Heinz et Kraft fusionnent, avec la bénédiction de Warren Buffett

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Le regroupement de ces deux entreprises plus que centenaires a été orchestré par la firme Berkshire Hathaway de Warren Buffet et le fonds d'investissement brésilien 3G Capital, qui avait l'an dernier planifié la prise de contrôle de Tim Hortons par Burger King.

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Luc OLINGA
Agence France-Presse
New York

La fusion des groupes Kraft Foods et Heinz est le dernier avatar de la consolidation du secteur de la gastronomie «à l'américaine» qui connait un bouleversement en profondeur.

Le rapprochement de Heinz, célèbre pour son ketchup, et de Kraft Foods (saucisses, fromages, cafés...) va donner naissance au cinquième groupe agroalimentaire mondial avec la bénédiction des milliardaires américain Warren Buffett et helvético-brésilien Jorge Paulo Lemann.

Ces deux hommes s'étaient déjà associés pour le rachat de Heinz en 2013 pour quelque 28 milliards de dollars et poursuivent ainsi leur offensive dans le secteur de l'alimentation.

Selon les termes de l'accord annoncé mercredi, les actionnaires actuels de Heinz détiendront 51% du capital de la société fusionnée, qui prendra le nom de The Kraft Heinz Company, avec Pittsburgh (nord-est) et la région de Chicago comme quartiers généraux. Le nouveau groupe sera dirigé par le directeur général actuel de Heinz, Bernardo Hees.

Pour assurer le succès de l'opération, les actionnaires de contrôle de Heinz, M. Buffett et sa société Berkshire Hathaway ainsi que le fonds d'investissement brésilien 3G Capital de M. Lemann, vont réinvestir 10 milliards de dollars dans leur société pour pouvoir offrir aux actionnaires de Kraft une prime en argent de 16,50 dollars par action.

La compagnie fusionnée réalisera des ventes de l'ordre de 28 milliards de dollars, ce qui la positionnera au cinquième rang mondial et à la troisième place aux États-Unis.

Américano-centré

Elle comptera huit marques réalisant un chiffre d'affaires supérieur au milliard de dollars et cinq autres avec des revenus annuels compris entre 500 millions et un milliard de dollars, ce qui donne des opportunités à des économies d'échelle d'au moins 1,7 milliard de dollars d'ici 2017.

«C'est mon type de transaction: réunir deux organisations de classe mondiale et dégager de la valeur pour les actionnaires», s'est réjoui M. Buffett, qui fut jusqu'en 2010 le premier actionnaire de Kraft avant que n'éclatent des divergences stratégiques avec la direction. Kraft avait décidé de vendre ses pizzas pour financer l'acquisition du britannique Cadbury mais M. Buffett était opposé à cette décision.

La nouvelle société Kraft Heinz devrait profiter de l'ancrage international des marques Heinz, qui outre le célèbre ketchup, compte aussi les produits Weight Watchers.

À Wall Street, le mariage, qui devrait être finalisé dans la seconde partie de l'année, était bien accueilli: le titre Kraft bondissait de 36,24% à 83,55 dollars vers 11h00. Heinz n'est plus coté depuis son rachat en 2013.

Kraft, né en octobre 2012 de la scission de Kraft Foods en deux unités, le groupe actuel et Mondelez, commercialise toute une gamme de produits alimentaires allant de la moutarde (Grey Poupon), aux saucisses (Oscar Mayer) et au fromage à tartiner (Philadelphia) en passant par les cafés (Maxwell et Gevalia). Le groupe avait laissé à Mondelez les collations et les biscuits pour se recentrer sur le marché américain.

Mais cette stratégie lui a valu les critiques, certains le jugeant trop «américano-centré» alors que le marché est mature aux États-Unis et que l'industrie fait face aux changements d'habitudes alimentaires des jeunes plus enclins aux produits naturels et biologiques.

