Place Jacques-Cartier: le réaménagement proposé fait des mécontents

Jean-Marc Lavoie, directeur général du Jardin Nelson, souligne... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE )

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Jean-Marc Lavoie, directeur général du Jardin Nelson, souligne que la place Jacques-Cartier est parfois très venteuse.

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Restaurateurs, artistes et amuseurs publics de la place Jacques-Cartier fulminent, estimant avoir été mis devant le fait accompli par l'administration Coderre, qui a présenté hier son projet de réaménagement de la place en vue du 375e anniversaire de Montréal.

Pour lui donner un nouveau souffle, la Ville mise sur la remise en valeur des façades patrimoniales des bâtiments de la place en déplaçant les terrasses présentement adossées aux commerces sept mètres vers le centre, en contre-allée.

« Honnêtement, c'est laitte », a commenté le maire Denis Coderre hier au sujet des auvents multicolores des terrasses qui masquent actuellement les devantures des restaurants. « Le cumul des installations, du mobilier et de l'affichage donne l'impression d'un lieu confus », a-t-il ajouté.

Les nouvelles terrasses seront vitrées et coiffées de toitures de zinc qui imiteront les anciens toits des marchés publics. Les amuseurs publics ne pourront plus se produire sur la place, tandis que les artisans et les peintres seront déplacés sur une nouvelle « placette » sur le côté de la rue de la Commune qui donne vers le Vieux-Port.

5 millions
Coût du projet

Ce projet de legs pour le 375e suscite une vive inquiétude chez bon nombre de commerçants. « C'est une idée qui est magnifique sur papier, mais qui a été pensée par des gens dans des bureaux », reproche Sacha Bertola, propriétaire du restaurant Le Fripon, fondé il y a 44 ans par son père.

La place Jacques-Cartier est l'endroit le plus fréquenté par les touristes à Montréal. L'été, on y recense un flot de 2000 à 4300 piétons par heure. L'affluence posera un grand défi pour les serveurs, dit-il.

« Ce n'est pas des serveurs, c'est des acrobates que vous allez voir », ironise Sacha Bertola, propriétaire de restaurant.

Jean-Marc Lavoie, directeur général du Jardin Nelson, abonde dans le même sens. Il souligne que la place Jacques-Cartier, qui est face au fleuve, se transforme en véritable corridor de vent, lorsque le temps se lève. « Définitivement, le menu ne pourra plus être le même, dit-il. Notre terrasse donne à l'intérieur du bâtiment. S'il se met à venter ou à pleuvoir subitement, on peut continuer le service. Là, on va être obligés de traverser la rue pour amener les plats. Qu'est-ce qu'on fait quand le temps se lève ? Je décide de ne pas ouvrir ? Je cancelle les clients ? »

« On est au Québec, on devrait avoir des terrasses pour le Québec pas comme en Espagne, en France ou au Portugal », ajoute M. Bertola.

La Ville a-t-elle pensé au travail des serveurs ? « On va peut-être échapper une couple d'assiettes, peut-être. On fera un concours d'équilibre. Ça fera partie des célébrations du 375e : de se promener sept mètres avec une assiette, sans qu'elle tombe », a répondu à la blague le maire Coderre hier matin lors d'une présentation aux médias.

Artistes en colère

Le nouvel aménagement de la place Jacques-Cartier ne permettra plus les attroupements autour des amuseurs publics. La Ville affirme qu'elle est en négociation avec la Société du Vieux-Port pour leur trouver un espace dans le parc qui longe le fleuve en 2017 lors des célébrations du 375e. Il restera neuf places pour les caricaturistes alors qu'il y en a actuellement 21.

« La hache dans les amuseurs publics, j'ai trouvé ça dégueulasse », a dit Yves Dufresne, caricaturiste sur la place depuis 33 ans. « Et là, on traite les caricaturistes et les exposants comme des poubelles : on dit on va en mettre un là, un autre là, sans avoir la connaissance de la rue, sans savoir comment bouge cette place-là », a-t-il ajouté, déplorant lui aussi le manque de consultation de la Ville.

Le maire Coderre espère faire de la nouvelle « placette » longeant la rue de la Commune un lieu inspiré des bouquinistes sur les bords de la Seine à Paris.

« On a déjà expérimenté la vente sur de la Commune et ç'a été un fiasco. On a dit à la Ville : ce n'est pas possible, ça ne fonctionne pas, ils ne peuvent pas nous placer là, il y a trop de pollution, de bruit et de circulation », déplore Joane McDermott, qui expose ses oeuvres sur la place. 

« Ils nous ont fait des consultations bidon, pour la forme. Ils ont une idée, c'est nettoyer la place Jacques-Cartier et ce qu'on a entendu à un moment donné par-derrière, c'est qu'à moyen terme, on veut faire disparaître les artisans et les exposants du Vieux-Montréal », a-t-elle ajouté.

Des travaux préparatoires auront lieu d'avril à décembre 2016. La Ville promet d'éviter la haute saison touristique. La mise en place finale aura lieu de janvier à avril 2017. Les nouvelles terrasses seront inaugurées en vue de la saison touristique estivale de 2017.

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