Télévision: la tentation du débranchement

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Au Canada, la proportion de foyers abonnés aux services de distribution télé diminue depuis quelques années, passant de 89,8% des foyers en 2008 à 86,0% des foyers en 2012.

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Pour la première fois en 2013, les entreprises de télécoms pourraient avoir perdu davantage d'abonnés télé qu'elles en ont gagné. Le phénomène du débranchement des services payants de télé - le cord cutting - a-t-il fait son entrée au Québec? Possiblement, selon nos estimations, même si le verdict final n'est pas encore tombé.

Les Québécois commencent-ils à se désabonner collectivement des services payants de distribution télé? Le phénomène du «débranchement du câble» (ou «cord cutting» en anglais), qui fait sourciller les distributeurs télé américains depuis plusieurs années, serait arrivé à nos portes, selon les données colligées par La Presse.

Pour les neuf premiers mois de 2013, les quatre distributeurs télé les plus importants au Québec auraient perdu collectivement environ 4100 abonnés en sol québécois, selon nos estimations basées au prorata de la population à partir des données nationales sur le nombre d'abonnés fournies par ces entreprises inscrites en Bourse. Pour la dernière période estivale (de juin à septembre 2013), Vidéotron, Cogeco, Bell et Telus auraient perdu collectivement environ 450 abonnés au Québec, contrairement à des gains estimés à 10 820 abonnés pour la même période en 2012, selon la même méthode de calcul (voir la note explicative sur nos estimations à la fin de l'article).

Au Canada, la proportion de foyers abonnés aux services de distribution télé diminue depuis quelques années, passant de 89,8% des foyers en 2008 à 86,0% des foyers en 2012, selon le CRTC qui ne dispose pas encore de chiffres pour l'année 2013. Entre 2005 et 2012, le nombre de foyers abonnés aux services de distribution télé a augmenté chaque année. Sauf qu'en 2012, la croissance du nombre d'abonnés était pour la première fois inférieure à 2,0% , se chiffrant à 1%.

Aux États-Unis, où le phénomène du débranchement du câble est bien documenté, le nombre de foyers abonnés à des services payants de télé est passé de 104,8 millions en septembre 2010 à 103 millions en septembre 2012, soit une baisse de 1,7%. La situation s'est toutefois améliorée depuis: 104,4 millions de foyers américains étaient abonnés au câble en septembre 2013, selon la firme Nielsen.

Pas de consensus parmi les principaux intéressés

Il faudra attendre plusieurs mois avant de savoir officiellement si les distributeurs télé ont perdu des abonnés au Québec en 2013. D'ici là, les principaux intéressés ne s'entendent pas à savoir si le phénomène du débranchement du câble a fait son entrée au Québec.

D'un côté, Cogeco, Bell et Vidéotron estiment que non. «C'est vrai que nous perdons certains clients, mais nous en vendons plus à nos clients de plus grande valeur qui sont déjà chez nous, nous contrôlons mieux nos dépenses et il y a eu des modestes hausses tarifaires», dit Louis Audet, président et chef de la direction de Cogeco. «Le phénomène est beaucoup plus marqué aux États-Unis. C'est difficile de le remarquer de façon très claire ici, peut-être parce que l'offre de contenu international est moins bien reçue en raison de la langue», dit Nicolas Poitras, vice-président des communications et du marketing des services résidentiels de Bell. «C'est un phénomène encore marginal, qui n'est pas encore vraiment arrivé au Québec, mais auquel nous n'échapperons pas», dit Isabelle Dessureault, vice-présidente de l'exploitation des contenus et des affaires publiques de Vidéotron.

Le plus grand distributeur au pays, Rogers, s'inscrit en faux dans ce débat, estimant que les entreprises de distribution font déjà face au phénomène du débranchement du câble. «Nous faisons face à ce phénomène, mais ce n'est pas aussi important qu'aux États-Unis», dit David Purdy, vice-président principal au contenu de Rogers.

