Les policiers font preuve de «racisme pur et simple»

«Les jeunes disent que les policiers tiennent des... (Photo: Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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«Les jeunes disent que les policiers tiennent des propos qu'ils n'oseraient pas dire dans aucun autre quartier de la ville de Montréal», écrit l'auteur du rapport.

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Un rapport gardé secret par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) dénonce le «racisme» dont les policiers font preuve à l'égard des jeunes des minorités visibles à Montréal-Nord.

Dans le contexte où les jeunes se sentent intimidés et provoqués par la police, «il n'est pas surprenant» qu'une émeute ait éclaté au lendemain de la mort de Fredy Villanueva en août 2008, conclut le psychologue Martin Courcy dans son rapport commandé par le SPVM portant le sceau «confidentiel» que La Presse a consulté. Il s'agit du second rapport que le SPVM aurait préféré garder secret.

Expert en gestion des conflits et des crises, ce psychologue a rencontré une soixantaine de jeunes du quartier, en plus d'avoir observé une poignée d'interventions policières durant deux semaines en octobre 2008. Il n'en est pas à sa première collaboration avec un service de police.

«Les jeunes disent que les policiers tiennent des propos qu'ils n'oseraient pas dire dans aucun autre quartier de la ville de Montréal», écrit le psychologue. Il donne une série d'exemples dans son rapport d'une dizaine de pages. «Pourquoi tu ne te fais pas exploser?» se serait fait dire une jeune Maghrébine de 17 ans. «Si tu n'es pas content, retourne dans ton pays.» Ou encore: «On aime mieux être des colons que des esclaves», aurait répondu un policier qui venait de se faire insulter par un jeune.

Aux yeux du psychologue, «il ne s'agit pas de profilage racial, mais de racisme pur et simple».

»Éclipse ne mène nulle part»

«L'approche Éclipse à Montréal-Nord ne mène nulle part, sinon au bord du gouffre», estime aussi l'expert en gestion de conflits. L'escouade Éclipse a été créée pour lutter contre les gangs de rue en 2006. «Il va falloir mieux cibler les gangs de rue pour ne pas mettre tous les jeunes de ce quartier dans le même sac», poursuit-il.

«Les jeunes du quartier sont constamment sur le qui-vive, ce qui ne peut qu'exacerber les interactions avec la police. Ils se sentent constamment surveillés, épiés», indique le psychologue qui avait le mandat de trouver les meilleurs moyens pour les policiers d'interpeller «les personnes susceptibles d'être interpellées» sans se mettre dans une situation périlleuse et non sécuritaire.

La mort de Fredy Villanueva est survenue dans le contexte d'une interpellation, rappelle le psychologue. Pendant ses travaux à Montréal-Nord, l'expert en gestion de crise a d'ailleurs été témoin d'interventions policières qui auraient pu mal tourner.

Un après-midi d'octobre, deux policières sont intervenues auprès de trois jeunes Noirs sans leur expliquer leur motif. Elles employaient un ton familier que les jeunes n'appréciaient pas. Deux autres policiers sont arrivés en renfort. «La tension et le ton ont augmenté», raconte le psychologue. L'une des policières a mis la main sur son arme. D'autres jeunes se sont approchés de la scène. Les policiers ont finalement décidé de partir, non sans leur dire: «C'est parce qu'ils griffent qu'on va s'en aller.»

Harcèlement quotidien

La majorité des jeunes interrogés ont dit qu'ils craignaient d'être arrêtés sans raison. «Ils cherchent des prétextes pour nous embarquer. T'as tout intérêt à te fermer la gueule», a dit l'un d'eux au psychologue.

Les jeunes se plaignent d'un harcèlement quotidien, systématique. Ils disent recevoir des contraventions à tout bout de champ. À titre d'exemple, un adolescent d'origine haïtienne s'est vu remettre une contravention alors qu'il était passager dans un taxi et qu'il n'avait pas bouclé sa ceinture de sécurité. «Si l'on est accompagné par une fille blanche, on se fait arrêter et ils vont demander les papiers d'identité de la fille. Ils nous prennent pour des pimps», a rapporté un autre jeune au psychologue.

Ces jeunes en viennent à être fatalistes, croit le psychologue. «Ils seront toujours harcelés par la police en raison de leur misère et de la couleur de leur peau. (...) Sauf qu'un jour, la marmite explose. Il n'est pas surprenant qu'il y ait eu une émeute à Montréal-Nord. La mort de Fredy Villanueva a été le prétexte.»

Enquête du coroner

Le coroner à l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva a consulté ce rapport, et l'a remis aux avocats des parties intéressées. Hier, les avocats du SPVM et de la Fraternité des policiers de Montréal se sont opposés au dépôt en preuve du document. Ils s'opposent également au dépôt de la recherche du criminologue du SPVM, Mathieu Charest, dont La Presse a révélé l'existence le mois dernier. Le profilage ethnique existe : dans les quartiers sensibles du nord de la métropole, la proportion de personnes noires interpellées est même «alarmante», conclut ce rapport interne.

La Ville de Montréal considère que ces rapports ne sont pas pertinents à l'enquête puisqu'ils ont été commandés à la suite de l'émeute du 10 août, et non à la suite de la mort du jeune Villanueva survenue la veille. De leur côté, les avocats du camp Villanueva souhaitent que les deux documents soient déposés. «Sans la mort de Fredy Villanueva, il n'y aurait pas eu d'émeute», a fait valoir l'avocat de la famille Villanueva, Me Peter Georges-Louis.

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