Embargo russe sur le porc: pas d'économies dans votre assiette

L'embargo russe sur les aliments se traduira-t-il par des économies dans votre... (Photothèque Le Soleil Érick Labbé)

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Anne Drolet
La Presse

L'embargo russe sur les aliments se traduira-t-il par des économies dans votre assiette? N'y comptez pas trop, estime des experts.

La semaine dernière, la Russie annonçait qu'elle fermait pour un an ses portes à différents aliments frais provenant du Canada, des États-Unis, de l'Union européenne, de l'Australie et de la Norvège. Une façon pour le pays de Vladimir Poutine de riposter aux sanctions dont il fait l'objet dans la foulée de la crise ukrainienne. Au Canada et au Québec, c'est l'industrie porcine qui se voit déstabilisée par cette décision et qui doit trouver de nouveaux marchés pour les marchandises destinées à la Russie. En 2012, près de 500 millions $ de produits de porc canadien ont été expédiés vers ce pays.

Serait-il possible que le Québec absorbe une partie de ces surplus? Est-ce qu'on pourrait alors retrouver plus de porc qu'à l'habitude dans les comptoirs des épiceries, et par le fait même voir son prix diminuer par le jeu de l'offre et la demande? «Ça ne devrait pas avoir un gros impact. Je ne m'attends pas à ce qu'il y ait de grosses baisses de prix», affirme Bruno Larue, professeur à l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en commerce international agroalimentaire. Sur le marché nord-américain, dit-il, la variable principale pour déterminer les prix demeure les inventaires aux États-Unis. Et en ce moment, ils sont bas en raison des ravages de la diarrhée épidémique porcine, fait valoir le chercheur. Les porcs canadiens sont donc bienvenus et les prix sont élevés.

«Ce qui va arriver, vraisemblablement, c'est que les Russes vont essayer d'acheter [des porcs] d'ailleurs et les autres exportateurs vont délaisser certains marchés que nous on va récupérer», pense M. Larue. Il y aura donc un rééquilibrage des marchandises, prévoit-il. C'est le même genre d'ajustement qui se produit lorsqu'une maladie se déclare dans une région ou qu'un pays décide de changer les normes et les tests pour ses importations, fermant ainsi les frontières à certains marchés.

JoAnne Labrecque, professeure en marketing à HEC Montréal ne croit pas non plus à une fluctuation des prix à court ou à moyen terme. Elle note que les variables qui influent sur le prix du porc sont nombreuses. Cela rend les impacts difficiles à prédire, mais implique aussi que la modification d'une seule variable n'induit pas nécessairement une variation de prix. Elle estime par ailleurs que le porc canadien trouvera certainement d'autres marchés, comme la Chine par exemple.

Pas d'effets à prévoir non plus pour les autres aliments ciblés par l'embargo, estime Bruno Larue. Les fruits et les légumes que nous exportons viennent principalement des États-Unis ou du Mexique, fait-il valoir. Et comme les États-Unis sont surtout exportateurs de volaille en Russie, leurs autres produits ne devraient pas être affectés par l'embargo. L'Union européenne ne pourra pas non plus inonder notre marché avec ses fromages, puisqu'il y a des quotas d'importation.

Il est un peu tôt pour dire si l'embargo aura des conséquences sur la facture des consommateurs, avance Nathalie St-Pierre, vice-présidente pour le Québec du Conseil canadien du commerce de détail. «Si on parle du porc, ce n'est pas nécessairement ceux qui exportent qui sont aussi les fournisseurs de nos membres, des bannières. Ça dépend toujours où ils s'approvisionnent», dit Mme St-Pierre. Elle explique aussi que les épiceries ont des ententes d'approvisionnement, dans lesquelles sont établis les prix et les quantités pour une période donnée. Cela limite donc les perturbations à court terme. Les effets pourraient peut-être se faire sentir plus tard, si l'embargo perdure.

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Olymel encore dans l'attente

Le transformateur Olymel est le premier à subir les contrecoups de l'embargo. Hier, les dirigeants de l'entreprise cherchaient encore à savoir ce qu'il adviendrait des cargaisons déjà en route pour la Russie, tout comme des commandes prêtes à être expédiées. «On est en discussion avec nos clients russes, mais il n'y a pas de développement encore. On en attend dans les prochains jours», a fait savoir le porte-parole Richard Vigneault. Depuis la semaine dernière, l'entreprise cherche à trouver de nouveaux acheteurs pour le porc destiné à la Russie, son deuxième client en importance depuis le début de l'année. «On travaille à trouver d'autres débouchés, d'autres marchés» pour ces produits, a réitéré M. Vigneault. Olymel exporte dans 65 pays.




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