John Baird annonce sa démission

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(Ottawa) John Baird a entrepris une profonde réflexion au sujet de son avenir dans les jours qui ont suivi la mort soudaine de son ami et compagnon politique de longue date, l'ancien ministre des Finances Jim Flaherty, en avril 2014.

Mais sa décision de démissionner de son poste de ministres des Affaires étrangères, à neuf mois des prochaines élections, et de quitter la politique fédérale pour relever de nouveaux défis dans le secteur privé a été prise il y a une dizaine de jours seulement.

Cette décision a pris tout le monde par surprise, au premier rang le premier ministre Stephen Harper, qui comptait sur M. Baird, un pilier de son équipe ministérielle depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs en 2006, pour défendre à nouveau le bilan du gouvernement. M. Baird a informé M. Harper de ses intentions lundi soir seulement.

«Depuis le décès de Jim Flaherty, il réfléchissait beaucoup à son avenir et aux nouveaux défis qu'il pourrait relever ailleurs. Les deux hommes ont fait leurs débuts en politique provinciale ensemble à Queen's Park. Ils ont quitté la scène provinciale presque en même temps pour se joindre à l'équipe de M. Harper. Il a intensifié sa réflexion durant le temps des Fêtes en compagnie de ses proches et ses amis. Il a pris sa décision il y a une dizaine de jours», a confié à La Presse un proche collaborateur.

M. Baird avait donc bien caché son jeu. Il avait d'ailleurs été désigné candidat conservateur dans la nouvelle circonscription de Nepean, en banlieue d'Ottawa, en mars 2014.

Intérêt du secteur privé

«Il s'en va dans le secteur privé. Il y a déjà de l'intérêt pour ses services. Une annonce sera faite en temps et lieu. Chose certaine, il compte faire campagne à l'automne pour aider le premier ministre à remporter un autre mandat», a-t-on confié à La Presse.

Le ministre du Commerce international, Ed Fast, assurera l'intérim à la tête de la diplomatie canadienne. Selon nos informations, M. Harper nommera un nouveau ministre des Affaires étrangères au cours des prochains jours. Le nom du ministre de l'Immigration, Chris Alexander, qui a été ambassadeur du Canada à Kaboul, a été évoqué comme possible successeur.

Prenant la parole pour la dernière fois aux Communes en tant que ministre, M. Baird a soutenu que l'heure était venue pour lui d'affronter de nouveaux défis après avoir passé 10 ans en politique fédérale, 10 ans en politique provinciale et s'être vu confier 10 ministères différents à Ottawa et à Toronto.

«Ce lieu va beaucoup me manquer et plusieurs des personnes qui s'y trouvent, des deux côtés [de la Chambre]. Mais le temps est venu pour moi de commencer un nouveau chapitre dans ma vie», a-t-il déclaré.

«Je me tiens devant vous animé de plusieurs émotions, a-t-il poursuivi. Je suis optimiste quant à l'avenir du Canada. Je suis optimiste quant à mon avenir et aux opportunités qui s'offrent à moi. En même temps, je suis très triste de laisser cet endroit derrière moi. Triste de laisser derrière moi ceux qui sont si chers. Je suis reconnaissant de l'occasion que j'ai eue de servir mon pays et fier de l'héritage de notre gouvernement.»

Son discours a été accueilli par une ovation debout de députés de tous les partis, qui ont louangé sa contribution au service public au cours des 20 dernières années.

«Aussi passionné et partisan le ministre soit-il, il est aussi quelqu'un qui tend la main [à ses adversaires]», a noté le député Paul Dewar, porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d'affaires étrangères.

«Rusty, a ajouté M. Dewar en évoquant le surnom du ministre Baird, vous êtes peut-être parti, mais vous ne serez pas oublié.»

Le député libéral Marc Garneau a quant à lui affirmé que le Parti libéral «remercie John Baird pour le service qu'il a fourni au Canada durant les deux dernières décennies».

Fidèle allié de Harper

Stephen Harper a dit regretter le départ de son fidèle allié, «l'un des meilleurs ministres» avec qui il a eu le privilège de travailler. «John n'a jamais hésité à accepter de lourds dossiers au sein de mes différents cabinets, et il a su assumer de nouvelles responsabilités de taille avec une énergie, un dévouement et un professionnalisme inégalés, en ne perdant jamais de vue le fait qu'il était au service de la population canadienne», a-t-il dit dans un communiqué de presse.

John Baird a été un pilier du gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir en 2006. Il a occupé plusieurs postes importants au sein du gouvernement du premier ministre Stephen Harper, en plus de celui de ministre des Affaires étrangères depuis 2011. Il a été ministre de l'Environnement et leader du gouvernement en Chambre. Il a aussi servi à titre de président du Conseil du Trésor et de ministre des Transports alors que le gouvernement Harper était minoritaire aux Communes.

Avant de faire son entrée à la Chambre des communes, il avait été député à l'Assemblée législative de l'Ontario et ministre important du gouvernement provincial de Mike Harris.

Baird a dit

«Le scandale des commandites des libéraux constitue une tache très sombre pour la politique et le gouvernement canadiens. C'est le gouvernement conservateur qui a présenté la Loi fédérale sur la responsabilité, la mesure législative anticorruption la plus dure de l'histoire du Canada.»

- Alors président du Conseil du Trésor, le 8 novembre 2006 aux Communes

«S'il est une chose que notre premier ministre, notre équipe et notre gouvernement n'accepteront jamais, c'est bien l'avènement d'un gouvernement séparatiste au Parlement du Canada.»

- Alors ministre des Transports, le 3 décembre 2008. Il réagissait à la coalition du Parti libéral et du NPD, soutenue par le Bloc québécois, pour prendre le pouvoir à Ottawa.

«Nos économistes ont déterminé que, pour mettre en oeuvre les dispositions du projet de loi C-288 [mettant en oeuvre Kyoto], il faut que, dans huit mois à peine, chaque industrie, chaque entreprise et chaque citoyen au Canada commence à réduire du tiers ses émissions de gaz à effet de serre. [...] Il n'y aurait alors qu'une façon d'y arriver: le gouvernement devrait créer de toutes pièces une récession.»

- Alors ministre de l'Environnement, devant un comité du Sénat, le 19 avril 2007

«Trop de pays ont actuellement des lois régressives et punitives qui criminalisent l'homosexualité. Dans certains pays, ces lois sont les vestiges d'une époque révolue et ne sont pas appliquées. [...] Des peines draconiennes et des souffrances indicibles sont infligées à certaines personnes uniquement en raison de leur orientation sexuelle.»

- Alors ministre des Affaires étrangères, dans un discours à la 127e assemblée de l'Union interparlementaire à Québec, le 22 octobre 2012

«Nous appuyons le peuple d'Israël. Nous soutenons le peuple juif dans sa lutte continue contre le terrorisme, aujourd'hui comme demain.»

- Alors ministre des Affaires étrangères, le 24 octobre 2012, à la Chambre des communes

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