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Finances publiques: Québec est devant un mur

Philippe Couillard... (Photo André Pichette, La Presse)

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Philippe Couillard

Photo André Pichette, La Presse

(Québec) On en parle depuis 10 ans, mais on y est arrivé. Faibles revenus et dépenses en croissance constante à cause de la courbe démographique: les finances publiques du Québec sont maintenant devant un mur, qui nécessitera pour 2014-2015 des décisions extrêmement douloureuses.

Et deux pistes s'offrent au gouvernement Couillard, confie-t-on dans les officines gouvernementales: la réouverture unilatérale de l'entente sur la rémunération des médecins et un gel rapide des salaires de l'ensemble des employés de la fonction publique.

Déjà, la cible de 2,5 milliards de dollars pour le déficit de l'année qui se termine sera impossible à atteindre - on doit parler d'au moins 3,3 milliards, parce que le coup de barre nécessaire dans les dépenses en cours d'année n'a pas été donné par le Conseil du Trésor. On comprend désormais pourquoi le gouvernement sortant n'a pas rendu publiques ses prévisions de dépenses - l'atteinte du déficit zéro en 2015-2016 paraît bien improbable.

Engagements de Couillard

En effet, le constat fait par le comité de transition du Parti libéral du Québec rend bien théorique le déficit de 1,75 milliard prévu pour 2014-2015. La différence de l'année qui se termine augmente de plus de 700 millions la cible de dépenses à comprimer. Sans compter les décisions quant aux compressions à venir qui n'ont jamais été prises - simplement pour atteindre la cible l'an prochain, Québec aurait pour près de 2 milliards de dépenses à «écraser».

Et c'est sans compter les engagements pris en campagne électorale par Philippe Couillard. Ce dernier a promis une croissance de 3% des dépenses (dont 4% en santé et 3,5% en éducation). Or, la cible de 1,75 milliard s'appuyait sur une prévision de croissance de 2% du Parti québécois (Pauline Marois avait promis une croissance de 3% en santé et en éducation, mais un recul de 0,8% pour tous les autres portefeuilles).

Les scénarios sont prêts et ne demandent que le feu vert des nouveaux décideurs publics. Québec doit verser 1 milliard de plus aux médecins en 2014-2015, mais il pourrait étaler cette facture sur les deux dernières années de l'entente, qui va jusqu'en 2017. Il pourrait aussi carrément rouvrir l'entente - c'est ce qu'envisageait de faire le gouvernement Marois. En campagne électorale, M. Couillard s'est engagé à ne pas la rouvrir, mais cela n'exclut pas un étalement.

L'autre avenue dans les cartons au Trésor: le gel des salaires dans le secteur public. Le problème, c'est que cela ne livre pas tant de millions, et surtout pas assez rapidement. Les conventions signées vont jusqu'en mars 2015, elles sont donc inutiles pour rééquilibrer l'année 2014-2015, à moins qu'on décrète unilatéralement un gel - une période de deux ans est envisagée. Cette fois encore, on parle de 300 à 400 millions par année d'économies récurrentes - seulement 1% était prévu.

Recours plus coûteux

Québec a d'autres recours, plus coûteux politiquement. Il pourrait imposer tout de suite l'abolition des augmentations, assorties d'un gel dans les échelons d'emploi - ici, l'économie serait de 1 milliard par année.

Le dernier budget de Nicolas Marceau avait été déposé sans l'habituel document sur les crédits budgétaires. Le comité de transition libéral a compris pourquoi en voyant les chiffres. Le budget ouvrait toutefois ces deux portes: l'entente avec les médecins et la négociation avec le secteur public comme pistes de solution.

Philippe Couillard a déjà fait savoir qu'il demanderait au Vérificateur général de mettre son nez dans les livres. Il vient de le faire du côté des revenus, aux Finances, où il ne se privera pas de revenir à la charge avec sa demande de modifications aux règles comptables. En effet, selon lui, le déficit est sous-évalué de 626 millions. Mais c'est surtout du côté des dépenses, du Conseil du Trésor, que le vérificateur Michel Samson mettra ses efforts.

La semaine dernière, André Dicaire, ancien secrétaire du gouvernement sous Jean Charest, a rencontré, avec une petite équipe, les sous-ministres des Finances et du Trésor. L'ancien mandarin croyait pouvoir trouver une solution simple aux problèmes. Il n'en a été rien. Il a essentiellement repris les chiffres des deux organisations pour y aller de ses propres tableaux, avec les mêmes constats.

En coulisses, on explique qu'à l'époque où il était le chef d'orchestre du gouvernement, M. Dicaire pouvait s'appuyer sur le maintien du déficit zéro par les gouvernements Bouchard et Landry. En outre, la période de 2003 en était une de forte croissance des revenus. Dix ans plus tard, le contexte a changé du tout au tout.




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