Coderre devrait visiter les pétrolières albertaines, dit Ambrose

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Une installation de la Syncrude, près des sables bitumineux d'Athabasca, en Alberta.

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(Ottawa) La leader intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, invite le maire de Montréal Denis Coderre à visiter les installations de l'industrie pétrolière en Alberta pour mieux comprendre l'importance de construire l'oléoduc Energie Est tel que proposé par la firme TransCanada.

La semaine dernière, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a fait savoir qu'elle s'oppose à ce projet dont la construction doit être approuvée par l'Office national de l'énergie.

Le maire Denis Coderre s'est fait le principal porte-parole des maires des villes de la CMM en affirmant que ce projet procurerait peu de retombées pour la grande région de Montréal tout en représentant un risque pour l'environnement.

En conférence de presse, lundi matin, à Ottawa, Rona Ambrose a invité le maire Coderre à faire une tournée de la province de l'Alberta pour constater que l'industrie des sables bitumineux a fait des progrès importants pour protéger l'environnement. Elle a aussi affirmé que les gens de l'Ouest « souffrent terriblement » en ce moment en raison de la chute brutale du prix de pétrole et que le projet Énergie Est représente essentiellement la seule lumière au bout d'un tunnel sombre alors que des dizaines de milliers de travailleurs de l'industrie ont déjà perdu leur emploi.

«Je crois que le message que veulent lancer les gens de l'Alberta et la Saskatchewan à M. Coderre et les Québécois est le suivant : nous avons besoin de votre appui. Nous avons besoin de l'appui du reste du pays. Les prix du pétrole ont chuté. Mais pour assurer la croissance à long terme dans le secteur de l'énergie, il faut des pipelines. Oui, tout le monde au pays veut qu'ils soient construits de manière sécuritaire pour l'environnement. Mais de voir M. Coderre insulter les Albertains et s'opposer à un pipeline qui n'a même pas encore été construit, c'est malheureux », a dit Mme Ambrose.

« Cela est contraire à l'esprit de la confédération. C'est néfaste pour l'unité nationale. Alors j'invite M. Coderre à venir en Alberta pour qu'il examine les technologies qui sont utilisées pour s'assurer que ces oléoducs soient contruits de manière sécuritaire. Il pourra prendre connaissance du plan environnemental du gouvernement de l'Alberta. Je l'inviterai à examiner ce dossier en tenant compte de la science, et non pas s'adonner à de la politique locale. J'espère que notre pays est meilleur que cela, qu'un Canadien ne tentera jamais d'empêcher un autre Canadien de gagner sa vie », a-t-elle ajouté.

Mme Ambrose, qui a rencontré les médias afin de préciser les priorités de son parti à la reprise des travaux parlementaires, a dit craindre que le débat entourant le bien-fondé de ce projet dérape au point de constituer une menace à l'unité canadienne.

Après avoir annoncé la position de la CMM, le maire Denis Coderre a fait l'objet de vives critiques sur les médias sociaux de la part du premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, et d'autres élus provinciaux de l'Alberta.

Sur son compte Twitter, M. Wall a affirmé : «Je suppose que les maires de la région de Montréal vont poliment retourner leur part des 10 milliards en péréquation reçus de l'Ouest».

La première ministre de l'Alberta Rachel Notley a accusé la CMM de « manquer de vision » tandis que le député conservateur Jason Kenney a fait valoir que la production pétrolière engendrait des milliards de dollars en transferts pour les Québécois.

Le chef du parti albertain Wildrose, Brian Jean, a expliqué dans une entrevue à CBC qu'il prenait des décisions « en fonction de la science » et que l'oléoduc est le moyen le plus sécuritaire de transporter du pétrole. « Je ne sais pas ce que monsieur Coderre a en tête, mais vous ne pouvez pas déverser dans un fleuve des millions de litres d'eaux usées, profiter des bénéfices de la péréquation, accepter des pétroliers étrangers dans votre fleuve et rejeter notre pipeline », a dit Brian Jean.

M. Coderre a dit ne fait pas grand cas des critiques de ses collègues dans l'ouest, qui l'accusent de faire preuve d'hypocrisie dans le dossier de l'oléoduc Énergie Est. Il a affirmé que les «subventions fédérales que [la] Saskatchewan reçoit pour financer ses projets viennent aussi [des] contribuables québécois #ditesMerci». Il a souligné au passage que la moitié de la population du Québec habite dans la région de Montréal.

