Policier abattu à Lac-Simon: Anthony Papatie, un «leader» aux idées noires

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Ghislaine Brazeau, la mère d'Anthony Papatie, essayait de convaincre son fils de laisser sa copine, avec qui il vivait une relation marquée par la jalousie.

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(Lac-Simon) Quand Dominique Papatie a vu sur Facebook que son ami Anthony venait d'abattre un policier, samedi soir, il a d'abord pensé qu'il s'agissait d'une mauvaise blague. L'incrédulité a toutefois vite fait place à la triste réalisation qu'Anthony avait non seulement tué quelqu'un, mais qu'il s'était donné la mort. Il s'est alors remémoré une conversation sur le suicide qu'il avait eue avec son vieux pote, il y a un ou deux ans. « Il m'avait dit que s'il le faisait, le monde s'en souviendrait. »

Anthony Papatie (aucun lien de parenté avec Dominique) avait bonne réputation à Lac-Simon. Un mordu d'entraînement dont les anciens professeurs se souviennent comme d'un leader. Un gamer assidu qui aimait plus que tout se retrouver en forêt avec ses amis pour taquiner le doré ou chasser l'orignal. Un fils, un frère, un ami dont les proches tentent aujourd'hui de réconcilier les bons souvenirs qu'il a laissés avec l'étiquette de meurtrier désormais accolée à son nom.

Une chose semble claire, d'après les témoignages recueillis depuis deux jours à Lac-Simon : Anthony Papatie, quatrième d'une famille de 11 enfants dont les plus jeunes sont encore au primaire, broyait du noir depuis un certain temps déjà. Son ancienne copine était morte d'une maladie héréditaire il y a deux ans. Un ami proche s'était suicidé l'été dernier et un oncle paternel avait fait pareil en décembre. Surtout, sa relation avec sa blonde actuelle, marquée par la jalousie, battait de l'aile.

« On lui disait de la laisser, qu'il y en avait en masse, des filles », a raconté sa mère Ghislaine Brazeau, lors d'une entrevue avec La Presse à la salle communautaire du village, hier après-midi.

Revenue vivre à Lac-Simon en novembre après trois ans d'absence, une cousine d'Anthony, Marsha Polson, échangeait régulièrement avec lui, sur Facebook et en personne.

« Il me parlait de suicide. J'essayais de l'aider, mais il ne voulait rien savoir. Sa blonde était jalouse envers moi parce qu'il me parlait. »

La veille du drame, Anthony était allé voir Deadpool au cinéma à Val-d'Or avec sa copine, son frère Clyde et sa belle-soeur. Une belle soirée. Pourtant, le même jour, il avait aussi écrit à Marsha qu'il sentait «  [qu'il allait] mourir cette année ».

La mort n'est jamais loin à Lac-Simon, où les suicides se produisent au rythme de trois par année, selon le directeur général du conseil de bande, Stéphane Savard. « Il y a une situation sociale fragile. C'est constant, la question du suicide et de la violence. Il y a beaucoup de problèmes liés à la consommation. »

Pas de problème de consommation

Même s'il lui est arrivé d'organiser de gros partys à l'époque où il vivait en appartement, Anthony ne traînait pas la réputation d'un party animal. « Il ne fumait pas de cigarettes, pas de pot. Il ne consommait rien, juste des produits pour s'entraîner », a dit son ami Dominique Papatie. « Tout ce qu'il faisait dans la vie, c'était gamer, étudier et s'entraîner. » Il était plus jeune de quelques années qu'Anthony, mais les deux avaient fraternisé en jouant en ligne à des jeux comme Black Ops 2.

Anthony vivait au sous-sol de la maison de sa soeur Johanna, 27 ans, chez qui la tragédie s'est produite, samedi. Il y avait aménagé un petit gymnase de poids et haltères où il recevait et conseillait des jeunes de Lac-Simon.

« Comme il n'y avait pas de gym dans la communauté, il invitait les gens à s'entraîner chez lui », raconte le directeur de l'école secondaire locale, Dave Lefebvre, qui l'a bien connu. « Il n'était pas costaud, mais il l'est devenu ! » Selon Dominique Papatie, « il benchait 340 livres », une charge imposante.

Joueur de badminton au secondaire, il est ensuite devenu entraîneur. La communauté l'a ensuite envoyé suivre à Val-d'Or une formation en CrossFit, une discipline qu'il a enseignée trois fois par semaine pendant deux ans. « Il était très impliqué », dit Lefebvre, qui enseignait auparavant l'éducation physique. Il a d'ailleurs régulièrement fait appel à Anthony pour assurer la suppléance quand il devait s'absenter.

C'était un élève modèle, précise-t-il, très ponctuel. « On avait des sorties culturelles et il adorait le plein air, la chasse, la pêche, le canot. Il adorait se retrouver en forêt. » Dominique Papatie raconte qu'Anthony l'a plusieurs fois emmené dans son territoire de chasse et de pêche, dans la réserve faunique La Vérendrye.

« Je trouvais qu'il achetait du gros calibre pour rien, ce n'était pas nécessaire pour chasser l'original. Mais c'était des armes pour le bois. Il les cachait chez lui et ne les sortait pas vraiment. »

Un autre ancien professeur, Alexandre Brunet-Brault, le présente comme un « leader silencieux ». « Il ne parlait pas beaucoup, mais par sa présence, il motivait les gens. Il était un modèle pour beaucoup de jeunes. On l'a vu dans les messages qui sont sortis sur Facebook depuis samedi. »

Il avait d'abord terminé des études avec succès en 2010 dans un groupe d'adaptation scolaire, mais était revenu à l'école et avait complété son cours secondaire au « régulier », il y a deux ans. « Il voulait son vrai diplôme », dit M. Brunet-Brault.

« On fondait beaucoup d'espoirs en Anthony, ajoute-t-il. Je le voyais travailler dans le sport. On a un projet de centre d'entraînement qui s'en vient dans la communauté et c'est là que je le voyais à long terme. »

Mais ça, c'était avant les idées noires. Avant samedi soir.

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