France Labelle: aider et choisir de voir la dure réalité

Qu'est-ce qui a conduit France Labelle sur ce... (Photo François Roy, La Presse)

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Qu'est-ce qui a conduit France Labelle sur ce chemin ? « Une prise de conscience, très jeune, des inégalités de la société, explique-t-elle. Il y avait ceux qui avaient plus et ceux qui avaient moins. » La honte, l'humiliation liée à la pauvreté, elle l'a vue très tôt. « Toute ma vie, ça m'a suivie. »

Photo François Roy, La Presse

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France Labelle a consacré toutes ses énergies depuis près 30 aux jeunes hommes de la rue. Cofondatrice du Refuge des jeunes, elle a relevé haut la main le défi de les aider dans la dignité, l'humanité. Elle est notre personnalité de la semaine.

« Attendez-moi une seconde. »

France Labelle, qui m'accueille dans le hall d'entrée du Refuge des jeunes de Montréal, ramasse des papiers qui traînent sur un banc. Elle vérifie si c'est important, puis met le tout au recyclage.

On dirait une mère de famille dans sa maison. « Bon, je vous montre les lieux ? »

Voilà maintenant 25 ans que France Labelle dirige cet organisme qu'elle a cofondé en 1989, un projet au départ modeste lancé après avoir constaté qu'il manquait de ressources d'urgence pour les jeunes hommes dans la rue. 

Imaginez, près de 30 ans à les accueillir, les ramasser à la petite cuillère, les aider à se rebâtir une vie, à panser leur coeur. Quelque 45 lits, 21 700 repas par année, 20 unités de logement social avec du soutien... En tout, 600 jeunes aidés d'année en année... 

« Je me suis dit qu'il fallait cesser de détourner le regard face à cette détresse », explique-t-elle. Cesser de préférer ne pas voir.

Et entendre et écouter à la place.

Le Refuge s'est ainsi bâti, d'abord havre de paix, toit, salle à manger, dortoir, avant de devenir aussi un organisme de reconstruction où les jeunes sont mis en contact avec ceux qui peuvent les aider, prendre soin de leur santé, de leur avenir. 

Les murs de la maison de notre personnalité de la semaine en ont vu passer, de la détresse. Et des sauvetages aussi. Des retours à la joie. De tout. Actuellement, on s'y inquiète beaucoup de l'arrivée à Montréal de ce glauque fentanyl, opioïde monstrueux qui fauche des vies sans prévenir par la force de sa concentration. Sur les murs du Refuge, il y a des avertissements. Ne consommez pas seul, allez-y doucement. Dans ces lieux, on ne juge pas. On veut juste sauver des vies.

Qu'est-ce qui a conduit France Labelle sur ce chemin ? « Une prise de conscience, très jeune, des inégalités de la société », explique la Montréalaise du Plateau de 62 ans, qui a grandi dans une famille ouvrière de Saint-Michel. « Il y avait ceux qui avaient plus et ceux qui avaient moins », dit-elle. La honte, l'humiliation liée à la pauvreté, elle l'a vue très tôt. « Toute ma vie, ça m'a suivie. »

Cet intérêt la mène en enseignement à l'UQAM où c'est l'éducation en milieu défavorisé qui la passionne. Elle entame des études de maîtrise en psychoéducation, mais termine uniquement la scolarité. « Toutes ces valeurs me portent encore. » 

Aider dans la dignité, l'humanité, un mot dont elle veut retrouver le sens. 

On discute de tout, de ses jeunes, du mouvement #metoo et du droit d'être écouté, et l'importance de veiller sur ces jeunes en difficulté qu'on préférerait ne pas voir revient constamment. Notre responsabilité de ne pas faire semblant qu'ils n'existent pas, la légitimité de ne pas détourner le regard « comme on l'a détourné de mon frère et moi », dit la directrice du Refuge. 

Ah. France Labelle est une enfant adoptée qui n'a pas eu une enfance parfaite comme dans les livres d'images, elle non plus.

Il y a quelques années, elle a tenté de retrouver sa mère biologique, en vain. « Mais ma vie n'a pas été une quête », précise-t-elle. Sauf que le travail au Refuge lui a donné un sens important. 

***

Le 23 novembre a eu lieu le spectacle annuel du Refuge, le fameux rendez-vous des musiciens organisé par Dan Bigras, porte-parole de la cause depuis 1991. C'est France Labelle qui lui a demandé de venir aider les jeunes, deux ans après l'ouverture du centre, frappée par une chanson.

« Je ne le connaissais pas, je l'ai entendu chanter et je me suis dit : c'est lui qu'il nous faut. »

Il est encore là.

Cette année, l'évènement qui a lieu à la Place des Arts a permis d'amasser 450 000 $ et on espère atteindre le demi-million avec la campagne de financement qui aura lieu au moment de la diffusion du spectacle à la télé, le 17 décembre à Radio-Canada. C'est une bonne partie du budget de 1,7 million de l'organisme.

Même s'il vient d'un milieu aisé, le chanteur non plus n'a pas eu une vie toujours facile. Deux âmes soeurs travaillent ainsi ensemble pour aider les jeunes.

Quand elle n'est pas avec eux, France Labelle voyage, une passion de toujours. Elle a visité plus d'une quarantaine de pays, en Asie, en Afrique... Pour voir l'humanité à l'oeuvre ailleurs. Cette année, elle pense aller en Europe de l'Est.

« Si j'étais médecin, je serais avec Médecins sans frontières, c'est sûr », dit-elle. Pour aider là où la détresse est plus criante. Ce qu'elle promettait de faire quand on lui demandait ce qu'elle voulait faire de sa vie, ce qu'elle fait tous les jours.

France Labelle en quelques choix

FILM QUE J'AIME REVOIR SOUVENT :

«Out of Africa, pour la beauté de l'Afrique, et pourquoi pas un brin de romantisme...»

LIVRE PRÉFÉRÉ :

«Il y en a plusieurs, mais le plus récent, La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette, pour la précision et la finesse de l'écriture, la complexité des rapports humains et l'émotion que cela a suscitée chez moi.»

CITATION OU PHRASE PRÉFÉRÉE :

« "Les arbres nous apprennent la patience, ils ne baissent pas les bras à la première tempête venue." Auteur inconnu. »

PERSONNAGE HISTORIQUE :

«Nelson Mandela pour sa lutte intelligente, patiente, stratégique et déterminée. Pour tout l'espoir que cela a permis, il a marqué le siècle en termes de changements.»

PERSONNAGE ACTUEL :

«Louise Arbour, pour son travail au Tribunal pénal international, où elle a pu donner la parole aux victimes et dénoncer les personnes qui ont commis les crimes.»

UNE MANIFESTATION :

«J'ai manifesté bien souvent ces dernières années. La prochaine fois pourrait être pour souhaiter la bienvenue aux demandeurs d'asile. J'écrirais sur ma pancarte: "Nous vous attendions."»




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