Questions pour un patron: préserver l'originalité de la télé québécoise

« La télé traditionnelle fait face à de... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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« La télé traditionnelle fait face à de nombreux défis : baisse des revenus, baisse des crédits d'impôt, manque de renouvellement, etc. Ce sont les aléas de notre industrie, qui évolue», constate Michèle Fortin.

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Emilie Laperrière

Collaboration spéciale

La Presse

La Presse donne la parole aux grands dirigeants du Québec. Chaque samedi, un patron répond à cinq questions posées par le chef d'entreprise interviewé la semaine précédente. Et ainsi de suite. La présidente-directrice générale de Télé-Québec, Michèle Fortin, répond aujourd'hui aux questions du président de Léger, Jean-Marc Léger.

Q: Comment Télé-Québec se positionne-t-elle dans un monde médiatique en profond changement avec les plateformes qui se multiplient, les annonceurs qui se font rares et les téléspectateurs qui sont plus exigeants et indépendants ?

R: Télé-Québec a toujours occupé une place à part dans le monde médiatique. C'est une télé petite, indépendante des grands groupes, éducative, mais avec des moyens qui s'amoindrissent.

On a diversifié nos contenus, on a accentué notre présence sur le web et élargi notre plateforme culturelle (avec la Fabrique culturelle, notamment). On développe maintenant en plus du contenu pour les écoles, dans les domaines que l'on maîtrise : sciences et technologies et arts et culture.

Q: Vous avez connu une brillante et active carrière et réussi, malgré tout, à élever cinq enfants. Quel est le secret de votre potion magique ?

R: D'abord, je n'ai pas réussi cela toute seule, j'ai eu l'aide de mon conjoint. Une famille, c'est un travail d'équipe. Il faut évidemment une bonne santé, un sens de l'organisation et assez d'argent pour la garderie et les autres frais, mais il faut surtout accepter que tout ne soit pas parfait.

Vous ne serez pas la gestionnaire parfaite et la mère parfaite. Il faut faire ses choix et vivre avec, et laisser de côté la culpabilité.

Je ne me suis jamais sentie coupable, même si l'odeur du pain maison n'attendait pas mes enfants à leur retour de l'école. Ils se sont bien débrouillés sans ça !

Q: La nouvelle génération est plus difficile à rejoindre pour les annonceurs et les commerçants. Quelle est la stratégie de Télé-Québec pour rejoindre les plus jeunes ?

R: J'imagine que Jean-Marc Léger parlait des jeunes de la génération Y.

Pour nous, la nouvelle génération a entre 2 et 11 ans, et nous réussissons à aller la chercher, c'est même notre public cible. Trois enfants sur quatre regardent Télé-Québec chaque semaine, 70 % des mères aussi. Nous croyons qu'ils continueront à nous regarder lorsqu'ils auront entre 18 et 24 ans, parce qu'ils ont grandi avec nous. Nous avons en plus des émissions pour eux, comme SNL Québec ou Les Appendices, et nous sommes présents sur les réseaux sociaux.

Q: Comment percevez-vous les coupes dramatiques autant à Radio-Canada qu'à Télé-Québec ? Quel en sera l'impact sur l'offre télévisuelle ?

R: La télé traditionnelle fait face à de nombreux défis : baisse des revenus, baisse des crédits d'impôt, manque de renouvellement, etc. Ce sont les aléas de notre industrie, qui évolue. Le gouvernement en rajoute aussi. Il y a un manque de revenus. L'impact ? La course au million de téléspectateurs pour tout le monde et une uniformisation des produits. À cause de cela, nos émissions sont plus homogènes et moins originales, ce qui fera que notre présence à l'international sera également moins importante.

Q: La grande question existentielle : comment voyez-vous l'univers télévisuel dans 10 ans ?

R: Si j'avais posé la question il y a 10 ans, je ne pense pas qu'on m'aurait répondu Netflix ou la multiplicité des écrans. On pense à plus court terme, puisque la technologie change énormément.

Je crois néanmoins que les tendances d'aujourd'hui se poursuivront. Les écrans seront interchangeables et il y aura de la création interdisciplinaire. Au-delà de la « gadgetterie », il faut se demander comment les outils technologiques rendront notre action plus pertinente. Dans les prochaines années, un nouveau modèle d'affaires émergera pour financer la production, du moins, je l'espère. On devra aussi décider du sort des petites sociétés et de la télé publique, et trouver comment protéger notre culture.

Le parcours de Michèle Fortin en bref

Âge : 70 ans

Études : Michèle Fortin détient un baccalauréat en sociologie de l'Université de Montréal et une maîtrise en administration publique de l'Université de Californie (Berkeley).

PDG depuis : juin 2005

Nombre d'employés : 274 (permanents, occasionnels et contractuels)

Avant d'être à la tête de Télé-Québec : elle a notamment été directrice générale adjointe de Téléfilm Canada et vice-présidente responsable de la télévision française de Radio-Canada.




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