Six femmes au pouvoir au Canada

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Pauline Marois

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Louise Leduc
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Cinq provinces et un territoire - dont les quatre plus grandes économies provinciales du pays - sont maintenant dirigés par des femmes. Qui sont ces pionnières qui nous gouvernent? Des femmes aux parcours souvent romanesques qui rendent bien compte des réalités si distinctes d'un bout à l'autre du pays.

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Christy Clark

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Christy Clark, première ministre de la Colombie-Britannique

Une mère au sommet

Élue députée pour la première fois en 1996 à l'âge de 30 ans, Mme Clark gagne de nouveau les suffrages en 2001. Trois ans plus tard, elle devient ministre de l'Éducation, avant d'abandonner la politique en 2005 pour rester auprès de son nouveau-né et pour occuper des fonctions moins prenantes, celles de chroniqueuse et d'animatrice d'une populaire émission de radio.

En 2010, après la démission de Gordon Campbell, Mme Clark remporte l'investiture libérale en promettant notamment des jours meilleurs aux familles.

Elle se retrouve alors à la tête d'un gouvernement à la popularité minée par l'introduction d'une taxe de vente qui est très mal passée. Le fait d'être une femme lui vaudra d'être l'objet d'une question vulgaire d'un animateur de radio qui lui demande ce que cela lui fait d'être une MILF (mother I'd like to f***, une mère avec laquelle on voudrait baiser). Ne prenant pas ombrage du commentaire, Mme Clark répond en badinant, en disant que c'est quand même mieux d'être vue comme une MILF que comme une femme cougar. L'affaire fait grand bruit, et plusieurs commentateurs jugent que Mme Clark aurait plutôt dû envoyer paître l'animateur pour sa question, sinon sexiste, à tout le moins très déplacée.

Mme Clark doit toujours convaincre du bien-fondé du Northern Gateway, projet de pipeline entre l'Alberta et la Colombie-Britannique.

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Alison Redford, première ministre de l'Alberta

L'intello qui a battu la droite radicale

Un peu à l'image de Pauline Marois qui a dû ranger ses beaux bijoux pour éviter de paraître précieuse, la nouvelle première ministre de l'Alberta a eu fort à faire pour prouver que son parcours de haut vol d'avocate spécialisée dans la défense des droits de la personne ne l'empêcherait pas de se préoccuper du sort de l'Albertain rural.

Mme Redford a notamment travaillé en Afrique du Sud, un pays dont elle a essayé d'obtenir la citoyenneté. En 2005, son expertise a aussi été retenue pour l'organisation des premières élections parlementaires afghanes.

Mme Redford, qui parle le français, a gagné l'investiture conservatrice en 2011 après avoir été notamment ministre de la Justice sous Ed Stemlach.

En 2012, elle fait mentir les sondages en l'emportant contre le Wildrose Party de Danielle Smith.

Mme Redford se retrouve alors à la tête d'une province qui broie du noir. Les revenus tirés du pétrole et du gaz chuteront de 6 milliards cette année, soit de plus de 50%. Le budget de mars risque donc de faire mal dans une Alberta plus habituée à l'opulence qu'à l'austérité et qui ne veut toujours rien savoir d'une taxe de vente provinciale.

L'Alberta bataille ferme pour trouver de nouveaux marchés. Son projet de pipeline Northern Gateway, qui lui donnerait accès au Pacifique et à l'Asie, de même que le parachèvement du pipeline Keystone XL, vers les États-Unis, se sont heurtés à une vive opposition des groupes écologistes.

Mme Redford travaille aussi sur un front vers l'est, qui permettrait d'acheminer le pétrole albertain jusqu'au Nouveau-Brunswick. Pour ce dernier projet, Mme Redford espère obtenir le soutien du gouvernement Marois.

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Kathleen Wynne, première ministre de l'Ontario

La battante de centre gauche

Dans une autre vie, Kathleen Wynne était mère de trois enfants, femme au foyer et épouse d'un comptable. Aujourd'hui, elle est première ministre de l'Ontario et mariée à une consultante depuis 1991. Le fait que l'Ontario soit gouverné par une femme pour la première fois a été largement éclipsé par son homosexualité très affirmée.

