L'Argentine veut rembourser ses créanciers à Buenos Aires

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Alexandre PEYRILLE
Agence France-Presse
Buenos Aires

L'Argentine, placée en situation de défaut partiel, souhaite rembourser 100% de ses créanciers sur la place financière de Buenos Aires, plutôt qu'à New York, une initiative dictée par le blocage aux États-Unis d'échéances de sa dette.

La présidente de centre-gauche Cristina Kirchner avait annoncé mardi soir ce changement de lieu de paiement, faute de pouvoir faire transiter les remboursements par New York.

Mercredi, le ministre de l'Économie Axel Kicillof a précisé que l'Argentine allait également déposer sur un fonds fiduciaire de la banque publique Banco Nacion ce que le pays estime devoir à 7% des créanciers, des fonds spéculatifs ayant jusqu'ici refusé toute restructuration de la dette, à l'inverse de 93% des créanciers.

Parmi les fonds spéculatifs figurent les fonds «vautours» NML et Aurelius, vainqueurs d'une longue bataille judiciaire contre Buenos Aires.

«L'Argentine veut honorer les échéances de sa dette, et comme notre canal de paiement est obstrué (un paiement de 539 millions USD est bloqué à New York, NDLR), nous avons cherché une autre modalité», mais «elle n'est pas obligatoire, chaque créancier peut chercher ou solliciter un autre lieu de paiement», a précisé le ministre argentin.

Si le fonds «vautour» NML, propriété du milliardaire républicain Paul Singer, acceptait cette modalité, ce qui est peu probable, il empocherait un gain de «300%», a assuré le ministre.

Mais beaucoup moins que le jugement américain, auquel Buenos Aires refuse de se plier, qui octroie plus de 800 millions de dollars à NML pour un investissement initial de près de 50 millions, soit une culbute de 1600%.

Le ministre de l'Économie présente la réforme comme un changement de guichet, un «changement de lieu de paiement» et «pas un changement de juridiction».

Projet de loi 

Le gouvernement argentin a envoyé au Congrès un projet de loi en ce sens, qui a de grandes chances d'être voté, car la coalition de centre gauche de Mme Kirchner détient la majorité à la Chambre des députés et au Sénat.

Dans ce cas, la prochaine échéance de la dette, de 200 millions de dollars, serait payée le 30 septembre aux créanciers par le biais de Banco Nacion.

«Pour sauvegarder le versement aux créanciers qui ont accepté les restructurations de dette de 2005 et 2010, Banco Nacion a été désignée en remplacement de Bank of New York Mellon, sans préjuger de ce que décideront les détenteurs de bons. C'est une mesure basée sur le volontariat», a expliqué Cristina Kirchner.

Le dernier remboursement de dette argentine aux créanciers privés, 539 millions de dollars, est bloqué depuis le 26 juin sur un compte de Bank of New York, sur décision du juge américain Thomas Griesa, qui a condamné l'Argentine à verser 1,3 milliard de dollars aux deux fonds «vautours», détenteurs de moins d'un pour cent de la dette.

Mais Buenos Aires s'y refuse, avançant que l'application du jugement ferait s'écrouler la restructuration de la dette acceptée par 93% des créanciers.

Le choix de faire transiter par les États-Unis le remboursement de ses échéances venait au départ de l'Argentine, qui avait obtenu ainsi un allègement considérable de sa dette publique après la crise économique de 2001 (une décote d'environ 70%).

Sollicité par l'AFP, NML n'a pas souhaité réagir à l'annonce argentine.

Cette ultime initiative de Buenos Aires intervient après l'échec de négociations à New York entre fonds «vautours» et une délégation gouvernementale argentine, et d'une démarche avortée de banques argentines, puis internationales, pour racheter leurs créances aux fonds «vautours».

Déclarée en «défaut de paiement partiel» par les agences de notation, l'Argentine réfute cette qualification, mettant en avant sa volonté d'honorer ses dettes et sa solvabilité. Pour cela, elle a versé la semaine dernière 3 milliards de dollars à la Banque mondiale et à la Banque interaméricaine de développement (BID).

Parallèlement, Buenos Aires a déposé plainte contre les États-Unis devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, plus haute juridiction de l'ONU, dont Washington ne reconnaît pas l'autorité.




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