Bras de fer avec les villes: l'UMQ en furie contre Moreau

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Hier, une vingtaine de maires ont participé à une conférence de presse organisée par la présidente de l'UMQ, Suzanne Roy (au centre). L'opération avait des allures de geste de solidarité.

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(Montréal et Québec) Le fossé se creuse entre le gouvernement et l'Union des municipalités du Québec (UMQ), qui restent campés sur leurs positions. «Chantage», «intimidation», «déni de démocratie», ont tonné hier des membres de l'UMQ, tandis que le ministre Pierre Moreau réitérait sa menace de leur couper les vivres.

Il ne semblait pas y avoir de mots trop durs hier pour les maires de l'UMQ face aux déclarations faites la veille par le ministre des Affaires municipales, qui ne digère pas que Laval et Longueuil aient lié les hausses de taxes foncières aux compressions du gouvernement dans les transferts municipaux. Une vingtaine de maires ont participé - certains par des messages écrits - à une conférence de presse. L'opération avait des allures de geste de solidarité.

«Informer la population de l'impact du pacte fiscal sur le compte de taxes est une décision collective à l'UMQ. Ce n'est pas une initiative isolée», a rappelé le maire de Laval, Marc Demers. La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, dont l'indignation a été clairement formulée, a déclaré se sentir soutenue par ses collègues pour ne pas céder à «l'intimidation».

Mais le front commun municipal présente des failles. Le maire de Montréal, Denis Coderre, et le maire de Québec, Régis Labeaume, se sont faits discrets. C'est par Twitter que le maire Coderre a réagi, en prenant soin de ne se mettre à dos ni le ministre ni ses collègues de l'UMQ.

«Confrontation UMQ-Min Moreau: faut s'assurer que les canaux de communication restent ouvert, c'est ce que Régis et moi faisons depuis hier [mercredi]», a d'abord écrit le maire. Il a ajouté qu'il apprécie la «présidente de UMQ Suzanne Roy et le min Moreau». Se donnant quasi un rôle de médiateur qui n'est pas directement concerné par le débat, il a précisé: «Cette confrontation ne fera pas de gagnant. Nous avons intérêt à nous parler».

Mercredi soir, la présidente de l'UMQ a parlé au téléphone avec le ministre Moreau alors qu'elle avait alerté le premier ministre. Mme Roy a qualifié leur discussion de «préliminaire».

Pour l'instant, il y a surtout eu des invectives à l'égard du ministre «qui flirte avec l'abus de pouvoir» et dont la menace «n'est pas digne de sa fonction». «Pierre Moreau a insulté les Longueuillois», a soutenu Mme St-Hilaire. «Le ministre a choisi de refiler 300 millions aux municipalités et il aurait voulu que ça se fasse en secret», a laissé tomber Marc Demers.

Moreau se défend

Loin de reculer, le ministre Moreau s'est défendu de vouloir intimider les élus municipaux et sa position n'a pas changé d'un iota. «Ce n'est pas de l'intimidation, a-t-il déclaré. C'est dire que nous allons prendre des mesures fiscales pour mettre les contribuables à l'abri d'une imposition qui n'a pas lieu d'être.»

Le ministre a cité l'exemple de la Ville de Laval, qui est assise sur un surplus de 111 millions. Il presse donc son maire Marc Demers, et sa collègue Caroline St-Hilaire, de puiser dans ces coussins au lieu de refiler la baisse des transferts à leurs contribuables.

«Ce sont deux maires qui augmentent leurs dépenses, qui engrangent les surplus et qui disent qu'ils sont obligés d'augmenter les taxes à cause du pacte fiscal, a indiqué M. Moreau. Ça ne se tient pas sur le plan de l'argumentaire, ça ne se tient pas sur le plan budgétaire.»

M. Moreau envisage toujours de retenir des transferts aux municipalités qui refusent de compenser leurs pertes par des gains en efficacité. Il n'exclut pas d'expédier des chèques directement aux propriétaires pour compenser la hausse de leur fardeau fiscal, des sommes qui seraient déduites des transferts aux villes.

Il a par ailleurs indiqué qu'il n'est pas question pour le premier ministre Philippe Couillard de rencontrer des représentants du monde municipal, comme le réclame l'UMQ.

L'odieux des compressions

À Québec, le chef par intérim du Parti québécois, Stéphane Bédard, accuse le gouvernement libéral de menacer les villes parce qu'il refuse de porter l'odieux de ses propres compressions budgétaires.

«Je trouve ça insultant pour les contribuables, a dénoncé M. Bédard. C'est nous prendre pour des crétins [que] de penser qu'on ne sait pas que les augmentations qu'on a actuellement sont dues au Parti libéral et aux mauvaises décisions qu'ils ont prises.»

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a tourné en dérision l'idée du ministre Moreau d'expédier des chèques aux contribuables de Laval et Longueuil pour compenser la hausse de l'impôt foncier.

«Ça n'a aucun bon sens de dire qu'on va envoyer des chèques de 23$, de 27$, de 32$, a-t-il ironisé. La bureaucratie qu'on va mettre en place pour envoyer des chèques aux contribuables... M. Moreau fait du théâtre.»

Selon la professeure Danielle Pilette, spécialiste du monde municipal à l'UQAM, les menaces de M. Moreau à l'égard des municipalités sont «inédites». Selon elle, la méthode musclée va à l'encontre des principes d'autonomie locale prévus dans la Loi sur la fiscalité municipale.

Mais le monde municipal a sa part de responsabilité, précise la chercheuse.

«Les municipalités avaient elles-mêmes contrevenu à leur autonomie locale en demandant au ministre de régler le déficit passé des régimes de retraite», a-t-elle fait valoir.

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