La Caisse à la conquête du monde

Michael Sabia, PDG de la Caisse de dépôt... (Photo David Boily, La Presse)

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Michael Sabia, PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Photo David Boily, La Presse

Michael Sabia a entrepris en mars dernier un second mandat de cinq ans à la Caisse de dépôt et placement. Après avoir opéré un redressement inévitable à la suite de la crise financière de 2007-2008, solidifié ses équipes de gestion et généré des résultats satisfaisants, le patron de la Caisse veut maintenant élever le niveau de jeu de l'institution pour en faire un acteur d'envergure mondiale.

Au cours des cinq dernières années, Michael Sabia a été un homme fort occupé. Il a pris la direction de la Caisse de dépôt alors que déferlait la pire crise financière internationale depuis la Grande Dépression des années 30, au moment où l'institution québécoise traversait elle-même une crise de leadership.

Il a patiemment opéré les transformations qui s'imposaient en réduisant notamment l'exposition au risque des différents portefeuilles de la Caisse tout en investissant activement dans quantité d'entreprises québécoises.

«On a d'abord solidifié nos fondations en stabilisant nos équipes qui sont maintenant plus agiles. Ça, c'était le chapitre un. À partir de 2011, on a augmenté la liquidité de nos portefeuilles et on a investi dans les pays émergents. Ça, c'était le chapitre deux.

«Le chapitre trois, que l'on amorce, vise à développer une organisation mondiale, à élever notre niveau de jeu, que ce soit sur le plan géographique, celui de la qualité de nos compétences ainsi que de nos processus de prises de décision», explique Michael Sabia.

Les temps ont changé, constate le gestionnaire. On ne vit plus l'époque du «big money», on évolue plutôt dans un environnement de «smart money». L'information, «l'intelligence», est maintenant, plus que jamais, au coeur du processus de l'investissement.

Chercher le rendement là où il se trouve

La course au rendement s'est donc passablement compliquée et pour ne pas arriver dernier, il faut être le mieux équipé possible, étant donné que la concurrence est sans pitié.

Durant plus de 30 ans, la Caisse pouvait compter sur une récurrence quasi assurée de rendement avec son portefeuille de revenu fixe qui lui assurait des rendements annuels de 7, 8 ou 9%. Ce même portefeuille peine aujourd'hui à livrer de 2 à 3%.

«Le défi fondamental pour assurer des rendements à nos déposants est donc d'élever notre niveau de jeu dans un environnement de plus en plus difficile», observe Michael Sabia.

Il faut, en conséquence, chercher le rendement là où il se trouve. La Caisse a 22% de ses actifs investis au Québec, mais l'économie québécoise ne compte que pour 0,3% de l'économie mondiale.

Au total, 56% des actifs de la Caisse sont investis au Canada contre 44% dans le reste du monde, principalement en Europe, aux États-Unis et dans les pays émergents.

«On veut augmenter nos investissements à l'étranger, mais on va le faire de façon ordonnée.

«On veut trouver les meilleurs partenaires dans les marchés qui nous intéressent. Des gens qui savent où sont les occasions. On veut qu'ils pensent à nous quand ils projettent de réaliser une grosse transaction», explique le PDG de la Caisse.

L'institution a ciblé quatre grands marchés porteurs de croissance: la zone de l'ALENA, l'Asie, l'Inde et l'Australie. Elle compte ouvrir des bureaux au cours des 18 prochains mois à Singapour, Mexico, Washington, Sydney et Mumbai.

«Il faut être présent sur place pour se rapprocher de nos partenaires, pour avoir une meilleure connaissance des marchés, des gouvernements, et pour assurer un meilleur suivi des entreprises dans lesquelles nous allons investir.

«Par exemple, à Singapour, on fait déjà affaire avec les fonds GCI et Temasek. Ils connaissent très bien leur marché tout comme on peut leur assurer la même collaboration pour les marchés de l'Amérique du Nord et du Sud», expose Michael Sabia.

Un mouvement incontournable

Si l'Asie et l'Inde sont des puissances émergentes que l'on peut difficilement ignorer, Michael Sabia veut aussi tirer avantage de la première économie mondiale, celle des États-Unis, qui a repris son leadership.

«Les États-Unis sont un moteur économique mondial, mais aussi un puissant moteur pour le Canada et le Mexique. C'est pourquoi nous voulons être à Mexico, qui va profiter de la relance de l'économie américaine. On va y annoncer un gros investissement prochainement», prévient-il.

Ce déploiement mondial est-il absolument nécessaire? Henri-Paul Rousseau, le prédécesseur de Michael Sabia à la direction de la Caisse, m'avait dit à l'époque qu'il avait été fasciné de constater combien la Caisse était sollicitée de partout dans le monde chaque fois qu'une grande transaction se préparait.

«C'était vrai à l'époque, mais aujourd'hui, on fait face à des concurrents qui sont devenus immenses. On a beau gérer 200 milliards d'actifs, on ne fait pas le poids. C'est pourquoi il faut qu'on devienne un joueur mondial de qualité, reconnu pour sa connaissance des marchés», soumet-il.

À titre comparatif, la Banque centrale de Norvège a des actifs de 930 milliards, ABP, des Pays-Bas, gère 450 milliards, et le fonds souverain d'Abu Dhabi supervise 840 milliards de fonds.

Ces groupes - et ils sont nombreux à travers le monde - sont tous à la recherche des mêmes occasions que la Caisse. Le capital est abondant, mais les occasions sont rares.

Michael Sabia souhaite d'ailleurs que les entreprises québécoises suivent le même chemin que la Caisse. Parce que depuis 15 ans maintenant, les exportations québécoises de biens et services stagnent dangereusement.

«Depuis 2000, nos exportations ont progressé de seulement 2%. Des pays comparables au Québec, comme la Suisse, le Danemark et les Pays-Bas, ont enregistré durant la même période une croissance de plus de 50% de leurs exportations», déplore-t-il.

Michael Sabia est d'avis que cette nouvelle percée à l'international contribuera aux résultats de la Caisse d'ici deux ans. Ce qui devrait lui permettre de penser alors à ce que devrait contenir le chapitre quatre pour les trois années suivantes de son second mandat.




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