Lobbyisme: Soudas pourra chanter la pomme à Québec

Dimitri Soudas, ex-directeur des communications du premier ministre Stephen... (PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Dimitri Soudas, ex-directeur des communications du premier ministre Stephen Harper, s'est récemment inscrit au Registre des lobbyistes pour le compte de Canadian Nectar Products (CNP), une société incorporée l'an dernier à l'Île-du-Prince-Édouard.

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L'ancien bras droit de Stephen Harper, Dimitri Soudas, pourra faire du lobbyisme auprès du gouvernement Couillard dans le but de faciliter l'immigration d'une soixantaine d'entrepreneurs étrangers désireux d'investir dans la culture de la pomme.

L'ex-directeur des communications du premier ministre canadien s'est récemment inscrit au Registre des lobbyistes pour le compte de Canadian Nectar Products (CNP), une société incorporée l'an dernier à l'Île- du-Prince-Édouard. M. Soudas siège à son conseil d'administration.

Depuis juin 2014, CNP a fait l'acquisition d'environ 500 acres de terres dans la province insulaire pour y planter des vergers dont la production, combinée à celle achetée de pomiculteurs de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick, est destinée à l'exportation vers l'Europe et l'Asie.

L'entreprise envisage maintenant d'investir au Québec, a dit M. Soudas en entrevue téléphonique. Et son plan d'affaires prévoit qu'elle pourrait faire venir au Québec jusqu'à une soixantaine d'investisseurs/entrepreneurs intéressés à y exploiter des vergers. 

« Il peut y avoir des fermiers qui veulent immigrer au Canada pour y investir. »

Son inscription au Registre des lobbyistes lui permettra de contacter le cabinet du premier ministre et les ministres de l'Agriculture et de l'Immigration pour faciliter le traitement d'éventuelles demandes d'immigration. La Loi québécoise restreint l'acquisition de terres par des non-résidents.

« Ça reste hypothétique pour l'instant, nuance-t-il. On n'est pas certain encore qu'on va procéder de cette manière. Dans l'Île-du-Prince-Édouard, toutes les terres nous appartiennent. »

Perplexité

Chez Les Producteurs de pommes du Québec, qui représentent les intérêts des pomiculteurs de la province, on ne cache pas une certaine perplexité devant les intentions de CNP. « On est à peine plus de 500 producteurs de pommes au Québec, alors 60 immigrants entrepreneurs, ça ferait beaucoup de monde. Je me demande où ils veulent aller avec ça », dit la présidente, Stéphanie Levasseur.

Le site web de CNP indique que l'entreprise, présidée par Amarjeet Singh Jatana, de la Colombie-Britannique, fait partie d'une « vaste société » qui a établi des projets de vergers au cours des 30 dernières années et est active dans l'État de Washington, au Chili, en Géorgie et en Inde.

« On ne peut pas nier qu'on a de beaux sites de production au Québec et un climat intéressant pour certaines variétés de pommes. Mais on ne pourra jamais faire du volume et des rendements comme dans l'État de Washington, où les conditions sont plus clémentes et la saison est plus longue. Je comprends un peu mal la volonté de s'engager à si grande échelle. », explique Mme Levasseur.

Cela dit, les producteurs québécois, qui écoulent la très grande majorité de leur production sur le marché intérieur, pourraient bénéficier d'un coup de pouce à l'exportation, reconnaît-elle. « On ne pourrait pas nier notre intérêt à avoir un joueur qui aurait la capacité et les compétences pour développer les marchés étrangers. À nous seuls, nous n'avons ni le temps ni les ressources pour faire du développement international. »

De son côté, l'Union des producteurs agricoles voit dans les projets de CNP une illustration de l'accaparement des terres par de grands investisseurs qui, déplore-t-elle, a cours au Québec depuis quelques années.

« Les 15 plus gros investisseurs ont fait l'acquisition de 27 000 hectares en 5 ans. Ça représente 4 % de la zone agricole cultivable. C'est du stock », dit le porte-parole de l'UPA, Patrice Juneau.

Dimitri Soudas se défend bien d'être mêlé à ce phénomène. « On souhaite investir des millions, créer des emplois et payer des taxes et des impôts dans la société québécoise tout en collaborant avec les agriculteurs pour les aider à exporter leurs pommes vers de nouveaux marchés. C'est positif ! »

M. Soudas a dû quitter son poste de directeur général du Parti conservateur il y a un an, la formation estimant qu'il s'était ingéré dans une assemblée d'investiture au profit de sa fiancée, la députée ontarienne Eve Adams. Celle-ci est depuis passée dans le giron du Parti libéral du Canada (PLC). M. Soudas côtoie, au conseil d'administration de Canadian Nectar Products, une figure bien connue du PLC, l'ancienne ministre Sheila Copps.

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