AstraZeneca devrait échapper à Pfizer pour l'instant

Sauf coup de théâtre, la tentative de rachat du groupe pharmaceutique... (Photo Phil Noble, Reuters)

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Julien Mivielle
Agence France-Presse
Londres

Sauf coup de théâtre, la tentative de rachat du groupe pharmaceutique AstraZeneca par son concurrent américain Pfizer pour un montant record tombera officiellement à l'eau lundi, mais le dossier n'est pas définitivement clos pour autant, alors que des actionnaires poussent le britannique à discuter.

AstraZeneca avait annoncé lundi avoir rejeté une ultime proposition de rachat améliorée à 55 livres sterling par action, soit environ 117 milliards de dollars.

Selon la réglementation britannique sur les fusions et acquisitions, Pfizer a jusqu'à lundi à 17H00 - heure de Londres - pour convaincre le conseil d'administration du groupe convoité d'engager des discussions.

Le groupe américain ne peut pour l'instant plus augmenter le montant total de son offre - présentée comme «finale» -, mais peut toutefois encore en modifier les termes, par exemple en augmentant la partie en numéraire.

Passée cette date, Pfizer aura les mains liées pendant six mois pour présenter une nouvelle offre non sollicitée, mais AstraZeneca pourra décider de reprendre des discussions au bout de trois mois.

La direction d'AstraZeneca a jusqu'à présent refusé catégoriquement de négocier, jugeant que les propositions de son concurrent le sous-évaluaient et étaient plus motivées par des raisons fiscales que stratégiques. Un avis partagé par une partie de la classe politique et des scientifiques britanniques, qui craignent pour l'emploi et la recherche.

Le groupe a toutefois laissé la porte ouverte à une offre supérieure à 58,85 livres par titre dans le futur...

Bénéficiant potentiellement d'un délai de grâce de quelques mois, la direction d'AstraZeneca n'en a pas pour autant terminé avec cette affaire.

D'importants actionnaires sont en effet sortis du bois cette semaine pour dire leur déception et presser la direction de négocier. «Nous encourageons la direction d'AstraZeneca à reprendre ses discussions avec Pfizer», a par exemple déclaré le gestionnaire d'actifs Schroders, qui détient environ 2% du groupe.

Mais tous les avis ne sont pas aussi tranchés. Le fonds Blackrock, le premier actionnaire avec près de 8%, aurait à la fois soutenu la décision d'AstraZeneca cette semaine, tout en l'encourageant à discuter dans le futur, selon Sky News.

Des actionnaires partagés

«Le plus probable à mon avis est que la pression des actionnaires va pousser AstraZeneca à réengager des pourparlers avec Pfizer», estime Mark Clark, analyste chez Deutsche Bank, interrogé par l'AFP.

«Mais il faut se souvenir que les objections du conseil d'administration ne portaient pas uniquement sur le prix, mais aussi sur les risques de mise en oeuvre, et il reste à voir s'ils peuvent être convaincus que de tels risques sont acceptables. Donc même s'ils entrent en discussions, il n'y a aucune garantie qu'un accord sera trouvé», a-t-il ajouté.

Pour soutenir son indépendance ou gagner du temps, AstraZeneca peut en attendant s'appuyer sur le soutien d'autres actionnaires hostiles à une fusion.

«Astra a pris la bonne décision. Je ne pense pas que Pfizer était un partenaire approprié, ils étaient motivés par des raisons financières et fiscales», a ainsi estimé Dominic Rossi, directeur des investissements actions chez Fidelity Woldwide Investment.

«Leur conseil d'administration a pris une décision très difficile. Ils ont compris qu'ils seraient critiqués par certains actionnaires en rejetant l'offre. Il va désormais falloir attendre deux ou trois ans pour savoir s'ils avaient raison», a-t-il ajouté.

AstraZeneca, en difficulté ces dernières années avec la perte d'exclusivité de certains médicaments, doit ainsi prouver qu'il peut vivre seul et développer comme il l'a promis de nouvelles molécules innovantes contre le diabète, l'asthme ou encore les cancers pour assurer son avenir.

Son directeur général, le Français Pascal Soriot, s'est fixé des objectifs ambitieux de croissance qui seront sans aucun doute scrutés de très près par le marché.

Après une période de stagnation jusqu'en 2017, il table sur une accélération de sa croissance et vise plus de 45 milliards de dollars de revenus annuels d'ici 2023, à comparer avec 25,7 milliards de chiffre d'affaires l'an dernier.




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