Réservoirs de butane de Suncor: zone à haut risque

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Suncor a des sphères de butane dans le secteur depuis une soixantaine d'années. Entre 2007 et 2010, les vieux réservoirs ont été remplacés par trois nouvelles sphères de butane.

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Peu de citoyens le savent. Et près de 100 000 automobilistes sont tenus dans l'ignorance. Mais La Presse a appris que l'autoroute Métropolitaine traverse une zone aujourd'hui considérée comme à «risque très élevé», où toute construction a récemment été interdite. La sécurité civile s'inquiète des dégâts que provoquerait l'explosion des trois ballons de butane de la pétrolière Suncor.

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La pétrolière Suncor

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L'autoroute Métropolitaine traverse une zone où la Ville de Montréal a récemment interdit toute construction en raison du « niveau de risque très élevé » que pose la présence des ballons de butane de la pétrolière Suncor.

Le secteur jugé à haut risque est situé dans le quartier industriel de Pointe-aux-Trembles, à l'angle des boulevards Saint-Jean-Baptiste et Métropolitain Est. Il vise un rayon de 610 mètres autour des trois sphères de butane de Suncor Énergie. En moyenne, plus de 100 000 véhicules traversent le coeur de cette zone chaque jour.

L'explosion d'un réservoir créerait une énorme boule de feu, entraînant des brûlures très graves et la mort. Sa puissance ferait éclater les vitres de bâtiments situés dans un rayon de quelques centaines de mètres et entraînerait la projection de débris de métal.

La décision de la Ville d'interdire toute construction est fondée sur un avis du Centre de sécurité civile de Montréal. L'avis a été rendu en mai 2014, mais il a été peu diffusé par l'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles. Le moratoire interdisant la construction a été renouvelé en novembre 2014, puis en octobre 2015. Depuis, le Conseil réévalue les nouvelles mesures prises par Suncor pour atténuer les risques et remettra son avis final prochainement.

« Notre rôle est de regarder l'impact sur le secteur, qu'il soit causé par un accident industriel ou un acte terroriste », explique la directrice du Centre de sécurité civile, Louise Bradette.

« Quand il y a une voie de circulation importante, ça nous préoccupe. On essaie de maintenir le risque à l'intérieur du site de Suncor et d'écarter la menace pour la voie de circulation. »

Suncor, anciennement Petro-Canada, a des sphères de butane dans ce secteur depuis une soixantaine d'années. De 2007 à 2010, les vieux réservoirs ont été remplacés par trois nouvelles sphères de butane au sud du boulevard Saint-Jean-Baptiste, à environ 250 mètres de l'autoroute Métropolitaine.

Suncor avait alors obtenu les divers permis pour y installer ces nouvelles sphères. Toutefois, en mai 2014, le Centre de sécurité civile a été invité par l'arrondissement à donner son avis sur un projet adjacent de 40 millions soumis par un promoteur (voir autre texte). Et la réponse a été nette : il faut interdire la construction.

Lac-Mégantic

« La connaissance du risque évolue beaucoup. On a vu de grands incendies avec de grands impacts, comme Lac-Mégantic, qui ont éveillé les consciences [...]. On se rend compte que la cohabitation entre les industries et les citoyens n'est pas toujours possible. C'est pour ça qu'on publie des avis sévères comme celui-là. Mon souci, c'est qu'il n'y ait pas d'impact pour les citoyens », explique Louise Bradette, selon qui le scénario catastrophe est fort peu probable, mais aurait un impact très grand.

Le moratoire est à ce point strict qu'une entreprise de la zone s'est même vu interdire la simple installation d'une enseigne d'identification de 4 pieds sur 6 pieds.

À l'origine, l'avis du Centre visait un rayon de 830 mètres. Les limites englobaient alors des bâtiments longeant l'autoroute Métropolitaine, comme l'usine de Transcontinental, où est imprimée La Presse. En octobre 2015, le moratoire a exclu la partie limitrophe de la zone en ramenant cette limite de 830 à 610 mètres.

Il est impossible de savoir officiellement le volume de butane que contiennent les trois ballons, malgré nos demandes répétées à l'entreprise, à la Ville et au Centre de sécurité civile. L'analyse d'une vingtaine de pages du Centre de sécurité civile est tout aussi secrète, comme le permis de l'arrondissement et celui de la direction de l'environnement de la Ville.

Toutefois, selon nos informations, les trois sphères pourraient stocker jusqu'à environ 3000 mètres cubes de butane au total, soit l'équivalent d'une piscine olympique.

Le butane est un gaz tiré des résidus du raffinage pétrolier des installations adjacentes. Il est ajouté à l'essence l'hiver. Il est extrêmement volatil, stocké sous haute pression, et, contrairement à l'essence, une fuite combinée à une flamme causerait vraisemblablement une explosion. L'impact prendrait la forme d'une énorme boule de feu, appelée Boiling Liquid Expanding Vapor Explosion (B.L.E.V.E.).

Les risques

Selon un document public de Suncor daté de mars 2014, une explosion causerait des brûlures très graves dans un rayon de 610 mètres des sphères. Au-delà de ce rayon, l'entreprise parle de brûlures au deuxième degré.

Ces risques pour la santé tiennent toutefois compte des mesures d'atténuation mises en place par Suncor. Le document sommaire de Suncor n'indique pas l'impact sans ces mesures, comme c'était le cas dans une version précédente.

En 2004, par exemple, Suncor estimait que l'explosion de l'équivalent d'une des trois sphères (1200 mètres cubes) causerait une onde de choc sur une distance de 1,6 kilomètre. « Pareille onde de choc pourrait causer un bris des vitres aux bâtiments », selon le toxicologue Luc Lefebvre, de la Direction régionale de santé publique.

À l'époque, on estimait qu'avec les mesures d'atténuation du risque, une explosion causerait des brûlures très graves sur une distance de 1,3 km. Ce rayon est maintenant ramené à 610 mètres, zone que traverse l'autoroute.

En 2007, l'arrondissement avait délivré un permis à Suncor sans demander d'avis au Centre de sécurité civile, mais en se fiant à l'opinion du Service de sécurité incendie de Montréal.

« Les manières de faire de l'époque permettaient l'installation. Il n'y avait pas de contre-indication. La probabilité d'un accident est quand même assez faible, mais on préfère imposer un moratoire en attendant d'autres informations », dit Richard Joseph, chef de division de l'urbanisme de l'arrondissement.

Chez Suncor, on rappelle que les possibilités d'accident sont très faibles. « Nos sphères sont à la fine pointe de la technologie et très sécuritaires », a déclaré le porte-parole Dean Dussault, qui affirme que Suncor respecte toutes les exigences réglementaires.

Depuis 15 ans, deux incendies dans les installations de Suncor à Montréal ont été déclarés (2001 et 2012), mais avec des incidences mineures.

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