Potash tourne finalement le dos à l'allemand K+S

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Mathilde RICHTER
Agence France-Presse
Berlin

Nouveaux remous sur le marché de la potasse: Potash Corp (POT) renonce finalement à racheter son concurrent allemand K+S, sur fond de baisse mondiale des cours des matières premières et devant le peu d'enthousiasme manifesté par la cible.

Potash, qui avait commencé à courtiser son concurrent en juin dernier avec une offre à 8 milliards d'euros, a indiqué dimanche soir renoncer à la transaction du fait d'une dégradation récente des conditions de marché et d'un «manque d'engagement de la part de la direction de K+S».

La nouvelle a pris les observateurs de court, explique dans une note Michael Schaefer, analyste d'Equinet, et la sanction a été immédiate en Bourse à Francfort pour K+S: l'action dégringolait de 22,71% à 23,96 euros à 7h20 (heure de Montréal). Le groupe, qui dégage 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel et emploie 14 000 salariés, est l'une des plus petites capitalisations du Dax. La contre-performance du titre n'empêchait donc pas l'indice vedette de grimper solidement lundi (+2,18%).

Les investisseurs fantasmaient ces dernières semaines sur un relèvement par Potash Corp de son offre, alors que K+S avait rejeté à plusieurs reprises les avances du canadien.

Demande contenue

Mais le marché de la potasse, ingrédient essentiel des engrais, fait grise mine, ce qui n'incite pas Potash Corp à mettre davantage la main à la poche.

La proposition «reflétait pleinement la valeur (de K+S)», a estimé dans un communiqué Jochen Tilk, patron allemand de Potash Corp. Mais «depuis lors, un environnement macro-économique difficile a conduit à un recul significatif (des prix) sur les marchés mondiaux d'actions et des matières premières», a-t-il poursuivi.

L'action Potash elle-même, cotée à la Bourse de Toronto, a perdu environ un tiers de sa valeur depuis le début de l'été.

Et la demande mondiale pour la potasse a évolué de manière contenue ces derniers mois, sur fond de déstockage de la part des clients. Depuis le début de l'année, le prix de la tonne de potasse est en baisse de 7% sur les marchés mondiaux.

Le marché de la potasse a connu un gros chamboulement en 2013, quand l'oligopole de fait qui régnait sur le secteur a volé en éclats, sur fond de rupture entre deux géants, le russe Uralkali et le bélarus Belaruskali. Les cours mondiaux ont plongé et ne se sont depuis redressés que lentement.

Victimes collatérales de la brouille russo-bélarusse, les autres acteurs du secteur ont mis les bouchées doubles pour rester en selle. K+S notamment a investi à grande échelle dans une nouvelle mine en Saskatchewan, province riche en potasse. C'est cet actif, qui n'a pas encore commencé à produire, que convoitait particulièrement Potash Corp, installé lui aussi en Saskatchewan. Certains experts prêtaient même au canadien l'intention de restreindre la production de la nouvelle mine, pour soutenir les prix sur le marché.

«Clarté»

K+S a salué lundi «la clarté» restaurée après le retrait de Potash, et s'est dit «convaincu de pouvoir développer la société avec notre stratégie à deux piliers», la potasse et les engrais d'un côté, et le sel de l'autre, dont K+S est le premier producteur mondial. Il en a profité pour confirmer sa prévision annuelle d'une forte hausse de chiffre d'affaires et bénéfices, «en dépit de la faiblesse actuelle sur les marchés de la potasse».

La direction du groupe allemand jugeait le prix proposé trop bas et les garanties données par le prédateur sur les emplois, notamment en Allemagne, insuffisantes. Toutefois, si Potash avait vraiment poursuivi son projet - l'offre n'était pas encore officiellement lancée -, K+S aurait difficilement pu lui barrer la route, son actionnariat étant très fragmenté.

K+S est une ancienne filiale du géant de la chimie BASF et vole de ses propres ailes depuis 1993. A la fin des années 90, Potash avait déjà essayé de le racheter, sans succès.

Dans son communiqué, le groupe canadien a assuré qu'il allait «continuer à se concentrer sur sa stratégie de croissance» et a estimé être «bien positionné» pour cela.




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