Remaniement ministériel: Bolduc perdrait du galon

Yves Bolduc devrait perdre le portefeuille de l'Éducation, mais... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Yves Bolduc devrait perdre le portefeuille de l'Éducation, mais conserver celui de l'Enseignement supérieur, moins susceptible de susciter des controverses.

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(Québec) Le premier ministre Philippe Couillard prépare un remaniement ministériel dès cette semaine, probablement demain, une fois que l'Assemblée nationale aura mis un terme à ses travaux pour la semaine. Une opération motivée par un seul objectif: confier à Yves Bolduc, responsable de l'Éducation, une fonction où il est moins susceptible de soulever la controverse.

Selon les informations obtenues par La Presse, les premiers ordres en ce sens ont été donnés hier à la haute fonction publique. C'est ce qui explique que le premier ministre Couillard est resté circonspect quand on lui a demandé s'il envisageait de remanier son équipe. «Pas aujourd'hui», s'est-il contenté de répondre. Tard en soirée, hier, on indiquait que la possibilité que le remaniement soit reporté à plus tard existait toujours, mais que c'était peu probable. Il est également peu probable que le remaniement se transforme en vaste opération. On se bornera à éloigner M. Bolduc de la ligne de feu.

Normalement, on ne remanie pas son cabinet au cours d'une session parlementaire. Mais Philippe Couillard est tenté de mener cette opération plutôt réduite ces jours-ci. Au cours des deux prochaines semaines, l'Assemblée nationale ne siégera pas. Les quelques ministres remaniés auront donc presque trois semaines pour potasser leurs dossiers.

Désavoué par Couillard

En début de journée, M. Couillard avait carrément désavoué son responsable de l'éducation, qu'il compte faire sortir de l'écran radar des médias. À un reporter qui lui demandait s'il avait confiance en Yves Bolduc, M. Couillard s'est contenté de déclarer par deux fois qu'il était «très heureux du travail de son gouvernement». Plus tard à la période des questions, il s'est montré plus amène, saluant le travail de ses ministres, «incluant le ministre de l'Éducation».

M. Bolduc a mis le gouvernement dans l'embarras, la semaine dernière, en soutenant qu'une fouille à nu pour une élève était acceptable si elle était exécutée de manière «très respectueuse». Ce n'était que la dernière en liste d'une série de bourdes de celui qui, dans le plan original de Philippe Couillard, en avril dernier, devait devenir ministre délégué à la Santé, sous Gaétan Barrette.

Philippe Couillard ne voudra pas humilier cet ancien collègue. C'est lui qui avait suggéré la candidature du médecin de Saguenay quand il avait quitté la politique en juin 2008. M. Bolduc devrait conserver le portefeuille de l'Enseignement supérieur, moins susceptible de susciter des controverses.

Pour le remplacer à l'Éducation, certains parient sur François Blais, un universitaire titulaire de l'Emploi. Mais d'autres choix sont plus probables: Hélène David devait être nommée à l'Éducation avant que le ministre Bolduc n'exige d'être fait ministre en titre. Elle est la plus susceptible de le remplacer, même si le nom de Christine St-Pierre circule aussi.

Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, un ancien de Juste pour rire, a déjà fait savoir qu'il aimerait passer à la Culture. L'Environnement lui aura donné passablement de fil à retordre. Afin de pourvoir ce poste, Philippe Couillard pourrait faire appel à du sang neuf et convier un jeune député de l'arrière-ban. Ce plan comporte une faille, toutefois: samedi, M. Couillard s'envole pour Paris à la tête d'une délégation dont doivent faire partie Mmes David et St-Pierre comme ministres de la Culture et des Relations internationales.

En début de journée, Philippe Couillard avait montré un rare moment d'impatience devant la série des déclarations embarrassantes de ses ministres. Robert Poëti, responsable des Transports, avait ouvert une boîte de Pandore sur de nouvelles taxes pour les propriétaires proches des lignes de transport collectif au moment où Pierre Moreau fermait péniblement la controverse qui l'avait opposé aux maires de Longueuil et Laval. «Il n'y a pas 25 gouvernements au Québec, il y en a un, avait martelé M. Couillard. Et il y a un message gouvernemental. Et on veut faire en sorte - et pour vous [les journalistes] également - que le message soit bien compris.»

Critiques de l'opposition

Les partis d'opposition ont fait des gorges chaudes des réprimandes du premier ministre à des membres de son gouvernement.

Le chef par intérim du Parti québécois, Stéphane Bédard, y voit la preuve que le chef libéral tente de centraliser les pouvoirs entre ses mains. «Le Roi-Soleil est là. Il l'affirme, d'ailleurs: il dit: "Le gouvernement, c'est moi" », a ironisé M. Bédard, paraphrasant le roi Louis XIV. Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pour sa part qualifié de «triste» la succession de voltes-faces au sein du gouvernement libéral.

«On a le ministre Moreau qui veut empêcher les taxes municipales d'augmenter qui se fait rabrouer par Philippe Couillard. On a le ministre Robert Poëti qui, lui, veut augmenter les taxes municipales qui se fait rabrouer par Philippe Couillard. Et on a un premier ministre qui n'est pas capable de dire s'il appuie toujours son ministre de l'Éducation. On nage en pleine improvisation», a-t-il ironisé.