Depuis neuf mois (de janvier à septembre), Rogers a perdu 99 000 clients en Ontario, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve (son service de distribution télé n'est pas offert au Québec). Certains de ses ex-clients ont quitté pour un concurrent - Bell lui fait notamment une concurrence féroce en Ontario - , d'autres pour nulle part. Vidéotron est dans la même situation au Québec, ayant perdu 24 600 abonnés en neuf mois.

L'autre côté de la médaille: avec leur nouveau service de distribution télé de fibre optique, Bell et Telus gagnent des dizaines de milliers d'abonnés par mois. «Pour intéresser des nouveaux clients, il faut proposer quelque chose de différent comme notre terminal d'enregistrement unique pour toutes les télés à la maison ou nos applications», dit Nicolas Poitras, de Bell.

Des forfaits plus petits

Vague de débranchements ou non, Rogers et Vidéotron ont remarqué que leurs abonnés restés fidèles avaient tendance à diminuer la taille de leur forfait. «Nos abonnés réduisent la taille de leurs forfaits depuis deux ans. La bonne nouvelle, c'est que nous avons posé les bons gestes en prévoyant d'autres sources de revenus comme la demande sur vidéo et illico Club à volonté», dit Isabelle Dessureault, de Vidéotron.

Pour tenter de garder certains clients tentés de se débrancher complètement, Vidéotron a d'ailleurs introduit à l'automne un nouveau forfait sur mesure de cinq chaînes (en plus du service de base). Impossible toutefois d'inclure des chaînes sportives dans ces cinq chaînes. «Leurs redevances sont trop élevées», dit Isabelle Dessureault.

Note

Les entreprises de télécoms présente dans plus d'une province comme Bell, Telus et Cogeco ne dévoilent pas leur nombre d'abonnés télé au Québec, seulement leur nombre d'abonnés sur l'ensemble du territoire couvert. Nos chiffres sont des estimations au prorata de la population obtenues à partir de ces données officielles. Aux fins de nos calculs, si le Québec représente 23% de la population canadienne, nous avons considéré que 23% des nouveaux abonnés de Bell proviennent du Québec. Pour Cogeco, nous avons réparti ces données au prorata de la population du Québec et de l'Ontario. Les chiffres sur les variations d'abonnés sur l'ensemble du territoire couvert ont été tirés des rapports financiers trimestriels des entreprises.

La solution de Rogers pour les 18-25 ans

En tant que plus grand distributeur télé du pays, Rogers devrait s'inquiéter au plus haut point de voir des clients abandonner la télé câblée. Mais ceux-ci viennent au deuxième rang sur la liste des préoccupations de David Purdy, vice-président principal au contenu de Rogers.

«Notre plus grand défi, ce sont les jeunes de 18 à 25 ans qui n'ont jamais été abonnés au câble, dit David Purdy en entrevue à La Presse. Ils s'abonnent à notre service internet, car nous avons les meilleures vitesses de téléchargement, ils prennent en même temps un téléphone portable, mais ils ne prennent pas la télé.»

Avant la prochaine rentrée universitaire en septembre, Rogers entend ainsi leur préparer une offre toute particulière. Une offre par laquelle Rogers pourra tirer avantage de ses nouveaux droits sur les matchs nationaux de la LNH, acquis pour 12 ans au coût de 5,2 milliards en novembre dernier. «Nous voulons créer des forfaits plus petits avec des chaînes de télé qui visent une clientèle plus jeune, beaucoup d'émissions offertes en écoute sur demande et les droits web d'émissions sportives, dit David Purdy. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons conclu une entente pour obtenir les droits des matchs nationaux de la LNH.»

Selon David Purdy, la programmation sportive jouera un rôle primordial pour attirer les clients dans la vingtaine vers les entreprises de distribution télé. «Les sports sont une partie importante de l'écoute en direct à la télé, dit-il. La programmation sportive est plus résiliente. Nous sommes propriétaires des Blue Jays, copropriétaires des Maple Leafs, des Raptors, du Toronto FC, des Marlies, et nous avons quatre chaînes sportives. C'est simple, il n'y a pas d'entreprise de télécoms dans le monde qui ait autant investi dans le sport!»

