Le retour de la morue

Les meilleures nouvelles pour la morue canadienne viendront... (PHOTO IVANOH DEMERS, archives LA PRESSE)

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Les meilleures nouvelles pour la morue canadienne viendront certainement de la cote est de Terre-Neuve-et-Labrador où les dernières observations sont très positives.

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On ne l'attendait plus: 23 ans après l'imposition du moratoire de pêche, la morue est de retour dans une partie des eaux du Saint-Laurent et de Terre-Neuve. Saurons-nous bien l'accueillir?

Au Québec, les stocks de morue sont géographiquement séparés en deux zones: ceux du sud du golfe du Saint-Laurent, plutôt autour de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, et ceux du nord qui va de la Côte-Nord et de l'île d'Anticosti et se rend jusqu'à Terre-Neuve. Les deux populations ne se mélangent pas, elles évoluent parallèlement, explique Yvan Lambert, chercheur à Pêches et Océans Canada.

S'il y a bel et bien recrudescence des stocks dans la partie nord, on est loin de la quantité nécessaire à la reprise d'une pêche commerciale, précise le représentant du Ministère fédéral. «Le niveau est encore très bas», dit Yvan Lambert. Pêches et Océans Canada fait des relevés de la biomasse reproductive tous les ans pour l'ensemble des eaux de l'est du pays.

Les meilleures nouvelles pour la morue canadienne viendront certainement de Terre-Neuve, plus précisément de la côte est de la province et du Labrador où les dernières observations sont très positives. Un groupe de l'Institut marin et des pêcheries de l'Université Memorial de Terre-Neuve a effectué un relevé acoustique au printemps et observé de très belles quantités de poissons.

«Depuis quatre ans, la biomasse a pratiquement doublé dans cette zone de pêche, explique Dominique Robert, chercheur au Centre de recherche pour les écosystèmes de la pêche de l'Université Memorial. Au pire du déclin dans les années 90, il y avait 10 000 tonnes de morue dans cette partie de la mer: en 2014, les stocks ont été estimés à 200 000 tonnes de morue.

«Il faut être prudent, mais tout le monde s'entend pour dire que nous avons le meilleur stock de morue depuis 20 ans.»

Cela ne veut surtout pas dire que les bateaux de pêche prendront le large demain matin, tempère-t-il. Il faut planifier une reprise progressive. «Il ne faut pas s'attendre à un retour de la pêche dans deux ou trois ans, mais on peut être confiant d'un retour à moyen terme, dit-il. De sept à dix ans.»

Le calcul est simple: le point de référence limite est de 600 000 tonnes dans cette partie, explique Dominique Robert. Ce qui veut dire qu'il faut attendre que la biomasse soit au-delà de cette quantité pour pouvoir récolter une partie du surplus. Mais pas tout le surplus, car cela empêcherait le capital de croître, laissant un stock stagnant, et non en reconstruction.

Prudence au Québec

Les bonnes nouvelles qui viennent de l'est ramènent inévitablement la morue au coeur des discussions entourant la pêche au Québec. Dans le nord du golfe du Saint-Laurent, malgré certains signes positifs, les stocks sont bas, dit Dominique Robert.

«Les relevés de pêches sentinelles existent toujours dans le sud du Golfe, mais l'évaluation du stock de morue basée sur ces relevés n'est plus effectuée depuis 2009, explique le scientifique. Il s'agit d'un point d'incertitude pour l'industrie, bien que les indices d'abondance issus du relevé de recherche de Pêches et Océans Canada et du relevé de pêches sentinelles indiquent tous deux des niveaux d'abondance très bas pour ce stock.»

Dans cette partie du fleuve, la mortalité naturelle est beaucoup plus élevée, notamment parce que les poissons ont de redoutables prédateurs, les phoques et les flétans. Conséquemment, contrairement à leurs collègues de la partie nord du golfe qui ont droit de pêcher 1500 tonnes de morue cette année, les pêcheurs du sud ne peuvent pas pêcher la morue, sinon qu'en prises accidentelles, lesquelles sont aussi contrôlées. Une situation qui, on le devine, ne leur plaît guère.

«Ça fait plusieurs années qu'on réclame une pêche minimale, question de garder l'expertise qui est en train de se perdre. La pêche, ça fait partie de notre culture, et là, on est en train de couper la transmission des connaissances», dit Ghislain Cyr, pêcheur professionnel aux Îles-de-la-Madeleine depuis 1987.

«À travers d'autres pêches, on voit qu'il y a de la morue plus grosse, plus grasse, poursuit-il. Elle est en excellente santé. Tout le long de la côte gaspésienne, il y a de la petite morue. S'il y a de la petite morue là, ça veut dire qu'il y a de la grosse quelque part.» «Depuis trois ans, la qualité de la morue est meilleure», confirme un autre Madelinot, Jérémie Cyr, pêcheur depuis 40 ans.

Deux visions opposées

Les pêcheurs et les scientifiques de Pêches et Océans Canada sont rarement d'accord sur l'état des stocks et la gestion que l'on doit en faire. «L'objectif principal du Comité Canada/Québec pour le rétablissement de la morue est de préparer une stratégie qui permettra de favoriser la reconstruction des stocks de morue du golfe du Saint-Laurent lorsque les conditions biologiques et environnementales le permettront et d'établir les mécanismes qui permettront une gestion durable de la pêche aux poissons de fond dans le golfe», indiquent les documents de Pêches et Océans Canada.

On peut aussi y lire «qu'il est de notoriété publique que la perception de l'état des stocks de morue de certains pêcheurs diffère de celle des biologistes».

Cette observation est exacte. «Ceux qui font la gestion de la morue ne connaissent pas la pêche», déplore Ghislain Cyr. Le pêcheur est catégorique: la gestion des stocks doit se faire de pair avec celle des phoques et des flétans.

«On ne peut pas contrôler les changements climatiques, poursuit-il, mais on peut contrôler les prédateurs de la morue. Pour l'instant, Pêches et Océans ne le fait pas.» Résultat, dit-il: la population de phoques et de flétans dans le Saint-Laurent a atteint des proportions très inquiétantes.

«On se lamente que la viande est chère. On dit que le poisson est bon pour la santé, mais on ne peut pas en apporter aux quais pour nourrir notre population, dit Ghislain Cyr. Cette histoire, c'est aussi une question de santé publique.»

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