- Avec la collaboration de Martin Croteau et de Tommy Chouinard

Quand les ministres trébuchent

Replis, reculs, pieds dans les plats et doigts dans l'oeil, des ministres du gouvernement libéral ont fait suer leur chef Philippe Couillard au cours des derniers mois. Si bien que le premier ministre a lancé un rappel à l'ordre à ses troupes, hier. «Il n'y a pas 25 gouvernements au Québec, il y en a un», a-t-il affirmé. Il souhaite que le message de Québec soit dorénavant «bien compris». Qu'est-ce qui a poussé le premier ministre à lancer cet avertissement? Voici quelques indices.

Yves Bolduc, ministre de l'Éducation

22 août 

Déjà sur la sellette pour avoir touché une prime de 215 000$ pour prendre en charge des patients, le ministre déclare qu'il ne voit aucun problème à ce que des commissions scolaires sabrent l'achat de livres. «Il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s'empêcher de lire, parce qu'il existe déjà des livres [dans les bibliothèques]», dit-il. «Les enfants n'ont jamais assez de livres. C'est une stimulation constante. J'ai appris à lire à trois ans sur les genoux de ma mère avec des livres», corrige M. Couillard le lendemain. M. Bolduc s'excusera pour sa déclaration «très malhabile» quelques jours plus tard.

Carlos Leitao, ministre des Finances

10 novembre

«Ce n'était pas une promesse, c'était une cible.» Ainsi parlait le grand argentier du gouvernement Couillard au sujet l'engagement du Parti libéral de créer 250 000 emplois. Vingt-quatre heures plus tard, Philippe Couillard assure qu'il n'a pas abandonné sa promesse électorale. «On est très déterminés à le faire, il faut le faire, on va y arriver. Bien sûr, on ne contrôle pas tous les leviers, l'État est là pour créer l'environnement et on est persuadés qu'on est capables d'y arriver», dit-il.

Francine Charbonneau, ministre de la Famille

26 novembre

La ministre dépose un projet de loi qui prévoit des pénalités pour les parents et les garderies qui contribuent au phénomène des «places fantômes». «On responsabilise celui qui donne le service et celui qui reçoit le service», résume-t-elle. Deux jours plus tard, la ministre fait marche arrière. «On va revoir l'ensemble parce que je suis sûre que les partenaires vont nous dire que ça n'a pas d'allure», dira-t-elle de son propre projet de loi.

Pierre Moreau, ministre des Affaires municipales

10 décembre

«Dire que l'effort demandé avec le pacte fiscal est une justification pour une augmentation des taxes, c'est prendre les gens pour des crétins!», lance M. Moreau en brandissant la menace de rembourser les contribuables de Laval et Longueuil à même les transferts à ces municipalités.

23 février

«Est-ce que la route politique des discussions entre les politiciens est parfois semée d'embûches? La réponse est oui. Est-ce que ces embûches-là peuvent être contournées? La réponse est oui. Je pense qu'on en fait la démonstration», dit le ministre, qui annonce qu'il renonce à sanctionner la Ville de Longueuil.

Jacques Daoust, ministre de l'Économie

12 décembre

Le ministre justifie la suppression des subventions à l'Agence science-presse et au magazine Les débrouillards. «Il y a une réorientation de la mission du programme, dit sa porte-parole. On veut mieux utiliser les budgets et se tourner vers le développement de la culture d'innovation en entreprise.» Devant le tollé soulevé par la décision, le ministre recule 24 heures plus tard. «Malgré le contexte financier particulièrement difficile dans lequel le gouvernement évolue, nous tenons à préserver la mission de ces organisations qui travaillent dans le domaine de la culture scientifique et qui apportent une contribution importante au développement économique», précise-t-il.

Kathleen Weil, ministre de l'Immigration

11 février

La ministre affirme qu'elle accepterait de travailler avec un intégriste religieux. «On n'a pas de jugement à porter sur cette personne en autant que la sécurité publique est protégée», explique-t-elle. La ministre fait volte-face le jour même après une réunion du Conseil des ministres. «Ce serait impossible que quelqu'un comme ça se retrouve dans mon cabinet, vraiment impossible», explique-t-elle.

Yves Bolduc, ministre de l'Éducation

17 février

Le ministre se retrouve sur la sellette lorsqu'il est invité à commenter le cas d'une étudiante qui a fait l'objet d'une fouille à nu dans la région de Québec. «Il est permis de faire des fouilles à nu à une seule condition, dit-il. Il faut que ce soit très respectueux, il y a un cadre qui doit être respecté.» Les propos du ministre font le tour du globe. M. Bolduc mandatera un expert indépendant pour enquêter sur l'incident de Québec.  Le premier ministre affirmera deux jours plus tard qu'il ne doit pas y avoir de fouilles à nu dans les écoles «sauf dans les cas extrêmes justifiés par les forces policières».

Robert Poëti, ministre responsable de la région de Montréal

23 février

«Ceci pourrait être un des pouvoirs que [Montréal] aurait pour justement financer davantage les transports collectifs. Ça se fait à travers le monde, à d'autres endroits, et il y a du succès.» -  Robert Poëti au sujet de la possibilité de taxer davantage les propriétés situées près des transports collectifs

24 février

«Nous n'avons aucune intention d'accorder de façon unilatérale de nouveaux pouvoirs de taxation à la Ville de Montréal.» - Philippe Couillard, qui contredit son ministre

- Martin Croteau

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