Allégations au SPVM: «S'il faut faire le ménage, qu'on le fasse», dit Coderre

Le quartier général du SPVM.... (Alain Roberge, archives La Presse)

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Le quartier général du SPVM.

Alain Roberge, archives La Presse

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(Québec) L'opposition a dénoncé mercredi le refus du gouvernement Couillard de mandater le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) de se pencher sur les pratiques du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Le maire de Montréal, Denis Coderre, a réagi aux révélations de son côté en disant: « S'il faut faire le ménage, qu'on le fasse. »

Mardi, le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a demandé à la Sûreté du Québec (SQ) de « revoir » certaines enquêtes. La décision est survenue après un reportage de TVA dans lequel deux anciens officiers, Jimmy Cacchione et Giovanni Di Feo, ont accusé les Affaires internes de fabriquer des éléments de preuve contre eux alors qu'ils s'apprêtaient à dévoiler des cas de corruption au sein de la force policière.

L'affaire a rapidement bondi à l'Assemblée nationale, lorsque le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont demandé en choeur que l'enquête soit confiée au BEI plutôt qu'à la SQ.

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a promptement écarté cette demande. Il rappelle que le BEI a été créé avec un « mandat très précis », soit d'enquêter sur des cas où des interventions policières causent la mort d'une personne ou des blessures graves.

Par ailleurs, poursuit le ministre, les enquêteurs du nouvel organisme n'ont pas l'expertise pour réviser une enquête des affaires internes du SPVM.

« Ils n'ont pas été formés pour ça », a-t-il résumé.

M. Coiteux a également rappelé que les officiers Cacchione et Di Feo s'étaient déjà adressés aux tribunaux pour forcer le gouvernement péquiste de l'époque à changer la façon dont le SPVM traite les cas liés à la discipline. Or, cette démarche est restée lettre morte, a dit le ministre.

« Crise de confiance »

Le chef péquiste Jean-François Lisée a prévenu que la décision du gouvernement risque de créer une « crise de confiance » puisque des policiers se trouveront à enquêter sur d'autres policiers.

« Les libéraux sont allergiques au BEI, a dénoncé M. Lisée. Est-ce que c'est parce que c'est le Parti québécois qui l'a créé ? Est-ce que c'est parce qu'ils ont des amis dans la police qui préfèrent que la police enquête sur la police ? »

« Ça n'a pas de bon sens que la police enquête sur la police, que les verts enquêtent sur les bleus, a renchéri le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. On a besoin à un moment donné d'avoir une enquête indépendante, il y a un bureau qui est là pour ça. » 

« S'il faut faire le ménage, qu'on le fasse », dit Coderre

« Il y avait des faits troublants et très sérieux dans le reportage, ça demandait une réaction immédiate », a commenté le maire de Montréal, Denis Coderre, ce matin en marge d'un événement à la bibliothèque Marc-Favreau, dans le quartier Rosemont. « Le directeur Pichet a bien fait d'appeler le directeur de la SQ, M. Prud'homme, pour lui demander de faire la lumière. Et s'il faut faire le ménage, qu'on le fasse. »

M. Coderre comprend que le BEI n'a pas le mandat ni les moyens d'enquêter sur ce genre de situation, mais la SQ pourrait toujours demander de l'aide ailleurs pour se pencher sur les allégations qui visent le service des affaires internes du SPVM, selon lui. « Rien n'empêche le directeur général de la Sûreté du Québec de s'associer à un autre groupe pour faire l'enquête », suggère-t-il.

Mais le gouvernement pourrait songer à revoir le mandat du BEI, avance le maire. « Éventuellement, un Bureau d'enquête indépendant devrait aussi toucher à ces choses-là », dit-il.

Les enquêtes de la SQ insuffisantes, selon la Fraternité

La Fraternité des policiers et policières de Montréal en revanche, n'est pas du tout impressionnée par la réaction du directeur Pichet. 

« Personne ne peut prétendre qu'il n'y a pas de problème et nous demandons au ministre (Coiteux) de prendre les moyens pour le régler », a déclaré le vice-président exécutif de la Fraternité André Gendron. Dans un communiqué, le syndicat déplore « que la réouverture par la SQ de quelques enquêtes annoncées par le directeur Pichet sera insuffisante ».

Projet Montréal veut faire témoigner le chef de police

Inquiet d'entendre trois ex-policiers affirmer que le SPVM aurait fabriqué des preuves pour faire taire des employés, l'opposition à l'hôtel de ville de Montréal veut quant à elle faire témoigner d'urgence le chef de police sur ces allégations.

À la suite de la diffusion d'un reportage à J.E., à TVA, Projet Montréal réclame une réunion d'urgence de la Commission de la sécurité publique, qui rassemble les élus responsables de surveiller les activités du SPVM. Le conseiller Alex Norris estime qu'il est important d'entendre rapidement les explications du chef Philippe Pichet. Outre le chef de police, « les personnes visées par ces allégations doivent venir s'expliquer en commission », ajoute l'élu Norris.

La Commission se réunissant à huis clos, le conseiller demande également à ce qu'un rapport résumant les témoignages soit rendu public afin de rétablir la confiance des Montréalais envers son corps policier. « Il y a un lien direct entre la culture du secret qui règne au SPVM et qui entoure les rencontres de la Commission de la sécurité publique et les allégations qui fusent de toutes parts depuis trop longtemps », déplore Alex Norris.

- Avec Pierre-André Normandin et Isabelle Ducas




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