Procès de Michael Applebaum: l'opération à la Miami Vice décortiquée

M. Tremblay, qui avait été attaché politique et... (PHOTO Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

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M. Tremblay, qui avait été attaché politique et chef de cabinet du maire d'arrondissement Michael Applebaum (photo) entre 2006 et 2012, affirme que ce dernier lui a «tout montré» en matière de financement illégal et de pots de vin.

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Hugo Tremblay n'aimait pas faire du «contre-espionnage» dans une opération qu'il comparaît à Miami Vice, et qui visait à amener le maire Michael Applebaum à avouer son implication dans la corruption, en 2013. Ça le stressait et le bouleversait. Mais il avait pris un engagement et allait le tenir. Il se sentait en mission.

«Vous sentiez-vous obligé de continuer?», lui a demandé l'avocat de la défense Pierre Teasdale, mercredi, dans le cadre du procès pour corruption de son client, M. Applebaum.

«Non, j'avais le choix, mais j'avais pris un engagement. Je suis fait comme ça, je ne suis pas capable de choker», a répondu M. Tremblay.

Pendant toute la journée de mercredi, la défense s'est employée à décortiquer tous les courriels, appels téléphoniques et rencontres que M. Tremblay, témoin clé de la Couronne, a eus avec les enquêteurs de la police, particulièrement avec Luc Lamy, entre 2013 et 2015.

Les échanges sont abondants, et tout a été consigné par écrit dans les notes des enquêteurs. La Couronne, et même la juge se sont questionnées sur la pertinence de cet exercice long et fastidieux. Me Teasdale admet que c'est fastidieux, mais soutient que c'est nécessaire. Il veut démontrer que les communications entre M. Tremblay et les policiers sortaient clairement de la «façon usuelle» de travailler un dossier avec un témoin.

«J'ai l'intention d'en faire la preuve, d'argumenter», a dit l'avocat. Me Teasdale évalue qu'il y a un «contexte particulier» dans ce dossier, du fait que M. Tremblay se sentait comme quelqu'un de l'équipe des policiers. «C'est le seul témoin des agissements reprochés à monsieur», a rappelé l'avocat. Ses arguments ont convaincu la juge Louise Provost.

M. Tremblay, qui avait été attaché politique et chef de cabinet du maire d'arrondissement Michael Applebaum entre 2006 et 2012, a affirmé au procès que ce dernier lui a «tout montré» en matière de financement illégal et de pots de vin. Il a laissé entendre qu'ils s'y seraient adonnés souvent, mais les accusations concernent seulement deux incidents.

Selon son récit, c'est le 8 mars 2013 que M. Tremblay a déballé son sac aux policiers de l'UPAC qui le taraudaient. Il valait mieux être témoin plutôt qu'accusé, lui aurait-on fait valoir. Il a fini par accepter de collaborer avec eux. Il allait faire une opération à la Miami Vice, soit porter des micros pour tenter d'amener son ex-patron et ami, M. Applebaum, à se compromettre.

M. Tremblay a eu trois grands échanges avec M. Applebaum qui ont été enregistrés, soit les 2 et 3 mai, en personne, ainsi que le 10 juin, au téléphone. M. Applebaum allait être arrêté quelques jours plus tard. 

Pas confiance

Au sujet de l'appel téléphonique du 10 juin, M. Tremblay admet qu'il n'avait pas confiance au scénario que les policiers lui ont présenté. Il devait confronter directement M. Applebaum sur les actions de corruption. Cela allait à l'encontre de leurs habitudes et de leurs codes, a-t-il expliqué, puisqu'ils étaient très prudents et discrets à ce sujet. «Ça m'apparaissait invraisemblable», a-t-il dit.

L'appel a indisposé M. Applebaum, qui s'est scandalisé en répétant: «Hugo, Hugo, Hugo, de quoi tu parles, qu'est-ce que vous avez fait...» M. Applebaum avait fini en disant qu'il ne voulait plus discuter de ça avec lui et il avait raccroché. Les policiers étaient déçus du résultat, et M. Tremblay était déçu de les avoir déçus. 

«Hugo est très émotif, il est très déçu que nous soyons déçus. Mais il jure qu'il nous a dit toute la vérité et qu'il n'a pas menti sur les façons de faire et les actions de lui et M. Applebaum et qu'il est prêt à passer le test du polygraphe», a noté le policier Lamy, dans son rapport de contrôleur. 

M. Tremblay a réitéré, mercredi, qu'il était prêt à passer le test du polygraphe encore aujourd'hui, sans aucun problème. Il avait cependant refusé de le passer lorsqu'on lui avait offert le statut de «collaborateur», quelques jours avant l'enquête préliminaire. 

«Je n'ai pas jugé bon d'accepter. Les policiers étaient venus me le demander au nom du ministère qui, eux, voulaient que je passe ces tests-là.»

M. Tremblay, premier témoin dans ce procès, reviendra à la barre pour une quatrième journée, jeudi.

M. Applebaum est accusé de 14 chefs relatifs à la corruption, abus de confiance, fraude contre le gouvernement et complot.  On lui reproche d'avoir obtenu des pots de vin d'entrepreneurs qui voulaient faire affaire dans l'arrondissement Côte-des-Neiges/Notre-Dame-de-Grâce, dont il était le maire. M. Tremblay dit avoir agi comme intermédiaire et avoir obtenu 30 000 $ dans un cas, et 25 000 $ dans l'autre. Il dit avoir donné une part à M. Applebaum chaque fois.

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