Peut-on pleurer au travail?

Selon Josée Jacques, psychologue spécialisée en relations interpersonnelles... (Photo André Pichette, La Presse)

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Selon Josée Jacques, psychologue spécialisée en relations interpersonnelles en milieu de travail, les employeurs doivent apprendre à bien réagir devant un employé en détresse émotive.

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Samuel Larochelle

COLLABORATION SPÉCIALE

La Presse

Au travail, certains prêchent pour la retenue absolue des émotions, alors que d'autres laissent libre cours aux épanchements émotifs. Selon les spécialistes, les larmes ne sont pas à proscrire en contexte professionnel, mais tout dépend des circonstances et de leur fréquence.

«Une personne qui pleure souvent, pour tout et pour rien, ne sera évidemment pas bien perçue, souligne Josée Jacques, psychologue spécialisée en relations interpersonnelles en milieu de travail. À la base, chaque travailleur a des fonctions et des tâches à accomplir. Le travail n'est pas l'endroit idéal pour vivre sa sphère affective ni pour parler de ses questionnements existentiels. Mais on est humain, ça peut arriver.»

«Quand un travailleur vient de perdre un proche ou qu'il est en peine d'amour, il se peut qu'il soit submergé par les émotions au boulot, ajoute-t-elle. Il peut également être ébranlé par un manque de reconnaissance, par des conflits d'opinions ou de personnalités. Si nos collègues vivent bien leur propre vulnérabilité, ce sera généralement plus facile pour eux d'accueillir nos émotions.»

Dans certains cas, la capacité à s'ouvrir émotivement peut resserrer les liens avec notre entourage professionnel. «Se révéler de façon dosée, à des moments appropriés, peut être vu comme un signe de confiance, explique Mme Jacques. Mais si la personne se révèle sans arrêt en parlant de ses difficultés, elle sera plutôt jugée comme quelqu'un d'envahissant, qui s'ouvre trop facilement.»

Il existe d'ailleurs des travailleurs qui osent utiliser les pleurs pour améliorer leur situation. «Quelques personnes font du chantage émotif. Si on a pleuré une fois et que notre patron a été plus sensible à notre cause, on peut recommencer de façon intentionnelle pour bénéficier de certains gains. Mais parfois, on agit ainsi sans s'en rendre compte. On adopte une réponse conditionnée à une situation.»

Idées préconçues

Les larmes sont associées à plusieurs autres intentions négatives: faiblesse, besoin d'attention, susceptibilité, trouble de personnalité, incapacité de gérer une situation problématique, etc. «Les gens font souvent de fausses interprétations ou de la projection, parce qu'ils voient leurs propres larmes comme un signe de faiblesse», analyse la psychologue.

Pour certains, ces préjugés s'expliquent par le fait que le monde du travail est encore dominé par des valeurs masculines, telles que la force de caractère et la maîtrise de soi. Une idée que préfère nuancer Josée Jacques. «Je ne suis pas à l'aise avec l'idée de dichotomiser autant les valeurs féminines et masculines. J'ose espérer qu'on s'affranchit de ces concepts depuis 30 ans. On reconnaît de plus en plus les bienfaits de l'intelligence émotionnelle et relationnelle.»

Dans une étude menée auprès de 700 personnes par la journaliste américaine Anne Kreamer, 41% des femmes interrogées affirmaient avoir déjà pleuré au bureau, comparativement à 9% chez les hommes. Aux yeux de la psychologue, ces statistiques révèlent tout simplement une façon différente d'exprimer les émotions chez les deux sexes. «Dans la vie en général, les femmes pleurent plus que les hommes. Ce qui se passe au travail n'est rien d'autre que le reflet de la société.»

Gérer la situation

Selon Josée Jacques, les employeurs doivent apprendre à bien réagir devant un employé en détresse émotive. «Un patron non accueillant ajoute un stress supplémentaire. Comme la personne ne se sent pas reconnue, elle a tendance à pleurer davantage. Le supérieur peut offrir son écoute, la référer à un professionnel ou lui offrir des mesures adaptatives: une journée de congé, la possibilité d'arriver une heure plus tard pendant quelques jours ou avoir un bureau privé pour une ou deux semaines.»




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