Charest met le paquet sur son Plan Nord

Afin d'attirer les investisseurs étrangers, Québec privilégiera la... (Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Afin d'attirer les investisseurs étrangers, Québec privilégiera la construction de routes d'accès menant à des gisements de fer et de diamant réputés de classe mondiale, contenant des millions de tonnes de minerais de grande qualité.

Photo: Ivanoh Demers, archives La Presse

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne

Jean Charest joue lundi sa carte maîtresse, lui qui aimerait bien voir un jour les livres d'histoire associer son nom aux grands bâtisseurs du nord québécois.

Le premier ministre mettra en tout cas le paquet, en après-midi, à Lévis, pour convaincre la population que son Plan Nord n'est pas que de la poudre aux yeux destinée à accroître sa cote de popularité dans les sondages, à temps pour la prochaine élection.

Il annoncera en fait le développement tous azimuts des deux tiers du territoire québécois situé au nord du 49e parallèle, grâce à des dizaines de milliards de dollars d'investissements publics et privés au cours des 25 prochaines années.

Il donnera une facture solennelle à l'événement et présentera son Plan Nord comme le plus ambitieux projet de l'histoire du Québec.

Sauf qu'il existe une explication pour comprendre pourquoi cet immense territoire, de plus d'un million de kilomètres carrés, au potentiel énorme sur le plan économique, n'a toujours pas été développé: il est pratiquement inaccessible et les investissements requis pour exploiter ses ressources naturelles sont astronomiques. Sans compter les rigueurs du climat.

Ruée vers le nord?

Il est donc loin d'être acquis que, dans un calcul coûts-bénéfices, le secteur privé va se ruer vers le nord. Et il pourrait être difficile, lundi, de départager, parmi la pléthore de projets annoncés, lesquels verront effectivement le jour dans un avenir prévisible.

M. Charest, qui a déjà deux mandats et la moitié d'un troisième derrière la cravate, a déjà dit en entrevue qu'il aimerait bien que les prochaines générations associent son nom au développement du Grand Nord.

Quoi qu'il en soit, l'annonce de lundi constituera certainement, pour lui, la réalisation d'un rêve. Ce sera aussi l'aboutissement d'un long processus. Son intérêt pour la partie boréale du pays date du temps où il était ministre de l'Environnement, à Ottawa, en 1992, à l'occasion d'un voyage marquant dans l'arctique, au cours duquel il avait constaté tout le potentiel en dormance de la région.

Mais il faudra attendre la troisième année de son premier mandat, à la fin de l'été 2006, pour l'entendre parler publiquement de ses intentions, à la faveur d'une entrevue à La Presse Canadienne, lors d'une tournée de la Basse-Côte-Nord.

Et ce n'est qu'en 2008, encore une fois à Lévis, qu'il annoncera ses couleurs officiellement, lors d'une activité partisane. Depuis, les sceptiques sont nombreux, puisque le gouvernement s'est montré fort discret sur la nature exacte du projet, son coût, l'échéancier de réalisations, l'ampleur des investissements publics et privés requis et, surtout, les retombées économiques anticipées.

Développement économique, de Sept-Îles à Salluit

En fait, avec son Plan Nord, Québec cherchera surtout à créer un environnement favorable au développement économique, de Sept-Îles à Salluit. Et à inscrire le tout dans une approche de développement durable.

Pour éviter d'interminables querelles judiciaires, le premier ministre insistera pour dire que le développement du nord ne se fera pas sans l'assentiment des Inuits et des peuples autochtones, et sans que ces derniers en soient les premiers bénéficiaires.

Leur appui n'est toutefois pas acquis, malgré d'innombrables séances de consultation. Des chefs innus de la Côte-Nord ont déjà dit publiquement qu'ils étaient prêts à faire dérailler le Plan Nord s'ils jugeaient que Québec ne respectait pas leurs conditions. Le ton était donné quand ils ont contesté la construction du méga-complexe hydroélectrique de 1550 MW de La Romaine, sur la Basse-Côte-Nord.

Les écologistes ont eux aussi leurs réserves et certains groupes projettent afficher dès lundi leur refus d'adhérer au Plan Nord.

Mais Québec ira de l'avant, de toute façon.

Attirer les investisseurs

Si la majorité des investissements doit provenir du privé, principalement des compagnies minières, Québec devra aussi montrer la voie.

Sa contribution passera d'abord par l'aménagement d'infrastructures, comme la construction de routes, notamment la route 167 de Chibougamau vers les monts Otish, et de liens ferroviaires menant à d'importants gisements miniers, de même que la mise à niveau d'aéroports, sans compter le financement d'études devant éventuellement mener à la construction d'un port en eau profonde à Kuujjuarapik, sur les rives de la baie d'Hudson.

Le développement minier sera en fait le coeur du Plan Nord, alors que certaines compagnies, comme la multinationale indienne Tata, ont démontré un intérêt réel pour des investissements de milliards de dollars dans des gisements du nord québécois.

Afin d'attirer les investisseurs étrangers, Québec privilégiera la construction de routes d'accès menant à des gisements de fer et de diamant réputés de classe mondiale, contenant des millions de tonnes de minerais de grande qualité.

Le développement énergétique constituera un autre axe majeur du Plan Nord. Fissuré de nombreuses rivières, le territoire recèle un potentiel de plus de 20 000 mégawatts, soit suffisamment pour éclairer quatre millions de résidences.

Plus modestes, les projets à court terme de développement d'Hydro-Québec sont déjà connus, avec une commande de Québec de produire 3500 MW supplémentaires à ce qui avait été déjà convenu. Le premier ministre rappellera qu'il s'attend à ce qu'Hydro-Québec ait constamment des projets en chantier dans le nord. Le développement de l'énergie éolienne sera aussi abordé.

Sur le plan de la protection de l'environnement, M. Charest avait déjà annoncé en 2008 la volonté du gouvernement de soustraire à toute exploitation industrielle la moitié du territoire en multipliant les aires protégées.

Il s'est engagé aussi à planter pas moins de 100 millions d'arbres pour reboiser ce territoire immense, qui couvre, outre le Nunavik et la baie James, la partie boréale de l'Abitibi et du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de même que la Côte-Nord et la Basse-Côte-Nord.

Quatre nouveaux parcs nationaux seront aussi officiellement créés.

Pour les autochtones, le premier ministre annoncera également un plan de construction de 500 appartements.

Le Plan Nord comportera aussi un volet de développement récréotouristique.

Le PQ déplore que Charest présente son Plan Nord... à Lévis

Le Parti québécois trouve inconcevable que le gouvernement Charest ait choisi de présenter son très attendu Plan Nord, à Lévis, plutôt que dans une communauté autochtone du nord du Québec.

Le député péquiste d'Ungava et porte-parole en matière de développement du Nord, Luc Ferland, estime que le gouvernement Charest a raté une belle occasion de lancer son Plan Nord en présence des populations concernées, dans un site nordique, même si des représentants de ces communautés seront présents à Lévis.

M. Ferland qualifie la décision de ridicule. Il se demande ironiquement si les détails de la réfection de l'échangeur Turcot à Montréal seront éventuellement annoncés à Chibougamau.

Par ailleurs, le député d'Ungava déplore que le gouvernement ait mis plus de trois ans à concrétiser ce dossier.




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