Le congédiement du DG de la STM fait craindre une prise de contrôle politique

Carl Desrosiers... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Carl Desrosiers

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La Société de transport de Montréal (STM) a congédié hier son directeur général, provoquant une onde de choc en son sein d'autant plus grande que sous le règne de Carl Desrosiers, la productivité des employés avait connu une importante remontée.

Une nouvelle orientation s'impose, explique la STM. On assiste à une prise de contrôle politique de l'administration du maire Denis Coderre, ont soutenu à La Presse des sources proches du dossier. Chose certaine, la décision unanime du conseil d'administration a surpris beaucoup d'employés.

Le président de la STM, Philippe Schnobb, a affirmé que le départ de M. Desrosiers est attribuable à une révision de fond en comble du plan stratégique afin de donner à la STM une nouvelle vision pour les dix prochaines années. Des changements d'une telle ampleur exigent un «regard neuf», a-t-il expliqué, en soulignant que la STM est rendue à un «tournant».

Mais du côté syndical, on ne cachait pas la déception en apprenant le départ de ce «gars de la base» qui a gravi les échelons au sein de la STM au cours de ses 30 années de service. Il était à la direction générale depuis mai 2012.

«C'est politique, cette affaire-là! Pour le moment, on évalue la situation. Ça dépend de la personne qui va être nommée comme remplaçant», a lancé le président du syndicat des chauffeurs de la STM, Renato Carlone.

«M. Desrosiers, c'était une personne qui connaissait très bien la STM. On est surpris», a commenté le président du syndicat des employés d'entretien, Luc St-Hilaire. «La STM gagne des prix partout dans le monde, et on dirait que pour certaines personnes, ça ne fait aucune différence. Est-ce que le successeur de M. Desrosiers sera à la hauteur? On verra.»

«L'entreprise est en deuil. On est anéantis», a dit un employé de longue date qui a requis l'anonymat. «Il voulait faire de la STM une entreprise de classe mondiale. On était à un pouce d'arriver au sommet. Et là, on va prendre une débarque!»

Une personne au sein de l'équipe de direction qui ne souhaite pas être identifiée a souligné elle aussi que la feuille de route de M. Desrosiers est «irréprochable». «La STM vante la compétence de M. Desrosiers et le congédie en lui versant une indemnité de départ alors qu'on doit se serrer la ceinture. Quelle mauvaise gestion!»

Philippe Schnobb a reconnu la compétence de l'ex-directeur général, mais a précisé qu'il n'en a pas le monopole: «Cette compétence existe dans l'ensemble de l'entreprise.»

Le contrat de M. Desrosiers est honoré, ajoute M. Schnobb. On lui verse 450 000$, soit une année de salaire (326 000$) et ses vacances non payées. La STM a également bonifié son régime de retraite.

Prise de contrôle?

Une source de La Presse bien au fait du dossier soutient que le départ de M. Desrosiers s'apparenterait à une «prise de contrôle» du «triumvirat» que forment le maire Denis Coderre, le président du comité exécutif Pierre Desrochers et le directeur général de la Ville Alain Marcoux. «C'est une décision télécommandée», a affirmé une autre personne, qui a également demandé de ne pas être nommée en raison de ses fonctions municipales.

M. Schnobb a nié qu'il puisse s'agir d'une commande politique. Dès septembre dernier, il explique avoir abordé la question de son départ avec M. Desrosiers, qui avait reçu des offres de sociétés de transport internationales. «C'est le temps de voir les choses de façon différente. [...] Je veux brasser les cartes. Je souhaite que quelqu'un nous arrive avec un projet intéressant», a dit M. Schnobb.

Pour expliquer une certaine divergence de vues avec M. Desrosiers, Philippe Schnobb a donné l'exemple de l'absence de poubelles dans les stations de métro. La situation soulève de nombreuses critiques de la part des usagers. M. Schnobb aimerait que la STM y fasse écho, mais M. Desrosiers s'y opposait. «Je comprends que quelqu'un qui est depuis 30 ans dans l'entreprise et qui a contribué à prendre des décisions semblables puisse être catégorique en disant: il n'en est pas question. [...] J'ai envie d'être entouré d'une direction qui va regarder ça», a souligné Philippe Schnobb.

C'est l'actuel directeur des finances de la STM, Luc Tremblay, qui assurera l'intérim. Le processus d'embauche d'un nouveau directeur général sera enclenché dès janvier.

Redressement majeur

Dans une entrevue sur la productivité accordée la semaine dernière à La Presse - sa dernière entrevue à titre de DG de la STM -, Carl Desrosiers soulignait qu'il y a six ans, la productivité des employés d'entretien était le talon d'Achille de la Société de transport de Montréal. Le coût d'entretien par kilomètre des autobus et des wagons de métro était largement au-dessus de la moyenne mondiale.

Six ans plus tard, après une négociation audacieuse avec ses syndicats, Carl Desrosiers se félicitait d'avoir réussi l'exploit de réaliser des économies de plus de 40 millions et d'amener sa société de transport dans le top 10 mondial en ce qui a trait aux coûts d'entretien.

«En 2008, on a commencé le travail sur la productivité, racontait M. Desrosiers. Il fallait faire quelque chose. Nos coûts étaient trop élevés. On s'est entendus avec les syndicats sur la formule suivante: les gains de productivité qu'on ferait seraient redistribués en partie aux employés. Mais si le coût remontait, on reprendrait les gains. Ça a été un changement de culture profond.»

Lors de cette négociation, les deux parties ont convenu de fixer des cibles de productivité pour les employés d'entretien. Si elles étaient atteintes, les employés pourraient empocher une augmentation salariale de 0,5%. Et si les cibles étaient dépassées, ils toucheraient en outre un bonus annuel de 200$.

Et la formule a fonctionné. À tel point que ce qui avait été négocié pour les employés qui entretiennent les autobus en 2008 a été appliqué aux employés d'entretien du métro trois ans plus tard. Économies totales: 41,2 millions, dont la moitié - 20 millions - est retournée dans les poches des employés.

L'an dernier, le Collège impérial de Londres, qui passe chaque année au crible 31 sociétés de transport exploitant d'importants réseaux de métro et 13 autres sociétés exploitant des autobus, a classé la STM dans le top 10 mondial au chapitre des coûts d'entretien.

- Avec Jasmin Lavoie

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