Alexandre Bissonnette: «J'espère que j'ai fait mal à personne»

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Cette image déposée en preuve lors du procès montre l'un des armes utilisées par Alexandre Bissonnette lors de la tuerie.

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(Québec) Quinze minutes après son carnage à la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette a appelé au 911 pour se livrer. La conversation de 50 minutes qu'il a eue avec le répartiteur Simon Labrecque ne permet pas de comprendre pourquoi il a commis l'attentat.

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Alexandre Bissonnette peu après son arrestation.

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Une autre image déposée en preuve montre l'intérieur de la mosquée après la mosquée.

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Bissonnette, au volant d'un véhicule utilitaire sport Mitsubishi, est agité et émotif. « C'est moi qui étais à la mosquée tantôt. J'aimerais ça me rendre, je suis sur la route », commence le tireur.

Bissonnette mentionne qu'il se dirige vers Charlevoix pour se suicider dans la forêt. « C'est terminé pour moi », dit-il. Mais le répartiteur le convainc de se ranger, de ne pas se suicider et d'attendre l'intervention des policiers.

À un moment, le répartiteur lui demande : « Pourquoi t'as fait ça Alexandre ? »

« Ah je ne feele pas », répond Bissonnette, qui ne répond pas à la question.

« J'espère que j'ai pas fait mal à personne. Des blessés y'en a pas eu j'espère », demande le tireur, qui venait de vider cinq chargeurs sur les fidèles de la grande mosquée de Québec.

« Moi je fais pas de mal à personne. J'ai jamais fait de mal à personne ok, tu peux leur dire ça », dira plus tard Bissonnette.

Le jeune homme explique au répartiteur avoir consommé de l'alcool. Il lui dit aussi être en arrêt de travail. Il devait rentrer au travail, chez Héma-Québec, le lendemain.

Les policiers l'ont arrêté juste avant 21 h, sur la bretelle qui mène au pont de l'île d'Orléans.

Des photos pour témoigner du drame

Des dizaines de photographies prises par la Sûreté du Québec ont aussi été déposées en preuve jeudi par la Couronne, dans le cadre des audiences sur la détermination de la peine qui sera imposée à Alexandre Bissonnette.

La Couronne offre ainsi une série d'éléments au soutien de la peine qu'elle va réclamer pour le jeune homme qui a plaidé coupable fin mars à six accusations de meurtre au premier degré et à six chefs de tentative de meurtre.

Photo par photo, Me François Godin, pour la Couronne, décortique le chemin emprunté par le tireur et ce qu'il a pris pour cible.

Des photos de l'intérieur et de l'extérieur de la mosquée ont été présentées. Les plus choquantes ont été retirées du lot.

Sur la quasi-totalité de celles-ci, se trouve un point commun: de petits marqueurs orange qui indiquent les endroits où des balles ont été retrouvées, des douilles, ou encore des trous faits par les projectiles dans les murs.

Quarante-huit balles ont été tirées, a dit le ministère public. En moins de deux minutes.

Mais Alexandre Bissonnette avait encore plus de balles avec lui: le chargeur de son arme longue abandonnée dehors contenait encore 28 balles, et une qui est restée prise à l'intérieur.

Et un chargeur de 29 balles a été retrouvé dans sa voiture au moment de son arrestation.

Bref, le 29 janvier 2017, il avait sur lui 108 balles.

Quelques images ont permis de voir que des balles ont été tirées dans une niche de la salle de prière, un espace restreint, le Mihrab, dans lequel de nombreux fidèles avaient trouvé refuge pour éviter les tirs.

Une balle a transpercé la porte de la salle de bain où des hommes se cachaient et une a fait un trou au-dessus du bureau de l'imam, juste à côté du Mihrab.

L'arme longue semi-automatique a été retrouvée dans la neige, devant la mosquée. Elle était munie d'un chargeur pouvant contenir 30 balles, ce qui est prohibé au Canada, a indiqué Me Godin.

Alexandre Bissonnette a regardé avec attention les photos défiler sur grand écran jeudi, contrairement à la veille, lors de la diffusion des vidéos de l'attaque. Il n'avait alors pas levé les yeux.

Vers 12 h 10, il a eu un malaise, pendant la description des blessures subies par Azzeddine Soufiane.

Il s'agit de l'homme qui a chargé Alexandre Bissonnette pour tenter de l'arrêter, mais qui a été abattu.

Bissonnette a dû sortir de la boîte des accusés et les audiences ont donc été suspendues.

Cette énumération des balles tirées sur les six hommes ayant été tués ce soir-là font partie des rapports d'autopsie, également déposés en preuve jeudi.

Pendant que Me Godin les résumait, des femmes voilées dans la salle d'audience sanglotaient doucement lorsque les blessures mortelles ont été évoquées.

Arrêt de travail

La Couronne a aussi déposé en preuve un billet de médecin: en raison de troubles anxieux, le jeune homme avait été mis en arrêt complet de travail du 5 au 27 janvier 2017.

La tuerie a eu lieu deux jours plus tard, la veille du jour où il devait rentrer au travail.

Jeudi matin, le procureur de la Couronne, Thomas Jacques, avait indiqué au juge François Huot avoir aussi l'intention de déposer des plans de la mosquée et un appel au 911 fait par Bissonnette.

La Couronne n'a pas encore annoncé ses couleurs sur la durée de la peine qu'elle allait réclamer. Tout au plus, Me Jacques a dit qu'il allait exiger une peine qui reflétera l'ampleur des «crimes odieux» qui ont été commis.

L'avocat d'Alexandre Bissonnette, Charles-Olivier Gosselin, estime que son client devrait être condamné à 25 ans de prison avant d'être admissible à une libération conditionnelle, mais pas plus. Une peine plus longue serait l'équivalent d'une «peine de mort par incarcération», a-t-il soulevé dans une procédure.

Les observations sur la peine doivent durer trois semaines au palais de justice de Québec.

- Avec Stéphanie Marin, La Presse canadienne




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