Jean Charest a facturé 368 566$ à l'État après son départ

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L'ex-premier ministre, Jean Charest

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

Le premier ministre Philippe Couillard s'apprête à couper les vivres à son prédécesseur, Jean Charest.

Selon les informations obtenues par La Presse Canadienne, en vertu de la loi d'accès à l'information, depuis son départ de la vie publique, l'ex-premier ministre Jean Charest a facturé de grosses sommes à l'État, pour un total de 368 566 $, si on additionne les frais de transport, de location d'espaces à bureau et les contrats octroyés pour embaucher du personnel.

Au Québec, les ex-premiers ministres ont droit à divers privilèges pendant les trois années suivant leur départ de la vie politique, des privilèges dont le coût est assumé par les contribuables.

Tout indique, selon les tableaux fournis par le Conseil exécutif, que les dépenses facturées au gouvernement par M. Charest dépassent, et de loin, celles effectuées par les deux derniers premiers ministres péquistes, Pauline Marois et Bernard Landry.

Visiblement mal à l'aise devant cette situation, dans un contexte de redressement budgétaire, M. Couillard a soutenu mercredi que dès son entrée en fonction, l'an passé, il avait demandé au secrétaire général du gouvernement de réévaluer les divers privilèges offerts aux anciens premiers ministres. Pourtant, un an plus tard, il n'a toujours annoncé aucun changement.

Il a dit voir un problème en ce qui a trait à «la durée (des privilèges) et les coûts que ça entraîne. On veut ramener ça à un niveau plus raisonnable», a dit le premier ministre, en parlant d'une «légère restriction» souhaitable.

À l'heure actuelle, pendant trois ans, les ex-premiers ministres peuvent embaucher du personnel et louer un espace à bureau, dont l'ameublement et l'équipement informatique sont aussi fournis par l'État, et récupérés au terme de l'entente.

Ils n'ont pas, par ailleurs, à se préoccuper des problèmes de circulation, ayant droit à la voiture avec chauffeur-garde du corps, un avantage qui sera maintenu pour des raisons de sécurité, a dit M. Couillard. Il a été impossible de savoir quel était l'impact financier de cette mesure, la Sécurité publique et la Sûreté du Québec ayant refusé de dévoiler cette information.

Jean Charest, qui est retourné à la pratique du droit auprès de la firme McCarthy Tétreault, à Montréal, a été premier ministre de 2003 à 2012. Il a commencé à bénéficier des avantages reliés à son ancienne fonction en avril 2013 et y aura droit, normalement, jusqu'en avril 2016.

En 22 mois, d'avril 2013 à février 2015, les frais de bureau facturés à l'État par M. Charest ont totalisé 224 249 $. Cela inclut le coût de location du local comme tel (182 323 $), les fournitures de bureau (31 525 $) et les frais de télécommunication (10 399 $).

Durant la même période, M. Charest a donné des contrats de services à six personnes, dont cinq recherchistes et un adjoint administratif, pour des contrats allant de 2000 $ à 49 900 $. Au total, le personnel de M. Charest a reçu 132 317 $ de fonds publics.

Même s'il a droit à une voiture de fonction et un chauffeur-garde du corps, il a aussi facturé au gouvernement 8188 $ de frais de «transport terrestre», plus 3805 $ de frais de transport aérien. En 22 mois, le total de ses réclamations en transport s'élève donc à tout près de 12 000 $.

En soirée, le porte-parole de M. Charest, Gregory Larroque, a tenu à réagir pour indiquer que tous les ex-premiers ministres avaient droit à 200 000 $ par année pour diverses dépenses et que M. Charest avait dépensé «moins que l'enveloppe accordée» sur une base annuelle.

L'ex-premier ministre Charest a toujours agi «dans le respect des enveloppes budgétaires», a-t-il dit, et en vertu des règles en vigueur, énoncées par le Conseil exécutif.

Pauline Marois

Pauline Marois a été première ministre pendant 18 mois, de septembre 2012 à avril 2014. Ses privilèges s'étendent depuis juin 2014 jusqu'à juin 2017.

Depuis, elle a fourni du travail, elle aussi, à six personnes aux frais de l'État, soit deux recherchistes, une professionnelle de l'information, un rédacteur, un archiviste et un adjoint administratif. Tous ont eu droit à des contrats, sur une base annuelle, allant de 1500 $ à 24 500 $.

Depuis son départ, Mme Marois a donné au total pour 77 675 $ de contrats de services professionnels.

De plus, Mme Marois, qui a droit elle aussi à une voiture de fonction avec chauffeur-garde du corps, a également facturé au gouvernement la somme de 5135 $ pour des frais de «transport terrestre».

Sur une base annuelle, les frais de location de bureau remboursés à Mme Marois se sont élevés à 44 500 $. Cela inclut les frais de télécommunication (8805 $) et les fournitures de bureau (3604 $). Une somme additionnelle de 1966 $ apparaît dans la catégorie «autres».

Au total, les dépenses de Mme Marois depuis juin 2014 s'élèvent donc à 129 276 $.

Bernard Landry

Bernard Landry a été premier ministre de 2001 à 2003. Il a quitté la politique en 2005. Curieusement, les données relatives à M. Landry pour les deux premières années suivant son départ ne sont déjà plus disponibles.

On a au moins appris que de 2007 à 2008, il a embauché une personne, pour un salaire de 78 296 $, puis a donné un contrat de 15 176 $ à une personne pour trois mois de travail en 2008.

Les frais de location d'un bureau pour M. Landry ont coûté aux contribuables 45 140 $, pour la période allant d'avril 2007 à juin 2008. La facture inclut les fournitures de bureau et les frais de télécommunication.

En une année, ses dépenses ont donc totalisé 138 612 $.

Le chef de l'opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, s'est dit ouvert mercredi à revoir l'ensemble des avantages consentis aux anciens premiers ministres, mais n'a pas voulu préciser sa pensée sur le sujet.

Plus intransigeant, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, juge pour sa part que les anciens premiers ministres ne devraient avoir droit à aucune allocation après leur départ. Leurs privilèges devraient selon lui se limiter à la protection offerte pour leur sécurité et à l'embauche de personnel, mais sans possibilité d'octroyer des contrats de recherche.

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