Le mariage avec Heinz «pourrait être un catalyseur pour prendre des mesures agressives comme se délester des marques sous-performantes et allouer plus de ressources à celles plus florissantes», estime Erin Lash, analyste chez Morningstar.

Consolidation

Pour d'autres, c'est l'industrie agroalimentaire dans l'ensemble qui pourrait être chamboulée par ce nouveau mouvement de consolidation.

«Quand (Warren) Buffett investit dans un secteur ça donne le signal que le secteur est mûr pour des acquisitions», avance David Turner chez Mintel.

Kraft Heinz pourrait lui-même jeter son dévolu sur une proie comme le néerlandais Unilever pour se relancer à l'international, spéculent des analystes. Warren Buffett n'exclut rien: «Nous regardons tout. Il n'y a pas de ligne d'arrivée», a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision CNBC.

Les yeux sont aussi tournés vers Pepsico et Mondelez dont l'actionnaire et investisseur activiste américain Nelson Peltz demande sans succès depuis plusieurs mois la fusion de leurs activités dans les collations.

Outre Heinz, Jorge Paulo Lemann et Warren Buffett s'étaient aussi associés l'an dernier pour acquérir le groupe canadien Tim Hortons (cafés et biscuiterie).

«3G achète des entreprises pour les conserver et les faire croître comme nous», explique Warren Buffett, connu pour son appétit pour les marques fortes et à l'activité simple et claire.

3G s'est fait un nom avec sa politique d'acquisitions agressives: les brasseurs Inbev et Anheuser-Busch qu'il a aidés à marier en 2008 ou encore le rachat de la chaîne de restauration rapide Burger King en 2010. Il s'y est distingué par de drastiques économies de coûts, souvent accompagnées de suppressions d'emplois.

Trop tôt pour évaluer l'impact au Canada

La fusion entre H.J. Heinz Co. et Kraft Foods devrait générer des économies de coûts d'environ 1,5 milliard $ US, mais les sociétés estiment qu'il est trop tôt pour dire si elle entraînera la fermeture d'activités au Canada.

Selon le vice-président principal des affaires corporatives et gouvernementales de Heinz, Michael Mullen, l'ensemble des activités des entreprises seront étudiées dans les mois à venir. Pour l'instant, tout se déroule comme d'habitude, a-t-il précisé, mercredi, lors d'une conférence téléphonique à la suite de l'annonce de la transaction.

Les économies de coûts sont attendues pour la fin de 2017.

La fusion des deux géants alimentaires américains va créer une nouvelle société portant le nom de Kraft Heinz, qui détiendra plusieurs marques comme Heinz, Kraft, Oscar Mayer et Philadelphia. Son chiffre d'affaires annuel sera d'environ 28 milliards $ US.

Kraft compte trois centres de distribution et deux installations de production et de transformation au Canada, selon une récente déclaration à la Securities and Exchange Commission des États-Unis. Son effectif canadien serait de 2000 employés.

Les activités canadiennes de Heinz se trouvent quant à elles à Toronto et à St. Mary's, en Ontario. Heinz a aussi un petit bureau à Leamington, dans la même province.

3G Capital, qui est copropriétaire de Heinz avec Berkshire Hathaway, a la réputation de réduire la taille des actifs des sociétés qu'elle achète dans le but de stimuler les bénéfices.

Après avoir été rachetée par 3G et Berkshire en 2013, Heinz a annoncé son intention de fermer un certain nombre d'installations, dont une à Leamington qui était exploitée depuis plus d'un siècle.

Environ 740 travailleurs permanents à temps plein devaient alors être mis à pied. Highbury Canco a par la suite accepté de racheter l'usine, sauvant au moins 250 emplois.

3G Capital détient aussi 51 % de Restaurant Brands International (T.QSR), qui regroupe depuis l'an dernier le géant américain de la restauration rapide Burger King et la chaîne canadienne de cafés Tim Hortons.

Cette fusion a entraîné la mise à pied d'environ 350 employés de Tim Hortons.

- LA PRESSE CANADIENNE




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