En plus du sport, les distributeurs télé misent aussi sur les séries les plus populaires pour séduire leur auditoire. «Les séries cultes ont aussi une grande influence sur le comportement des gens. On a vu des clients changer leur abonnement pour avoir Mad Men, par exemple», dit Nicolas Poitras, vice-président marketing des services résidentiels de Bell, qui a néanmoins obtenu les droits régionaux (60 matchs de saison sur 82) du Canadien de Montréal pendant 12 ans pour sa chaîne sportive RDS. Contrairement à Rogers, Vidéotron et Bell disent ne pas voir leur clientèle de distribution télé vieillir.

Se débrancher ou pas?

Se débrancher du câble ou ne pas se débrancher du câble, telle est la question. Quatre familles y répondent.

François-B. Tremblay

40 ans

Designer graphique

Vit avec sa conjointe et leur fille de 8 ans

Débranché depuis le printemps 2013

Pourquoi être débranché?

«Je ne regardais plus la télé depuis deux ou trois ans. Ma fille regarde Radio-Canada ou Télé-Québec.»

Quelles émissions vous manquent?

«Rien. À Radio-Canada, presque tout est diffusé sur Tou.tv. J'ai aussi installé Apple TV. On achète parfois des séries sur Apple. Pas besoin de faire du téléchargement illégal, c'est possible de trouver également tout ce que nous voulons regarder.»

Guillaume Gariépy

33 ans

Propriétaire d'une entreprise d'aménagement paysager

Vit avec sa conjointe et leurs deux jeunes enfants

Débranché depuis 2012

Pourquoi être débranché?

«Au cours d'un voyage à Hawaii, nous n'avions pas la télé et nous nous sommes rendu compte que nous pouvions faire autre chose. Nous avons réalisé que nous étions esclaves de la télé et nous voulions briser ça.»

Quelles émissions vous manquent?

«Le hockey. Je suis aussi beaucoup le ski alpin, d'autant plus que j'ai des amis dans l'équipe nationale. Je regarde le ski à CBC, mais si j'avais Sportsnet, je pourrais regarder plus de courses. Heureusement que les Jeux olympiques de Sotchi sont à Radio-Canada!»

Abonné à Netflix?

«Non. C'est vrai que c'est moins cher que le câble, mais on est pris dans des séries télé qui ne finissent plus.»

Nancy Therrien

40 ans

Rédactrice publicitaire

Vit avec son conjoint et leur fils de 10 ans

Pourquoi être branché? «Nous ne sommes pas de grands consommateurs de télé, mais nous voulons un minimum de postes [le service de base]. C'est un peu cher pour l'utilisation que nous en faisons, mais en même temps, nous songeons à avoir davantage de postes. Quand nous parlons du câble, nous devenons parfois bipolaires dans notre raisonnement!»

Que regardez-vous?

«RDS parce que je vis avec des gars. Sinon, j'aime bien Canal D et Canal Vie.»

Abonnée à Netflix?

«Non. Nous écoutons très peu de films. Nous n'avons pas Super Écran sur le câble non plus.»

Frédéric Gagnon

34 ans

Ingénieur

Vit avec sa conjointe et leur fils de 20 mois

Pourquoi être branché?

«Ça fonctionne tout le temps. Et quand on a goûté au sport à la télé en haute définition, on ne veut pas retourner en arrière.»

Que regardez-vous?

«RDS pour moi et les dessins animés pour mon petit garçon.»

Abonné à Netflix?

«Non. J'ai été tenté de l'essayer une fois, car j'en entendais parler, mais je ne voulais pas leur laisser mon numéro de carte de crédit à moins d'être certain de vouloir m'abonner.»




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