Réfugiée tuée: le SPVM se fait refuser l'accès à un gangster

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Sonia Marlen Ramos Montes a été tuée le 14 novembre 2013 à Rivière-des-Prairies.

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Les aveux d'un sanguinaire chef de cartel hondurien, l'hiver dernier devant un tribunal de New York, ont brièvement permis de croire à la possible résolution du meurtre d'une réfugiée et mère de famille innocente commis en 2013 à Montréal. Mais les autorités américaines ont rendu une décision frustrante pour les enquêteurs montréalais: non, ils ne les laisseront pas questionner le gangster qui a revendiqué le crime. Explications.

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Devis Leonel Rivera Maradiaga a confessé 78 meurtres dont celui de Sonia Marlen Ramos Montes.

Photo fournie par le département de la Justice des États-Unis.

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Fabio Porfirio Lobo, condamné à 24 ans de prison par un tribunal de New York pour importation de drogue.

Photo fournie par le Département de la Justice des États-Unis.

DANS QUEL CONTEXTE LE CRIME A-T-IL ÉTÉ REVENDIQUÉ?

Dans une retentissante affaire judiciaire, Fabio Lobo, fils de l'ex-président du Honduras Porfirio Lobo, a été condamné en septembre à 24 ans de prison par un tribunal de New York, pour importation de drogue aux États-Unis. Il avait été piégé par la Drug Enforcement Administration (DEA) avec l'aide d'un gangster repenti, Devis Leonal Rivera Maradiaga. Ce dernier, chef du puissant gang hondurien Los Cachiros, contrôlait le transport de la cocaïne colombienne vers le Mexique et ses grands cartels, dont celui de Sinaloa, mené par El Chapo.

Se sentant dans le collimateur de la DEA, il a retourné sa veste en 2013 et offert de piéger Lobo, qui usait de ses relations pour faciliter le lucratif trafic de drogue au Honduras. Appelé à témoigner contre Lobo, lors des observations sur la peine, Rivera Maradiaga a d'abord dû dévoiler les avantages qu'il tirait de sa collaboration avec l'État et avouer ses crimes.

QU'A DIT LE GANGSTER RIVERA MARADIAGA ?

« Cette dernière personne dont vous acceptez la responsabilité d'avoir causé la mort répond au nom de Sonia Marlen Ramos Montes. Vous voyez cela ?

- Oui.

- Cette personne a été tuée au Québec, au Canada, c'est exact ?

- Oui, monsieur. »

C'est ainsi que le Cachiro a confessé le crime lors d'un interrogatoire au tribunal du district sud de New York, l'hiver dernier.

Il dit avoir commis ou « causé » 78 meurtres au cours de sa carrière criminelle. Le dernier nom figurant sur cette liste funeste est celui de Mme Ramos Montes, une réfugiée hondurienne, mère de famille monoparentale de deux jeunes enfants, installée à Montréal et âgée de 31 ans.

Elle avait été criblée de balles près de sa voiture dans le stationnement de son immeuble d'habitation de l'arrondissement de Rivière-des-Prairies, le 14 novembre 2013. C'est le seul meurtre revendiqué par le bandit hors du Honduras. À cette date, il collaborait déjà avec la DEA. L'enquête du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sur ce crime n'a jamais mené à grand-chose.

LA DEA A-T-ELLE INFORMÉ LE SPVM DE CES AVEUX ?

Non. Les aveux de Rivera Maradiaga ont d'abord été relayés par la presse hondurienne, puis par La Presse. J'ai « été informé du fait que l'admission par Rivera Maradiaga d'un meurtre sur le sol canadien n'a pas été partagée avec les autorités de ce pays », écrivait l'avocat de Fabio Porfirio Lobo, Manuel Retureta, dans un document judiciaire déposé au tribunal de New York. Retureta déplorait que Rivera Maradiaga, dont la collaboration est récompensée par une seule condamnation pour trafic de drogue ainsi que l'amnistie et la protection des États-Unis pour les membres de sa famille impliqués dans son trafic, s'en tire à trop bon compte après avoir avoué autant de meurtres.

LES AUTORITÉS AMÉRICAINES AIDERONT-ELLES LE SPVM ?

