôle international

Les analystes soulignent que la force actuelle de l'Allemagne découle de ses récents succès économiques: il y a encore quelques années, au début des années 2000, le pays était même surnommé «l'homme malade» de l'Europe.

La puissance de Berlin est «probablement provisoire», estime M. Lannoo, citant les «problèmes économiques à long terme» de l'Allemagne, en particulier la baisse démographique et le faible taux de natalité.

Cet expert souligne aussi que l'actuelle faiblesse économique de la France a transformé le couple franco-allemand, traditionnel moteur de l'Europe, en tandem particulièrement déséquilibré.

Paradoxalement, alors que la crise économique en Europe a consolidé le rôle de l'Allemagne, de nombreuses voix regrettent que Berlin rechigne à adopter un rôle de leader sur la scène internationale.

En politique étrangère, l'Allemagne est considérée hors de l'Europe comme une puissance dominante. Angela Merkel a par exemple discuté avec le président russe Vladimir Poutine depuis le début de la crise ukrainienne beaucoup plus que tout autre dirigeant européen.

Mais au sein de l'UE, elle est toutefois critiquée à cause de sa position parfois timorée. Alors que la France a été l'un des premiers pays à déployer des avions pour participer aux frappes contre l'État islamique au sein d'une coalition dirigée par les États-Unis, l'Allemagne, elle, a limité son engagement à la formation au maniement d'armes de combattants kurdes.

«L'Allemagne rechigne à jouer un rôle prépondérant sur la scène mondiale et cela empêche l'Europe de le faire si l'Allemagne n'est pas d'accord», déplore Karel Lannoo.




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