C'est son opposition aux fusions à Toronto et sa colère contre le régime minceur de Mike Harris qui ont propulsé Mme Wynne dans la sphère publique.

Elle a été élue députée en 2003 dans le gouvernement libéral qui regagnait alors Queen's Park.

Mme Wynne a détenu quatre portefeuilles et elle s'est particulièrement illustrée comme ministre de l'Éducation de 2006 à 2010.

Dans la course à l'investiture libérale, rendue nécessaire par la démission de Dalton McGuinty, elle a affronté une autre femme, Sandra Pupatello.

À ceux qui pourraient douter que les Ontariens soient prêts à élire une première ministre homosexuelle, la première ministre désignée répond que c'est ce qu'on racontait déjà en 2003 quand elle a été élue députée.

Et en réponse au monde rural qui voit en elle une autre Torontoise qui n'en a que pour la métropole, elle a pris la surprenante décision de se réserver le ministère de l'Agriculture.

Outre la survie de son gouvernement minoritaire, le principal défi pour Mme Wynne sera de composer avec un déficit budgétaire qui atteint presque les 12 milliards.

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Pauline Marois, première ministre du Québec

La dame de fer

Diplômée en service social et en administration des affaires de l'Université Laval, Mme Marois devient, à 32 ans, ministre dans le gouvernement de René Lévesque, après avoir été élue en 1981. La petite histoire veut même qu'elle ait été la première femme en Occident à accoucher en étant titulaire d'un ministère. Avec son mari Claude Blanchet - financier très en vue -, elle aura quatre enfants tout en menant sa carrière tambour battant.

Au fil de son parcours politique, elle décrochera les portefeuilles les plus importants - Finances, Éducation, Santé, etc. On lui reconnaît notamment l'implantation des centres de la petite enfance à 5$.

Sa carrière n'est pas un long fleuve tranquille: elle connaît la défaite dans La Peltrie en 1985 et elle perd deux courses à la direction de son parti, en 1985 et surtout en 2005. En 2006, elle se retire, en disant que le coeur n'y est plus.

La raclée subie par le Parti québécois en 2007, suivie par la démission d'André Boisclair, la ramène en politique.

Élue chef du Parti québécois sans opposition en juin 2007, elle est élue députée de Charlevoix l'automne suivant. Après les élections de 2008, elle devient chef de l'opposition officielle.

Même une fois bien en selle, d'intenses tiraillements au sein de son parti font croire qu'elle ne résistera pas aux vents contraires.

Elle ramène néanmoins son parti au pouvoir en 2012, en une victoire obscurcie par un attentat au Métropolis.

Les premiers mois du gouvernement péquiste minoritaire sont marqués par maintes volte-face et controverses et par la démission obligée de son ministre de l'Environnement. Le débat sur les droits de scolarité s'annonce houleux et celui sur la souveraineté, hasardeux.

Entre autres enjeux pour le gouvernement Marois: le contrôle de la dette et la mise en place du Plan Nord.

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Eva Aariak, première ministre du Nunavut

La pasionaria de l'inuktitut et de l'éducation

La vie d'Eva Aariak est un roman. Fille biologique d'un joueur de cornemuse écossais et d'une mère courage qui aura deux fois la tuberculose, Mme Aariak naît en 1955 dans un Nunavut qui n'existait pas encore. Comme il n'y a pas d'école secondaire chez elle, elle part étudier au Manitoba et à Ottawa, un éloignement qui lui vaudra de perdre une bonne partie de sa culture et de sa langue.

De retour chez elle avant de terminer son éducation postsecondaire, elle a trois enfants et élève, de plus, l'enfant de sa soeur, morte à la suite d'un anévrisme. Cet enfant a lui-même perdu un frère, tué accidentellement par un autre frère par une arme mal entreposée au retour d'un voyage de chasse.

