Questions pour un patron: Louis Garneau prépare sa relève

Louis Garneau est président fondateur de Louis Garneau... (Photo Yan Doublet, Archives La Presse)

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Louis Garneau est président fondateur de Louis Garneau Sports. Son entreprise compte maintenant 500 employés.

Photo Yan Doublet, Archives La Presse

Emilie Laperrière

Collaboration spéciale

La Presse

La Presse Affaires donne la parole aux grands dirigeants du Québec. Chaque semaine, un patron répond à cinq questions posées par le chef d'entreprise interviewé la semaine précédente. Et ainsi de suite. Louis Garneau, président fondateur de Louis Garneau Sports, répond aujourd'hui aux questions d'Hubert T. Lacroix, président-directeur général de CBC/Radio-Canada.

Vous avez été un athlète de haut niveau à l'échelle nationale et internationale. Comment cette carrière sportive a-t-elle influencé votre style de gestion au sein de votre entreprise ?

Avoir été un athlète m'a appris à gagner et à perdre. Je fais beaucoup de parallèles entre l'athlète et l'homme d'affaires. Les deux sont des passionnés, ils sont visionnaires, rêveurs, persévérants, travaillants, ils résistent au stress, prennent des risques, sont prêts à accepter l'échec, ils se mettent dans des situations où ils sont vulnérables, ils ont la volonté de gagner et de travailler en équipe, ils en font toujours plus et ils n'abandonnent jamais.

Au cours des dernières années, nous avons vu votre entreprise ajouter diverses lignes d'affaires à ses vélos et produits reliés aux vélos. Comment se passe cette diversification ?

On s'est beaucoup diversifié dans le passé. Chaque fois qu'on sortait une ligne, c'était payant. On était manufacturier à 100 % au Québec, et lorsqu'on avait une idée, on ouvrait une usine. On a été la première entreprise au Canada à faire des vêtements de cyclistes. Après, vers 1986-1987, j'ai introduit les casques de vélo. C'était une période économique difficile et j'ai failli perdre l'entreprise. C'est là que je me suis dit qu'il fallait innover.

Je me suis alors lancé dans un marché complètement vierge au Canada, celui du casque rigide. Ça nous a propulsés pendant au moins cinq ans. On a ensuite lancé les lignes d'accessoires sous la marque Louis Garneau. On était la première entreprise dans le monde du cyclisme qui, sous une seule marque, offrait une solution globale. En 2000, on a introduit les vélos.

Cette diversification nous a donné un modèle d'affaires qui tient encore la route. Dans les 10 dernières années, on s'est recentrés. Aujourd'hui, Louis Garneau est composé à 80 % de produits cyclistes, tandis que 20 % sont consacrés à l'hiver (ski de fond, patin de vitesse). On est retourné à ce qu'on était à notre démarrage.

Vous avez des enfants et avez manifesté votre intérêt à les voir prendre la relève. Étant donné que près de 90 % des familles ne parviennent pas à faire cette transition, que faites-vous présentement pour la préparer ?

Les enfants n'étaient pas nés et j'y pensais déjà ! J'ai trois enfants, William (26 ans), Édouard (23) et Victoria (18). En 2008, après les Championnats du monde juniors, William a abandonné le cyclisme pour aller étudier aux États-Unis afin de prendre la relève plus tard. J'ai pris ça dur sur le coup, mais c'était sa décision. Mes deux fils sont partis à l'université à Burlington. Ils voulaient ainsi apprendre l'anglais et les affaires.

Aujourd'hui, William est directeur de la division vélo et Édouard est assistant-gérant des ventes aux États-Unis. Victoria, elle, veut devenir designer. Les trois veulent reprendre l'entreprise. J'ai décidé de la leur céder ; ce ne sera pas une vente. On a une firme de consultants qui nous accompagne, on a créé un conseil de famille et un code de conduite. Je ne suis pas encore prêt à arrêter, mais ils prendront tranquillement plus de responsabilités.

Comment les plateformes numériques et les réseaux sociaux influencent-ils votre façon de commercialiser les produits de votre entreprise, d'en faire la promotion et la publicité ?

On est à l'heure du numérique, nos principaux investissements sont dans ce créneau. On amène l'organisation à créer de nouveaux sites web, à communiquer sur les réseaux sociaux, à abandonner le marketing traditionnel (salons, publicités dans les magazines, commandites d'athlètes...). On a commandité une équipe pendant cinq ans au Tour de France, et cette année, on a décidé de travailler plutôt avec un programme d'ambassadeurs. On a ainsi un marketing plus inclusif, les publicités montrent par exemple une personne handicapée à vélo, des gens jeunes et plus âgés.

On veut des ambassadeurs qui représentent la marque, qui ont une facilité avec les réseaux sociaux et qui rejoignent les gens sur leur téléphone et leur ordinateur. On en a déjà 40. On n'abandonne pas complètement l'élite, mais on essaie d'être plus proche du consommateur.

Vous travaillez dans un environnement concurrentiel où jouent aussi des entreprises d'une taille gigantesque avec des ressources presque infinies (Nike, Adidas, etc.). Comment cherchez-vous à positionner votre entreprise dans les prochaines années ?

On a de la compétition depuis le début. J'ai toujours dit qu'on était condamné à innover. À l'heure actuelle, les géants se bataillent entre eux, mais il y a quand même beaucoup de petites entreprises comme la nôtre qui essaient de faire leur place. Bien entendu, on ne fera pas d'espadrilles pour concurrencer Nike. Notre réponse à la compétition, c'est l'innovation.

Je viens de créer l'Art Factory, un atelier d'art en milieu de travail où je peins et je vends mes tableaux. Tous les profits vont à des oeuvres de charité. Je l'ai fait pour inspirer l'entreprise à faire des produits avec une touche d'art. C'est ce qui nous démarque et nos produits sont hyper performants. Nos employés aiment le vélo, testent nos produits. On est authentiques.

Le parcours de Louis Garneau en bref

Âge : 57 ans

Études : Louis Garneau a un baccalauréat en arts plastiques de l'Université Laval.

Président depuis : 1983

Nombre d'employés : plus de 500

Avant de fonder Louis Garneau Sports : il se consacrait déjà au cyclisme. Il a été coureur cycliste international pendant 13 ans.




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