Les premiers ministres et les Premières Nations poursuivent le dialogue

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Les premiers ministres des provinces et territoires ont rencontré mercredi matin des dirigeants des Premières Nations.

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Sue Bailey
La Presse Canadienne
HAPPY VALLEY-GOOSE BAY

Les premiers ministres des provinces et territoires appuient les 94 recommandations contenues dans le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, et ils tenteront de les mettre en oeuvre à leur échelle respective, avec ou sans l'aide d'Ottawa, a prévenu mercredi le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Paul Davis.

Les premiers ministres ont rencontré mercredi matin des dirigeants des Premières Nations à Happy Valley-Goose Bay, au Labrador, avant la réunion annuelle du Conseil de la fédération, jeudi et vendredi à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

M. Davis a indiqué que non seulement les provinces et territoires ont-ils promis de s'engager dans le sillage des travaux de la commission, mais certains gouvernements ont déjà posé des gestes concrets dans cette direction.

Le premier ministre Davis a par ailleurs déploré l'absence répétée de Stephen Harper aux réunions annuelles du Conseil de la fédération, une absence qui constitue une occasion ratée de collaboration, selon lui. «Nous croyons tous que le gouvernement fédéral devrait faire preuve de leadership» pour s'assurer que les travaux de la Commission de vérité et réconciliation n'aient pas été une perte de temps, a-t-il dit. Mais «en l'absence du gouvernement fédéral, (les provinces) agiront, plutôt que de laisser le rapport sur les tablettes», a prévenu M. Davis.

Ainsi, le Manitoba organisera une deuxième table ronde nationale sur les femmes autochtones assassinées ou disparues au pays, qui fera suite à celle organisée en février dernier à Ottawa.

Selon la Gendarmerie royale du Canada, environ 1200 femmes et filles autochtones ont été tuées ou sont disparues depuis 1980. Alors que ces femmes représentent 4,3% de la population canadienne, elles sont victimes de 16% de tous les meurtres de femmes au pays, et comptent pour 11 pour cent des disparitions de Canadiennes, selon les données de la police.

Le Conseil de la fédération avait réclamé l'été dernier - comme bien d'autres groupes et leaders - une enquête nationale sur le drame des femmes et filles autochtones tuées ou disparues, mais le gouvernement Harper est resté ferme sur son refus. Lors de la table ronde de février dernier, Ottawa a plutôt promis des budgets supplémentaires consacrés à la justice et un programme national - de 25 millions sur cinq ans - pour réduire la violence faite aux femmes autochtones.

La présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Dawn Lavell Harvard, a indiqué mercredi, à l'issue de la réunion avec les premiers ministres, que des progrès avaient été réalisés, en dépit de ce qu'elle a appelé le «manque de respect du gouvernement fédéral». La violence dont sont victimes les femmes et les filles autochtones constitue, selon elle, une «violation grave des droits de la personne» au Canada, et le gouvernement fédéral aurait dû participer à cette rencontre.

«L'absence (d'Ottawa) équivaut à une insulte à la mémoire de ces femmes et de ces filles (...) une gifle», a-t-elle soutenu en conférence de presse à l'issue de la rencontre.

De son côté, le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, s'est réjoui que les provinces prennent au sérieux le rapport de la Commission de vérité et réconciliation.

Les commissaires qualifiaient de «génocide culturel» tout le programme de pensionnats fédéraux que des générations de jeunes Autochtones ont dû fréquenter. On estime à plus de 6000 le nombre de garçons et de fillettes qui sont morts dans ces institutions fédérales tenues par des religieux - soit environ un pensionnaire sur 25. Plusieurs autres ont enduré une enfance misérable d'agressions physiques et sexuelles.

M. Bellegarde estime que le Canada doit maintenant combler l'écart immense entre la qualité de vie des Autochtones et des non-Autochtones. «Ce gouffre n'est bon ni pour les Premières Nations, ni pour les provinces ni pour le pays», a-t-il soutenu.

Pour le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, c'est «le développement économique partagé» qui constitue «la véritable solution de fond aux problèmes socio-économiques des communautés» autochtones. M. Couillard a ainsi rappelé l'entente de partenariat signée lundi avec les Cris - mais sans les Innus -, qui règle une poursuite de 13 millions concernant l'exploitation forestière.

«Ce qu'on a fait avec les Cris l'autre jour, ce qu'on veut faire avec les Innus, avec d'autres communautés: engager les Autochtones, les Premières Nations dans le développement économique comme partenaires», a-t-il soutenu mercredi au Labrador.

La première ministre de Colombie-Britannique, Christy Clark, a rappelé de son côté que c'est Ottawa qui finance des programmes essentiels sur les réserves comme l'éducation et le développement de la petite enfance.

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