Innover, ça s'apprend?

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Louis-Jacques Fillion, professeur à HEC Montréal, est également l'auteur des livres Innover au féminin et Oser intraprendre.

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Nathalie Côté

Collaboration spéciale

La Presse

Certaines personnes semblent «tombées dans la marmite de l'innovation» durant l'enfance. Peut-on vraiment développer son inventivité et sa capacité à améliorer les choses? Bien sûr!

«Tout s'apprend, considère Louis-Jacques Fillion, professeur et titulaire de la Chaire d'entrepreneuriat Rogers-J.-A.-Bombardier à HEC Montréal. Lorsqu'on a commencé à enseigner le management, il y a 40 ans, les gens croyaient qu'on naissait manager. Or, ça s'apprend et plus personne ne questionne cela aujourd'hui. L'innovation, c'est la même chose. On a développé beaucoup de connaissances dans ce domaine.» D'ailleurs, plusieurs cours à ce sujet sont apparus dans les programmes universitaires ces dernières années.

Guylaine Legault a travaillé d'arrache-pied pour devenir l'intrapreneure dynamique qu'elle est maintenant. «À l'école primaire, j'étais une enfant extrêmement timide», se souvient-elle. Rien ne laissait présager qu'elle allait contribuer à révolutionner certaines pratiques chez Desjardins, des années plus tard. Pourtant, c'est ce qui a fait sa marque.

Avoir un mentor

Pour y arriver, elle a mis beaucoup d'efforts. Après un premier emploi d'été à la Caisse populaire d'Oka, elle a indiqué à un supérieur qu'elle souhaitait rester. Cependant, elle aspirait à devenir gestionnaire. À partir de ce moment-là, il l'a prise sous son aile. Elle a ensuite grimpé les échelons et elle est aujourd'hui vice-présidente intégration et évolution stratégique du réseau des caisses.

«Identifier un mentor est un excellent moyen pour progresser comme entrepreneur ou intrapreneur», indique Louis-Jacques Fillion. En plus d'enseigner les rudiments du métier, il permet de discerner les «frontières des possibles» dans l'entreprise, soit «jusqu'où on peut étirer l'élastique». Certaines personnes peuvent aussi avoir un second mentor à l'extérieur de l'organisation. Ou alors un mentor technologique et un autre d'affaires.

Côtoyer d'autres innovateurs

Louis-Jacques Fillion recommande aussi de rencontrer des personnes d'autres organisations. «Les clubs d'intrapreneurs, par exemple, sont des milieux d'apprentissage puissants, note-t-il. On découvre comment les autres ont géré le stress, l'incertitude et des situations plus difficiles.» Sans faire partie d'un tel club, Guylaine Legault a toujours soigné son réseau à l'interne et à l'externe. Activité de réseautage, cellules de partage, comité de réflexion, elle a su tirer profit de l'expérience des autres. Dans son équipe, elle a aussi mis en place un groupe d'amélioration continue.

Pas pour tout le monde

Les innovateurs se distinguent habituellement par leur curiosité et leur soif d'apprendre insatiable. Au fil des ans, Guylaine Legault a multiplié les lectures et les formations, notamment sur le management, la gestion du changement et les nouvelles tendances. «Je fais également appel à des consultants au besoin», souligne-t-elle. Dans la majorité des cas, une certaine expérience est nécessaire pour innover. «Ce n'est pas si facile, note Louis-Jacques Fillion. La personne doit connaître assez bien un sujet afin de pouvoir apporter des améliorations.»

Innover s'apprend, donc, mais ce n'est pas pour tout le monde. Entre 10% et 20% des gens auraient la personnalité nécessaire pour innover, selon lui. Si la perspective de changer vos habitudes vous empêche de dormir, ce n'est pas pour vous.

Pourquoi innover?

Dans un monde où la concurrence est féroce, l'innovation permet aux entreprises de se démarquer. «Pour demeurer compétitives, elles n'ont pas le choix, tranche Louis-Jacques Fillion. Une organisation qui n'a pas d'intrapreneurs finit par mourir.»

Certaines entreprises ont d'ailleurs développé des mécanismes pour favoriser l'innovation. Il cite notamment le cas de Transcontinental. En 2011, l'entreprise a mis en place un Challenge de l'innovation. Tous les employés, peu importe leur niveau hiérarchique, étaient invités à s'inscrire au concours. Ils couraient notamment la chance de remporter des billets pour un spectacle du Cirque du Soleil et un souper avec l'entreprise Dinner in the Sky. Quelque 1500 personnes se sont inscrites, formant 168 équipes dont les membres devaient avoir des profils et des expériences de travail variés. Les participants ont reçu deux ateliers pour apprendre à déterminer les occasions d'innovation, sélectionner les meilleures idées et déterminer les risques et bénéfices. Ensuite, leurs projets ont été présentés à un jury expérimenté. 

Les équipes gagnantes se sont partagé une enveloppe de deux millions pour soutenir les premières phases de développement de leurs projets. Les membres de celles-ci étaient dégagés de leurs fonctions pour participer à la mise en place de leur idée. 

Ce type d'initiative est cependant peu répandu au Québec, constate Louis-Jacques Fillion. De plus, certains gestionnaires acceptent difficilement de voir leur quiétude bousculée.

Entrepreneur ou intrapreneur?

L'entrepreneur et l'intrapreneur montrent des attitudes et un goût semblables pour l'innovation. D'ailleurs, on décrit parfois les intrapreneurs comme des entrepreneurs non propriétaires. Plutôt que de se lancer en affaires, l'intrapreneur met en place des initiatives permettant à l'organisation qui l'emploie de se renouveler et d'aller de l'avant.




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