Le SVPM enquêtait sur d'autres fuites dans les médias

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Le président de la Commission d'enquête sur les sources journalistiques, Jacques Chamberland.

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Au deuxième jour de son témoignage devant la commission Chamberland, l'ex-enquêteur Normand Borduas a révélé que la division des affaires internes a eu recours à un logiciel de surveillance pour savoir si l'un de ses policiers communiquait avec un journaliste.

Le logiciel Spector 360 (aujourd'hui appelé Veriato 360) a été installé en 2014 sur le poste informatique du policier Roger Larivière, qui était alors soupçonné de transmettre des informations à l'analyste en affaires policières Stéphane Berthomet.

Ce logiciel permet à « l'ensemble des activités » qui se déroulent sur un ordinateur d'être observées à distance, par exemple « les courriels échangés avec les pièces jointes, des captures d'écran, les recherches internet qui sont faites, chaque touche enfoncée sur le clavier, les documents imprimés », a expliqué Normand Borduas.

Questionné sur le délai entre l'enregistrement des activités d'un usager et la transmission de l'information à une tierce partie, Normand Borduas a précisé que « c'est programmable ». « Mais je pense qu'au plus rapide, on parle de quatre à dix minutes de délai », a-t-il précisé.

Dans le cas de l'enquête sur le policier Larivière, Normand Borduas avait obtenu un mandat judiciaire pour utiliser cette technique d'enquête. Son supérieur, Costa Labos, avait autorisé la méthode d'enquête. « Il y a un coût associé à cette technique. Ce sont eux qui font l'approbation du coût d'achat », a précisé Normand Borduas.

C'est un « moyen encore plus intrusif pour surveiller la relation policiers-journalistes », a pour sa part relevé l'avocat qui représente les médias, Me Christian Leblanc.

QUATRE ENQUÊTES SUR DES FUITES

Entre le moment où il est entré à la division des affaires internes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), en août 2014, et celui où il a quitté la division, deux ans et demi plus tard, Normand Borduas a été impliqué dans une douzaine d'enquêtes. Parmi celles-ci, quatre concernaient des fuites dans les médias. Aucune n'a mené à des accusations d'abus de confiance envers des policiers.

Durant cette période, il a constaté que les fuites dans les médias avaient « tendance à se répéter ».

« À intervalles réguliers, j'ai eu des enquêtes qui portaient là-dessus, donc le phénomène ne diminuait pas. J'avais l'impression que ça augmentait. » - Normand Borduas, ex-enquêteur à la division des affaires internes du SPVM

Le premier dossier qu'on lui a confié à son arrivée à la division des affaires internes concernait le possible abus de confiance du sergent-détective Roger Larivière, qui avait fait l'objet d'une dénonciation de quatre autres policiers. Il avait été vu dans un café de Montréal en présence de l'analyste Stéphane Berthomet. Tous deux « semblaient nerveux ».

Une enquête criminelle pour abus de confiance a été ouverte à la suite de cette dénonciation. « Les policiers croyaient avoir affaire à un meeting suspect. Ce sont des observations qui étaient apparemment objectives de policiers qui ont été suffisamment inquiétés pour en aviser leurs supérieurs », a décrit Normand Borduas.

Cette rencontre et les fuites qui auraient pu en découler étaient « alarmantes » parce qu'elles auraient pu « mettre en péril la sécurité » du policier Mario Lambert, dont Roger Larivière avait consulté le dossier après cette rencontre.

« Ce n'est pas une fuite sur le port des pantalons ou un climat malsain. On parle d'une enquête sur la sécurité d'un individu », a-t-il dit. Il a reconnu qu'à sa connaissance, cette rencontre n'avait mené à aucune fuite médiatique.

ENQUÊTE SUR DENIS CODERRE

Une enquête sur le maire Denis Coderre a été ouverte par le SPVM après que celui-ci est intervenu auprès d'une policière qui lui remettait une contravention, affirme l'ex-enquêteur Normand Borduas.

« Quelqu'un s'était plaint du comportement du maire », a déclaré Normand Borduas, qui en était mardi à sa deuxième journée de témoignage devant la commission Chamberland. Il affirme que l'enquête a été menée par l'escouade de protection de l'intégrité municipale.

Cette escouade fait des enquêtes sur des cas « qui pourraient concerner l'intégrité du système municipal ou des élus », a-t-il précisé, avant que le juge Jacques Chamberland décrète que la question était à l'extérieur du mandat de la commission qu'il préside.

Plus d'un an avant son élection à la mairie de Montréal, Denis Coderre a averti une policière qui lui remettait une contravention qu'il « serait son futur boss », révèlent des documents déposés lundi à la commission Chamberland. Il venait de recevoir une contravention pour avoir omis de renouveler l'immatriculation de son véhicule.

Le maire a démenti mardi avoir tenu ces propos.

« Non, je n'ai pas dit cela. En mars 2012, je n'avais pas encore décidé si je me présentais. » - Denis Coderre

L'élu a par ailleurs trouvé étrange que la policière n'ait pas semblé le connaître en mars 2012, mais qu'elle se soit souvenue de cet incident en 2015.

Le maire compte présenter sa version des faits devant la commission Chamberland. Son passage est prévu en juin.

Une autre contravention reçue par le maire Denis Coderre à Laval en septembre 2014 et qui a fait l'objet d'une fuite dans les médias a aussi refait surface. Dans les deux cas, a dit Normand Borduas, l'objectif était de « nuire au maire ».

« Les policiers de Laval et de Montréal travaillent main dans la main pour nuire au maire Coderre ? », lui a demandé Me Julie Carlesso, l'avocate qui représente Québecor et Le Devoir. « Peut-être les syndicats, faudrait leur demander », a rétorqué l'ex-enquêteur.

D'AUTRES FUITES

En plus des quatre enquêtes menées aux affaires internes qui concernaient des journalistes, le SPVM s'est penché en 2016 sur une autre fuite médiatique. Ce sont ses supérieurs, a-t-il dit, qui l'ont informé de l'existence de cette enquête, qui concernait des « évènements survenus à Montréal-Nord ».

En avril 2016, La Presse a révélé que des individus liés aux gangs de rue n'étaient pas arrêtés parce qu'ils se trouvaient dans Montréal-Nord. La haute direction du SPVM avait alors interdit à ses policiers d'effectuer des arrestations dans les limites de cet arrondissement. Ce « coulage médiatique » a créé « un certain émoi » au SPVM, a dit l'ex-enquêteur.

Surnommée « F-8 » par le SPVM, l'enquête ne relevait pas directement de la division des affaires internes, a précisé Normand Borduas. Il a été mis au courant de cette enquête parce que celle-ci aurait pu « s'entrecroiser » avec une enquête qu'il menait. « C'était opportun de savoir que quelque chose d'autre se passait au service », a-t-il dit.

- Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, La Presse




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