Non. Les aveux du bandit hondurien avaient redonné un mince espoir aux enquêteurs montréalais l'hiver dernier. « Nous allons communiquer avec les autorités américaines et examiner les affirmations de ce témoin. Nous nous doutions que le meurtre de Mme Ramos Montes avait un lien avec son passé au Honduras », avait affirmé en avril le commandant Vincent Rozon, de la section des crimes majeurs du SPVM. Mais ses troupes ont déchanté depuis.

M. Rozon affirme que tant la DEA que le procureur fédéral au dossier ont refusé que le SPVM s'entretienne avec Rivera Maradiaga, de quelque façon que ce soit. Une décision décevante qui met des bâtons dans les roues de l'enquête, qui avait déjà peu avancé. « Avec le refus de la DEA, nous ne sommes pas en mesure de progresser dans ce dossier », indique le commandant Rozon, qui dit ne pas connaître les motifs du refus et ne voit pas de recours possible pour renverser la vapeur.

POURQUOI CE REFUS ?

La DEA a refusé de répondre à nos questions, et Nicholas Biase, du bureau du procureur fédéral du district sud de New York, ne veut pas dire si ce refus est lié ou non aux avantages consentis à Rivera Maradiaga en vertu de son entente de collaboration. « C'est fort probable, mais c'est très difficile d'avoir accès aux informations qui pourraient confirmer cela », commente Me Joao Velloso, professeur à la faculté de droit de l'Université d'Ottawa.

Il existe un Traité d'entraide juridique en matière pénale entre le Canada et les États-Unis qui détaille les modalités de l'entraide que les deux États doivent mutuellement s'offrir en matière d'enquêtes criminelles. Mais le traité prévoit qu'un État peut refuser d'aider son voisin notamment si la demande est « contraire à son intérêt public », ou « si l'exécution de la demande avait pour effet de gêner une enquête ou une poursuite en cours dans l'État requis ».

POURQUOI LA VICTIME S'ÉTAIT-ELLE RÉFUGIÉE AU CANADA ?

Sonia Marlen Ramos Montes et sa famille ont été témoins d'une sanglante vendetta contre leur famille dans la région de Colon, dans le nord du Honduras. Quinze d'entre eux y ont été assassinés - cousins, frères, père et mère, cette dernière sous ses yeux et ceux de ses enfants, comme en font foi les certificats de décès de ceux-ci, qu'elle a déposés à la cour, au Québec, il y a quelques années.

Craignant pour leur vie, elle et d'autres membres de sa famille ont fui le pays à travers le Mexique et les États-Unis jusqu'au Canada, où le statut de réfugié leur a été accordé.

Selon eux : un conflit agraire opposant la famille à des criminels locaux serait la source de leur misère. « Il veut toutes nos terres. Il a essayé de les acheter à très petit prix à mon père, mais il a refusé. Maintenant, je crois qu'il veut sa revanche [...]. Nous avons cessé de cultiver la terre à cause de notre peur et parce qu'il n'y a plus d'hommes dans notre famille. On continue d'avoir peur de retourner au Honduras, parce que cet homme est rancunier, vindicatif et mauvais. Il se promène avec le diable à ses côtés. Nous sommes tous de la famille Ramos, et je crois qu'il ne veut laisser aucune trace de notre famille en vie », avait déclaré Sonia Marlen Ramos Montes à son arrivée à la douane canadienne en 2007, selon des documents judiciaires que La Presse a consultés.

D'AUTRES MEMBRES DE LA FAMILLE ONT-ILS ÉTÉ VISÉS AU CANADA ?

Oui. En 2010, le frère de Sonia Marlen est blessé par balles dans une attaque survenue dans le quartier Saint-Michel. Son cousin Nelson Anibar Ramos a moins de chance et meurt. Un Hondurien résidant des États-Unis et entré illégalement au Canada, Nelson Geovanny Echeverria Lobo, est arrêté et plaide coupable rapidement, sans que le mobile du crime soit établi devant le tribunal. Surprise l'hiver dernier : Devis Leonel Rivera Maradiaga a aussi revendiqué cette attaque, lors de son témoignage à New York.




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