La haute-technologie américaine divorce pour mieux se remarier

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Symantec est le troisième gros groupe technologique américain à prendre la décision de se séparer en deux sociétés en moins de deux semaines, après Hewlett-Packard et eBay.

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Sophie ESTIENNE
Agence France-Presse
New York

Hewlett-Packard, eBay, et maintenant Symantec : la scission semble à la mode dans la Silicon Valley américaine, mais l'émergence de nouvelles entreprises plus resserrées pourrait ricocher en vague de fusions-acquisitions.

Le groupe informatique Symantec a annoncé jeudi soir son intention de se séparer en deux sociétés, avec d'un côté ses activités dans la cyber-sécurité (où il est connu entre autres pour son antivirus Norton) et de l'autre ses services de stockage et de gestion de données.

C'est le troisième gros groupe technologique américain à prendre cette décision en moins de deux semaines. Hewlett Packard veut séparer ses imprimantes et PC en crise de ses services aux entreprises jugés plus porteurs. Et le distributeur en ligne eBay compte donner son indépendance à sa très rentable filiale de paiements PayPal.

«C'est une tendance majeure», assurait mercredi sur la chaîne CNBC Marc Andreessen, un investisseur très écouté dans le secteur technologique américain et membre des conseils d'administration de plusieurs groupes du secteur, dont eBay, HP ou Facebook. «À mon avis, toutes les grosses entreprises de plus de 20 ans vont éclater.»

Doper le cours de Bourse

L'un des premiers arguments des candidats à la scission, c'est la création de valeur pour leurs actionnaires. Le cours de Bourse des gros groupes diversifiés est en effet censé souffrir d'une décote par rapport aux entreprises plus concentrées.

«C'est une fiction générée par Wall Street», estime Roger Kay, analyste chez Endpoint Technologies, soulignant que la séparation fait perdre des synergies, avec une double infrastructure commerciale ou comptable à recréer.

Il reconnaît toutefois que la prophétie est souvent auto-réalisatrice: «Si tout le monde pense que démanteler une entreprise va créer de la valeur, alors probablement tout le monde va acheter l'action et la valeur va monter.»

Symantec avait ainsi pris 3,5 % en Bourse mercredi après les premières rumeurs de scission. L'action HP avait pour sa part engrangé 4,7 % le jour de son annonce, et pour eBay le gain a atteint environ 8 %.

Marc Andreessen évoque aussi des niveaux de liquidité élevés et d'endettement bas dans le secteur technologique: «tout cela attire les activistes», des investisseurs qui tentent de s'immiscer dans la gestion des entreprises, et qui «mettent davantage de pression».

«Ces gens disent: vous devriez vous démanteler, parce qu'ils pensent pouvoir récupérer un peu d'argent à court terme», note Roger Kay.

Le milliardaire Carl Icahn militait ainsi pour une séparation de PayPal et des plateformes commerciales d'eBay, qui a fini par céder. Un autre groupe informatique, EMC, résiste en revanche pour l'instant au fonds spéculatif Elliott, qui réclame la séparation de sa filiale de services dématérialisés en ligne VMware.

Consolidation

Au-delà de l'argument boursier, les trois scissions récentes ont été justifiées par des changements rapides du marché, leurs dirigeants faisant valoir que des entreprises plus petites et plus ciblées seront mieux à même d'y réagir.

Mais elles seront aussi plus faciles à intégrer en cas de fusion ou d'acquisition, et les scissions actuelles pourraient être un prélude à une vague de consolidation.

Les experts de Barclays ont ainsi relevé dans une première réaction sur Symantec que «vu son profil financier actuel, une unité de stockage indépendante apparaît comme une candidate appétissante pour un rachat».

HP a annoncé clairement la couleur cette semaine en indiquant vouloir «rechercher activement des fusions et acquisitions», certains analystes ne manquant pas de rappeler des rumeurs récentes sur des négociations de fusion avec EMC.

Chez eBay, le directeur général John Donahoe a affirmé au contraire que la scission ne visait «pas à positionner l'une des deux activités pour une vente». Mais le nouveau PayPal indépendant va opportunément démarrer son activité sans aucune dette, et Carl Icahn a déjà suggéré sa fusion avec «un autre acteur fort du secteur».

Des analystes ont aussi envisagé que le futur eBay, resserré sur ses seules plateformes commerciales, puisse susciter l'intérêt d'un concurrent comme le géant chinois Alibaba, qui cherche à augmenter sa présence à l'international.




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