Négos dans les secteurs publics et parapublics: le débat s'annonce houleux

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L'un des enjeux les plus chauds de la rentrée sera les négociations dans les secteurs public et parapublic. Alors que les syndicats fourbissent leurs armes, le gouvernement laisse entendre qu'il n'a pas les moyens de bonifier son offre. Place au face-à-face.

Front commun syndical: «Il va falloir faire de la mobilisation»

«Dévalorisés» et «déconsidérés» par le gouvernement, les employés de l'État sont prêts à aller loin dans les moyens de pression, prévient le front commun syndical. Le mot «grève» est prononcé dans les assemblées.

Aucun mandat de débrayage n'a été voté jusqu'ici. Les conventions collectives viendront à échéance le 31 mars seulement. Mais lors d'une rencontre éditoriale avec La Presse, les leaders du front commun ont témoigné de la colère des troupes constatée à l'occasion de tournées régionales.

«On a senti que les militants dans les assemblées publiques avaient l'intention d'aller bien loin dans les moyens de pression», a affirmé le président de la FTQ, Daniel Boyer. Et selon la présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec, Lucie Martineau, «des gens parlent d'emblée» de la grève. La vice-présidente de la CSN, Francine Lévesque, croit que des «actions plus lourdes» seront à l'ordre du jour dans l'éventualité d'un «cul-de-sac» à la table de négociation.

Mais on n'en est pas là, estiment les leaders syndicaux. Pour l'heure, «des syndicats prennent des votes, mais plus dans le cadre de mener une lutte politique contre les coupures», a indiqué Mme Lévesque. Les leaders syndicaux ont souligné que les membres leur ont donné le mandat de négocier de bonne foi.

Mais la partie ne sera pas facile, surtout devant ce qu'ils qualifient de «pire dépôt patronal» depuis belle lurette. Entre Martin Coiteux et Michelle Courchesne, présidente du Conseil du trésor pendant la majeure partie des dernières négos, «il y a un monde», a glissé Daniel Boyer, laissant entendre que les pourparlers seront plus ardus.

«On va devoir assurément exercer un rapport de force. On ne se fera pas de cachette: il va falloir faire de la mobilisation», a dit Francine Lévesque.

Un «grand travail à faire»

Selon Daniel Boyer, le front commun a également «un grand travail à faire» pour marquer des points dans l'opinion publique. «Il faut déboulonner plusieurs mythes», comme celui voulant que les fonctionnaires sont des «gras durs». «Je pense qu'on est en meilleure situation maintenant [pour faire cette démonstration] qu'on l'était dans la dernière négociation. Les gens commencent à comprendre que l'écart salarial grandit de plus en plus. Et la sacro-sainte sécurité d'emploi, il faut arrêter de parler de ça. Il y a plus de la moitié des employés qui n'en ont pas!» Selon l'Institut de la statistique du Québec, la rémunération globale (salaires et avantages sociaux) des employés du secteur public est inférieure de 7,6% à celle des autres travailleurs d'entreprises de 200 employés ou plus (du privé, du fédéral et des municipalités). Cet écart doublerait en cinq ans avec l'offre patronale, estime le front commun.

«Nos demandes peuvent paraître déconnectées, d'une autre époque, comme dirait M. Coiteux, mais quand nos membres accusent ce retard, comment on peut demander moins que ce qu'on demande?», a lancé Daniel Boyer.

Le ministre Martin Coiteux: «La marge est mince»

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, laisse bien peu de marge pour bonifier son offre salariale de 3% en cinq ans aux employés de l'État. Certaines conditions devraient selon lui être réunies pour que le gouvernement se fasse plus généreux, mais elles paraissent bien lointaines.

«Si on était capable, et c'est ce qu'on veut, d'accélérer la croissance économique, notamment en ayant une fiscalité plus compétitive, et de réduire la dette, bien là, il y aura des marges de manoeuvre, y compris pour hausser la rémunération. Mais il faut qu'on fasse le travail d'abord. Il ne faut pas qu'on compromette l'atteinte de l'équilibre budgétaire et le retour à la compétitivité fiscale», a-t-il plaidé en entrevue à La Presse, hier.

Le gouvernement Couillard veut écrire à l'encre noire son budget 2015-2016, attendu ce printemps. Il prévoit dégager un léger surplus en 2017-2018 seulement, et compte le consacrer en parts égales à la réduction du poids de la dette et à la baisse du fardeau fiscal des contribuables, comme il s'y est engagé en campagne électorale. Des hausses salariales plus alléchantes ne paraissent donc possibles que dans plusieurs années. «Des réductions éventuelles d'impôt, une fois qu'on peut se dégager les marges de manoeuvre, c'est dans l'intérêt des travailleurs du secteur public. Ils paient eux aussi des impôts», a relativisé Martin Coiteux.

Il soutient que son offre est «responsable et compatible avec le retour à l'équilibre budgétaire». Un gel salarial pour les deux prochaines années semble incontournable. «Vous avez vu à quelle croissance des dépenses de programmes on doit s'astreindre?» a-t-il lancé. La croissance prévue est de 0,8% en 2015-2016 et de 1,8% l'année suivante. À titre comparatif, alors que bien des compressions suscitent la grogne, les dépenses auront bondi de 2,4% cette année. «Quand on augmente globalement les dépenses de 0,8%, que la rémunération représente 60% des dépenses et qu'il y a d'autres aspects qui font augmenter la rémunération comme la progression dans les échelons, on se comprend que la marge de manoeuvre, elle est mince», a laissé tomber Martin Coiteux.

Il se défend de faire preuve de fermeture envers les syndicats. Il croit qu'«il y a certainement des endroits sur lesquels on peut converger, car il y a plus que les paramètres salariaux aux tables de négociations», a-t-il souligné.

Repousser la retraite

Le ministre veut par exemple discuter des «incohérences dans les échelles salariales», mais aussi du régime de retraite. Il compte le réformer notamment en repoussant l'âge de la retraite de 60 à 62 ans. L'État économiserait ainsi 200 millions de dollars par année. Tout comme les employés, qui financent à 50% le régime. Leurs cotisations, qui ont doublé au fil des ans, pourraient baisser, «ce qui leur laisserait plus d'argent dans leurs poches», a souligné M. Coiteux. Mais aux yeux des syndicats, cela revient à demander aux employés de se financer eux-mêmes des augmentations de salaire en rognant sur leur régime de retraite.

Alors que les prochains mois s'annoncent houleux, Martin Coiteux demande aux syndicats de «délaisser les vieilles techniques d'affrontement» et de faire preuve de «maturité». Ils ont le droit de manifester, mais pas de mener des «perturbations économiques», a-t-il dit.

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