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Financement des infrastructures: Ottawa ferme la porte aux provinces

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La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard

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(OTTAWA) Avant même le début de la réunion du Conseil de la fédération cette semaine, le gouvernement Harper ferme la porte aux premiers ministres des provinces, qui lui demandent d'augmenter son financement des infrastructures.

«Une telle dépense empêcherait le Canada de revenir à un excédent en 2015», a tranché Michèle Jamali-Paquette, porte-parole de Denis Lebel, ministre fédéral des Infrastructures et des Relations intergouvernementales.

«Nos investissements dans les infrastructures doivent se faire en fonction de ce qui est abordable. Les budgets ne s'équilibrent pas tout seuls», a ajouté Mme Jamali-Paquette.

En entrevue à La Presse, les premiers ministres de l'Ontario et de l'Île-du-Prince-Édouard, respectivement présidents sortant et entrant du Conseil, ont affirmé que la question du financement des infrastructures occuperait une place importante dans leurs discussions avec leurs homologues à Charlottetown à compter de mercredi.

«Actuellement, les provinces dépensent environ 3% du PIB dans les infrastructures. Historiquement, un investissement combiné de 5% permettait de construire et d'entretenir ces infrastructures. Si le gouvernement fédéral augmentait son investissement à environ 2% du PIB, nous atteindrions ces 5%, et ce serait un niveau d'équivalence approprié», a déclaré la première ministre ontarienne, Kathleen Wynne.

Au terme d'une rencontre avec Mme Wynne à Québec jeudi, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a indiqué que cette hausse lui semblait acceptable. Les deux entendent d'ailleurs resserrer les liens entre leurs gouvernements pour présenter un front commun au reste du pays sur des questions comme celle-ci.

Meilleure collaboration réclamée

Créé en 2003 à l'initiative de Jean Charest, le Conseil de la fédération permet aux premiers ministres des provinces et des territoires de discuter de différents enjeux et de présenter leurs revendications au gouvernement fédéral.

Les rencontres de cette année surviennent au début d'une année préélectorale à Ottawa et alors que l'Île-du-Prince-Édouard célèbre en grande pompe le 150e anniversaire de la conférence de Charlottetown, au cours de laquelle avaient été jetées les bases de la fédération canadienne.

Dans ce contexte, le besoin de dialogue et de compromis entre les partenaires de la fédération devient d'autant plus pertinent, a souligné le premier ministre de l'Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz. «Ce sont des dialogues, des compromis et des discussions qui ont créé le meilleur pays du monde, a-t-il dit. Et maintenant, 150 ans plus tard, on a besoin de ce dialogue, on a besoin de ce compromis encore. J'espère que, en 2015, tous les partis fédéraux voudront parler avec les provinces pour améliorer notre pays.»

Le premier ministre Stephen Harper s'est souvent fait reprocher son manque de collaboration avec ses homologues des provinces et des territoires. «Si le premier ministre voulait rencontrer les premiers ministres plutôt que d'interagir avec nous un par un, nous aurions une vision nationale bien meilleure pour le pays», a déclaré Kathleen Wynne.

Deux visions

Les transferts fédéraux pour la santé font partie des dossiers qui devraient être discutés la semaine prochaine. Leur augmentation sera plafonnée au taux de la croissance économique à partir de 2017, pour un minimum de 3%, alors qu'elle a jusqu'ici été maintenue à 6%. Toutes les provinces ont dénoncé ce qu'elles décrivent comme un changement unilatéral imposé par le gouvernement Harper.

L'immigration, les barrières au commerce interprovincial et les paiements de péréquation devraient aussi faire partie des discussions.

«Les infrastructures seront vraiment importantes, pas seulement pour l'Ontario, mais partout au Canada», a par ailleurs noté Robert Ghiz.

Il n'a pas voulu avancer de chiffre quant à une possible position des premiers ministres au terme de leur rencontre. Ils devront cependant jouer de finesse: Ottawa paraît beaucoup plus enclin à éliminer son déficit budgétaire avant les prochaines élections qu'à délier les cordons de sa bourse.

Le bureau du ministre Lebel a rappelé qu'Ottawa avait renouvelé l'entente sur le transfert de la taxe sur l'essence en plus de faire des investissements records dans les infrastructures provinciales pour sortir de la crise financière de 2008. «Dans les 10 prochaines années, notre gouvernement investira 70 milliards de dollars dans les infrastructures du Canada», a précisé la porte-parole du ministre.

Mais la première ministre ontarienne trouve cette somme nettement insuffisante. «En Ontario, nous dépenserons 130 milliards de dollars dans les 10 prochaines années pour les infrastructures. Au Québec, le premier ministre Couillard a parlé de 90 milliards dollars en 10 ans. Au cours de la même période, le gouvernement fédéral mettra 70 milliards pour tout le pays. Il y a un large écart.»

Des commanditaires invités à table

Une vingtaine de grandes entreprises qui ont donné en moyenne 20 000 $ pour une conférence politique auront le privilège de partager deux repas avec Philippe Couillard et ses homologues des autres provinces canadiennes.

Le Conseil de la fédération, qui rassemble tous les premiers ministres provinciaux, a reçu un total de 450 000$ de la part de commanditaires pour sa conférence annuelle, qui a lieu cette semaine, a indiqué l'organisation en entrevue avec La Presse. C'est l'une des rares rencontres intergouvernementales financées par le secteur privé.

Ces commanditaires ne reçoivent pas de grande visibilité. Seul remerciement: des billets pour deux repas avec les premiers ministres.

L'un des repas est ouvert aux médias. L'autre, un souper, est strictement réservé aux délégations provinciales et aux représentants des commanditaires. Ils auront lieu à l'Île-du-Prince-Édouard, sur les lieux de la Conférence, à la fin de journées occupées par des discussions politiques entre élus.

À la table se trouveront donc des entreprises de commerce au détail comme Target, Canadian Tire et Loblaw, les géants de la bière MolsonCoors et Labatt ainsi que des pharmaceutiques comme Merck, Abbvie et Johnson&Johnson. L'entreprise d'oléoducs TransCanada, Bell et le Congrès canadien du travail (CCT) seront aussi de la partie.

«Permettre aux PM d'avoir une réunion»

En entrevue avec La Presse, le nouveau président du Conseil de la fédération, Robert Ghiz, a défendu cette pratique.

«Ces réunions coûtent beaucoup d'argent, a-t-il fait valoir. Je crois que c'est une occasion pour les organisations canadiennes, qui vivent dans une démocratie, de donner quelque chose pour permettre aux premiers ministres d'avoir une réunion.»

«Ça fait épargner les contribuables, a-t-il ajouté. Sans les commandites, les Canadiens diraient que ça coûte trop cher.»

Il y a deux ans, selon le Financial Post, les commandites allaient de 10 000 $ à 50 000 $. Preuve de leur importance, les billets de faveur pour les repas avec les politiciens étaient distribués selon l'importance du chèque: huit billets pour les commanditaires «Platine», quatre pour les «Or» et seulement deux pour les «Argent».

Le cabinet de Robert Ghiz affirme que les repas ne sont pas des tête-à-tête entre hommes d'affaires et politiciens. «Ce n'est pas très intime entre les premiers ministres et les commanditaires, a assuré Guy Gallant, attaché de presse du premier ministre. Les commanditaires ne participent pas à la partie plus officielle de la Conférence ni aux discussions des premiers ministres.

Les organisateurs n'ont pu confirmer ou infirmer si ces modalités s'appliquent à la conférence de cette année.

Avec Philippe Teisceira-Lessard




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