«Nous contribuons TOUS à l'effort collectif. On peut prendre position sur des enjeux qui touchent les citoyens que nous représentons», a dit le maire de Montréal.

- Avec La Presse Canadienne

Denis Coderre se défend

Le maire Denis Coderre s'est défendu de s'opposer aux projets d'oléoduc, rappelant que lui et les autres maires de la Communauté métropolitaine de Montréal ont appuyé l'inversion de la ligne 9b.

Il a opposé l'ouverture manifestée par Enbridge, «une compagnie qui nous parlait et avec qui on est arrivés à une entente», à celle du promoteur d'Énergie Est, Trans Canada.

«On arrive avec une compagnie très arrogante, qui ne veut pas nous parler, qui pense que ce n'est pas important, qui nous regarde de haut», a-t-il dénoncé.

Quant aux gens ayant dit que Montréal était mal placée pour faire la leçon en environnement depuis le déversement l'automne dernier de milliards d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, le maire a estimé qu'il était injuste comparer cet événement au danger posé par le pétrole brut.

- Avec la collaboration de Pierre-André Normandin

Unité nationale

En Chambre, pour la première période de questions de l'année, la chef conservatrice a demandé à Justin Trudeau s'il réalisait que «son manque de leadership sur cet enjeu (créait) des divisions» au pays. «Le premier ministre devrait cesser d'utiliser son téléphone pour des égoportraits avec Leo DiCaprio et décrocher et appeler Denis Coderre et se battre pour les ressources naturelles», a-t-elle lancé.

M. Trudeau s'est défendu en affirmant travailler très fort avec les leaders municipaux et provinciaux pour s'assurer de créer des conditions favorisant «l'acceptabilité sociale, la surveillance, la responsabilité environnementale et le partenariat avec nos communautés, pour mettre nos ressources sur le marché d'une façon responsable, parce que c'est ce que ça prend au 21e siècle».

Le premier ministre a toujours soutenu qu'il reviendrait aux Canadiens de déterminer de l'acceptabilité sociale des projets. Il entend revoir les processus d'évaluation environnementale, mais l'évaluation d'Énergie Est suit actuellement son cours selon les anciens paramètres.

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Séguin, s'est lui aussi lancé dans l'arène, en décriant le comportement des politiciens de l'Ouest qui «se donnent le droit de se comporter en propriétaires du Québec au nom de l'unité canadienne».

Malgré le ton qui ne cesse de monter de part et d'autre, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, estime qu'il est toutefois exagéré de croire que l'unité nationale pourrait être ébranlée par ce projet. «Le Canada est beaucoup plus fort que ça. Le Canada ne va pas être mis en cause parce qu'on a des débats tout à fait normaux au sujet de pipelines», a-t-il affirmé.

Péréquation

En Italie, devant des gens d'affaires, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, s'est porté à la défense de M. Coderre et des maires de la région métropolitaine. «Un projet de pipeline qui traverse des communautés densément peuplées ou des cours d'eau, partout ailleurs au Canada, ça créerait un débat et une polémique et une discussion serrée. Pas juste au Québec. Même dans l'Ouest, ça ferait la même chose», a-t-il signalé.

Pour M. Couillard, on fait «naître l'animosité inutilement entre les régions». Et surtout, il réfute l'argument selon lequel le Québec devrait accepter le projet parce qu'il bénéficie de paiements en péréquation. «Il n'est aucunement question d'en faire un facteur de décision. Ça ne marche pas. On ne peut faire ce lien-là. Ce lien est totalement inapproprié», a-t-il fait valoir.

M. Coderre est aussi d'avis que d'invoquer la péréquation est injuste. «On peut sortir plein d'exemples depuis 1905 où on a aidé des provinces de l'Ouest. C'était ça le but. On contribue tous à l'effort collectif. On fait tous partie de la solution. Mais il y a des gens qui ont des devoirs à faire et s'ils ne les font pas, ils paieront pour», a-t-il dit.

MM. Trudeau et Coderre doivent d'ailleurs se rencontrer tôt mardi matin, à l'hôtel de ville. Ils tiendront ensuite un point de presse conjoint.

- Avec Fannie Olivier, La Presse Canadienne

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