Les courtiers immobiliers attendent impatiemment l'issue des élections

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Peter Rakobowchuk
La Presse Canadienne

Des courtiers immobiliers des deux côtés de la frontière entre l'Ontario et le Québec s'entendent sur une chose: le marché retient son souffle alors que les acheteurs attendent de connaître l'issue des élections provinciales québécoises.

Des agents estiment toutefois qu'une éventuelle majorité du Parti québécois le 7 avril n'aurait pas pour effet de provoquer un exode de masse, comme ce fut le cas après la première victoire électorale du parti souverainiste, en 1976.

Des milliers de Québécois, principalement anglophones, avaient quitté la province quand le parti dirigé par René Lévesque avait surpris le reste du Canada en obtenant la majorité aux élections.

Libby Broady, une courtière en immeubles de Beaconsfield, dans l'ouest de l'île de Montréal, affirme que le marché a adopté une attitude attentiste cette fois-ci.

«Tout semble être suspendu du point de vue des acheteurs», affirme-t-elle en entrevue. «Les acheteurs ne se précipitent pas et ne font pas d'offres.»

Mme Broady, qui travaille dans l'immobilier depuis 26 ans, indique que le marché local s'est amélioré en janvier et février, après un ralentissement en 2013.

Cette reprise a été freinée par le déclenchement des élections, le 5 mars, affirme-t-elle.

«Nous assistons à un assèchement complet des ventes depuis le déclenchement des élections et nous avons constaté un véritable ralentissement dans le nombre de visites de nos propriétés.»

L'agente souligne toutefois qu'il n'y a pas de mouvement massif de vente par des propriétaires souhaitant déménager de l'autre côté de la frontière, en Ontario.

Mais cela pourrait changer si le PQ gagne les élections, pense-t-elle.

«Peut-être que si le PQ remporte la majorité et recommence à parler de référendum, nous verrons un scénario complètement différent», estime Mme Broady.

«On pourrait alors voir des gens souhaitant sérieusement vendre leur maison et partir, mais nous n'en sommes pas là pour le moment.»

L'agente d'immeubles pense que les personnes âgées pourraient être parmi les premières à envisager de quitter le Québec si le PQ gagne les élections.

«Ce sont les retraités qui en ont assez et qui pensent qu'il est temps de partir», affirme-t-elle. «Je n'en ai pas vu beaucoup qui ont mis leur propriété en vente dans le but de partir, mais peut-être que cela se produira si le PQ remporte la majorité.»

Une courtière en immeubles de Hawkesbury, en Ontario, constate elle aussi que le marché semble au point mort en ce moment.

Pour Lana Barnes, le problème s'explique par le fait que les Québécois, et particulièrement ceux qui vivent dans l'ouest de Montréal, n'arrivent pas à vendre leur maison.

Elle a lancé à la blague qu'elle aimait beaucoup la chef du PQ, Pauline Marois.

«Plus elle parle et mieux c'est pour mes affaires, parce que les gens continuent de venir ici» pour tâter le marché, affirme l'ex-Montréalaise, qui a quitté le Québec avec son mari en 1979.

«Nous nous sommes mariés il y a 37 ans, quand il y avait tous les problèmes au Québec», explique la femme de 60 ans. «Alors nous nous sommes demandé: »Voulons-nous investir notre argent au Québec ou en Ontario?« Et nous avons choisi l'Ontario.»

Hawkesbury, qui se trouve en bordure de la rivière des Outaouais, est à moins d'une heure de route de Montréal.

Mme Barnes affirme que depuis la victoire minoritaire du PQ en septembre 2012, les demandes des acheteurs originaires du Québec ont triplé, passant de deux à six appels par semaine.

Mais les statistiques immobilières obtenues par La Presse Canadienne montrent plutôt qu'il n'y a pas eu de hausse significative des ventes de maisons à Hawkesbury dans les mois ayant suivi l'élection du PQ.

Un rapport mensuel des ventes indique que 11 propriétés y ont été vendues en septembre 2012, puis 12 en octobre, et 11 en novembre. En 2013, les ventes dans le marché de Hawkesbury ont totalisé 20 résidences.

Le rapport a été fourni par la Chambre immobilière de Cornwall.

Jackie Smith, une courtière en immobilier de Lancaster, une autre municipalité ontarienne située tout près de la frontière avec le Québec, pense elle aussi que le marché ne bougera pas avant les élections du 7 avril.

«Nous avons l'impression que tous ceux qui pourraient envisager de partir sont assis, attendent, lisent les journaux et regardent la télé en attendant de voir ce qui va se passer», a-t-elle affirmé en entrevue.

Mme Smith, âgée de 68 ans, vend des maisons dans la région de Lancaster depuis qu'elle a quitté le Québec, en 1992.

«Pendant tout ce temps, nous avons vu arriver des acheteurs du Québec, ils vont et viennent selon le parti au pouvoir et ce que celui-ci fait et dit», souligne-t-elle.

Mme Smith affirme que les nouveaux acheteurs qui s'installent dans sa région, parsemée de villages et de propriétés rurales, sont préoccupés par la situation politique, mais cherchent aussi des résidences à prix raisonnable.

Le président de la Chambre immobilière de Cornwall, Jacques Perreault, souligne que le marché est marqué par le départ à la retraite des baby-boomers.

Il affirme que les retraités veulent vendre leurs propriétés dans les grandes villes et déménager dans de plus petites localités, cherchant à améliorer leur confort et à diminuer leur stress.

M. Perreault, agent immobilier à Cornwall depuis 12 ans, n'est pas certain que la situation politique au Québec soit la principale raison qui en pousse certains à quitter la province.

«Je ne pense pas que ce soit un fait absolu que les gens quittent le Québec parce que c'est tellement intolérable», dit-il. «Je ne pense pas que nous en soyons rendus à ce point, mais cela les aide certainement à prendre leur décision.»

M. Perreault, âgé de 57 ans, n'a pas senti de vent de panique après l'élection du PQ en 2012.

«J'ai toujours eu des clients du Québec, j'en ai eu quelques-uns l'an dernier, mais était-ce à cause du PQ? (...) Je crois que nous le découvrirons le 8 avril.»




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