Avant de devenir ministre en 2008, puis première ministre d'un gouvernement sans parti qui fonctionne par consensus, Eva Aariak fera tout: fonctionnaire, professeure, journaliste, traductrice, copropriétaire d'une boutique d'artisanat. Sa grande passion? La préservation de l'inuktitut. Elle a d'ailleurs été pendant cinq ans commissaire aux langues du Nunavut et elle a aussi, dans une autre vie, contribué à la création d'une version de Windows Microsoft en inuktitut.

Au Nunavut, tout reste à faire. Le taux de chômage flirte avec les 14% et le territoire est presque totalement dépendant des paiements de transfert fédéraux. La violence est omniprésente. L'alcoolisme brise de nombreuses vies. Le taux de décrochage est élevé et les diplômés, si rares que le quart des postes de fonctionnaires sont vacants, sans compter qu'il manque aussi 300 professeurs d'inuktitut. Et la question là-bas n'est pas tant de savoir si l'on pourra prendre en charge les personnes âgées - dont l'espérance de vie est de 10 ans moindre qu'ailleurs au pays -, mais bien de réfléchir à la prise en charge d'une natalité presque deux fois plus élevée que dans le reste du pays.

Pour tirer le Nunavut d'affaire, Eva Aariak fait la promotion de l'éducation et elle milite pour que le territoire obtienne le contrôle de ses nombreuses ressources naturelles.

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Kathy Dunderdale, première ministre de Terre-Neuve-et-Labrador

La politicienne atypique

Née dans un petit village terre-neuvien au sein d'une famille de 11 enfants, Kathy Dunderdale se décrit elle-même comme une femme au parcours atypique. Tout juste avant d'obtenir un diplôme universitaire, elle abandonne l'université pour épouser un capitaine britannique dont le navire avait dû être amarré à Terre-Neuve le temps d'une réparation.

Mme Dunderdale reste à la maison pour s'occuper de leurs deux enfants pendant que le capitaine parcourt le vaste monde. Au fil des ans, elle s'engage dans la vie scolaire, puis municipale. Il y a 20 ans, elle est devenue la première femme présidente de la Fédération des municipalités de Terre-Neuve.

Devenue députée en 2003, elle sera l'une des ministres les plus en vue du gouvernement conservateur.

Quand le coloré Danny Williams démissionne en 2010, elle devient première ministre. En avril 2011, elle remporte l'investiture de son parti et le mène à un gouvernement majoritaire en octobre.

Perçue comme le dauphin du controversé Williams - qui a mené la fronde contre le gouvernement conservateur fédéral pour une dispute de péréquation -, Mme Dunderdale cause la surprise aux élections fédérales de 2011 en donnant son appui à Stephen Harper.

Cet appui sera conditionnel. En échange, Mme Dunderdale se fera promettre une aide au financement du projet hydroélectrique terre-neuvien de Muskrat Falls. Pauline Marois dénonce haut et fort l'affaire, car elle y voit une intrusion d'Ottawa dans une compétence provinciale.

La question du gisement d'hydrocarbures Old Harry, situé à la frontière disputée entre le Québec et Terre-Neuve, est un autre sujet de dispute entre les deux provinces.

***

En chiffres:

87% des Canadiens ont une femme pour premier ministre.

Il y a 33 ans... Alexa McDonough est devenue la première femme à la tête d'un parti politique d'importance au pays en Nouvelle-Écosse (NPD)

Il y a 28 ans... John Crosbie a lancé à Sheila Copps: «Quiet down, baby...» (Ferme-la, bébé), ce à quoi elle a répliqué: «Je ne suis le bébé de personne.»

Il y a 22 ans... Margaret Johnston est devenue la première femme à diriger une province - la Colombie-Britannique.

Il y a 20 ans... Kim Campbell est devenue la première femme à occuper le poste de première ministre du Canada.

Nombre de femmes députées au Québec:

1981: 8

1998: 29

2012: 41 (33,6%, un record)

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