Les pétrolières américaines acculées par la baisse des cours

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John BIERS
Agence France-Presse
NEW YORK

Les compagnies pétrolières américaines, notamment celles qui produisent des hydrocarbures de schiste, se retrouvent acculées par la baisse des prix de l'or noir qui les pousse à la faillite ou à un endettement massif.

Le secteur de l'énergie est maintenant celui qui rassemble le taux le plus important d'obligations à fort rendement, ou obligations pourries (junk bonds), qui contraignent leurs émetteurs à payer des intérêts très élevés.

La valeur de ces obligations pourries émises par le secteur de l'énergie américain a bondi de 30 milliards de dollars sur les trois premiers mois de 2015 pour atteindre 247 milliards de dollars, selon des chiffres communiqués par l'agence de notation Fitch.

Le producteur de pétrole de schiste Quicksilver Resources a, lui, dû se résoudre à placer le 17 mars ses activités aux États-Unis sous la protection de la loi américaine sur les faillites après avoir manqué une échéance sur le paiement de sa dette. Le 3 mars, un autre groupe, Cal Dive International, qui installe pipelines et plate-formes offshore a dû faire de même.

Le baril de pétrole de la variété West Texas Intermediate (WTI) qui fait référence aux États unis a baissé de 60 % en neuf mois pour tomber cette semaine à 45 dollars et cette chute affecte surtout les petites compagnies pétrolières.

«Il s'agit définitivement d'un environnement difficile pour les compagnies de second rang qui ont de la peine à faire des affaires», souligne Mark Sadeghian, un des responsables du secteur énergie chez Fitch. Elles doivent payer plus cher pour s'endetter, souligne-t-il et faire face à leurs obligations financières.

Baisse vertigineuse

Mais la plupart des analystes ne prévoient pas une avalanche de faillites sur les prochains mois, à moins que les prix du pétrole ne poursuivent leur baisse vertigineuse. «Il faudrait que les prix du pétrole restent bas pendant plus longtemps pour voir un raz-de-marée de faillites», estime David Pursell, directeur chez Tudor, Pickering Holt, une banque d'investissement spécialisée dans l'énergie à Houston (Texas).

Le paradoxe est que, pour survivre, ces compagnies n'ont d'autre choix que de produire plus, ce qui augmente l'offre et contribue à faire baisser encore davantage les prix.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a souligné récemment que les prix du pétrole pourraient rester encore très volatils et que la production américaine «ne montre pas vraiment jusqu'ici de signe de ralentissement».

Les compagnies tentent de garder un niveau de liquidités important pour faire face à leurs échéances, mais n'ont souvent d'autre choix que de s'endetter. «Elles s'achètent en gros la possibilité de survivre pour se battre encore un jour», constate David Pursell.

Energy XXI, un producteur texan, a ainsi levé début mars sur les marchés 1,45 milliard de dollars au taux de 11 %. Cet argent emprunté très cher va lui permettre de faire face à des échéances sur un emprunt de 1,6 milliard de dollars et de poursuivre ses investissements dans le Golfe du Mexique. Mais la compagnie a déjà prévenu qu'elle aurait des difficultés à payer ses créanciers si les prix du pétrole restaient bas encore longtemps.

D'autres compagnies émettent de nouvelles actions même si cela dilue la valeur de l'investissement de leurs actionnaires. Carrizo Oil & Gas, un producteur de pétrole de schiste au Texas et en Pennsylvanie, a ainsi pu lever 205 millions de dollars en mettant sur le marché environ 4,5 millions d'actions à 45,50 dollars, soit à peu près les deux-tiers de ce que son titre valait encore en juin dernier.

PetroQuest Energy, présent en Oklahoma et dans le Golfe du Mexique, a préféré renoncer à une telle opération après l'avoir envisagée, estimant qu'elle «ne serait pas dans le meilleur intérêt de ses actionnaires».

Mais pour certains ces mesures ne font que repousser une consolidation nécessaire du secteur. Un commentaire sur le site financier Seeking Alpha déplorait récemment que celle-ci «prendra beaucoup plus de temps si l'argent continue d'alimenter des compagnies zombies».

Les grands fonds d'investissement comme Apollo Global Management ou encore The Blackstone Group, qui parient sur le rebond des prix du brut, sont en train de mettre en place des véhicules spécifiques pour racheter les dettes de ces entreprises.




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