Spectaculaire évasion par hélicoptère à Saint-Jérôme

  • L'un de deux hommes évadés du centre de détention de Saint-Jérôme, lors de son arrestation en fin d'après-midi, à Chertsey. Lorsque La Presse lui a demandé son nom, il a répondu qu'il s'appelait «Loco» («fou» en espagnol). «J'ai rien à te dire», a-t-il ajouté. (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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    L'un de deux hommes évadés du centre de détention de Saint-Jérôme, lors de son arrestation en fin d'après-midi, à Chertsey. Lorsque La Presse lui a demandé son nom, il a répondu qu'il s'appelait «Loco» («fou» en espagnol). «J'ai rien à te dire», a-t-il ajouté.

    Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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  • L'un de deux hommes évadés du centre de détention de Saint-Jérôme, lors de son arrestation en fin d'après-midi, à Chertsey. Lorsque La Presse lui a demandé son nom, il a répondu qu'il s'appelait «Loco» («fou» en espagnol). «J'ai rien à te dire», a-t-il ajouté. (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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  • Des membres d'unite spéciale de la sureté du Québec. (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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    Des membres d'unite spéciale de la sureté du Québec.

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  • Benjamin Hudon Barbeau, le caïd sympathisant des Hells Angels, est l'un des deux évadés du centre de détention de Saint-Jérôme. (Photo d'archives La Presse)

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    Benjamin Hudon Barbeau, le caïd sympathisant des Hells Angels, est l'un des deux évadés du centre de détention de Saint-Jérôme.

    Photo d'archives La Presse

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  • L'hélicoptère de la SQ survole le chalet où les deux hommes avaient trouvé refuge, ce dimanche après-midi, après leur évasion du centre de détention de Saint-Jérôme. (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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    L'hélicoptère de la SQ survole le chalet où les deux hommes avaient trouvé refuge, ce dimanche après-midi, après leur évasion du centre de détention de Saint-Jérôme.

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  • Des membres d'unite spéciale de la sureté du Québec. (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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  • L'hélicoptère de la SQ survole le chalet où les deux hommes avaient trouvé refuge, ce dimanche après-midi, après leur évasion du centre de détention de Saint-Jérôme. (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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    L'hélicoptère de la SQ survole le chalet où les deux hommes avaient trouvé refuge, ce dimanche après-midi, après leur évasion du centre de détention de Saint-Jérôme.

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Le plan était audacieux: faire sortir trois détenus de la prison de Saint-Jérôme à bord d'un hélicoptère détourné, en passant par le toit de l'aile la plus sécurisée de l'établissement.

Ensuite, obliger le malheureux pilote à se poser, puis prendre la fuite à bord d'une camionnette, avant de défoncer un barrage de police.

C'est ainsi que le détenu Benjamin Hudon-Barbeau, un caïd des Laurentides, a réussi à prendre le large, dimanche en début d'après-midi. La Sûreté du Québec (SQ) a toutefois rattrapé l'homme de 36 ans quelques heures plus tard, près d'une résidence isolée de la municipalité de Chertsey, dans Lanaudière. Selon nos informations, il se serait enfui de cette résidence avant un assaut des forces de l'ordre, avant d'être cueilli par des policiers qui formaient un périmètre de sécurité. Il a été arrêté en bordure du chemin Chertsey, a confirmé la Sûreté du Québec.

La police a aussi mis la main au collet de deux autres suspects dans le même dossier.

Dany Provençal, un détenu qui s'était évadé avec Hudon-Barbeau, s'est rendu aux autorités sans résister peu après minuit trente, a rapporté la Sûreté du Québec. La cabane à sucre dans laquelle il s'était réfugié était cernée par les policiers.

La SQ a fait savoir que les quatre suspects comparaîtront au palais de justice de Saint-Jérôme ce lundi après-midi.

Évasion spectaculaire

C'est peu avant 14h20 que les deux détenus se sont évadés de la prison de Saint-Jérôme.

Selon nos informations, deux complices fortement armés auraient pris en otage un pilote d'hélicoptère de l'entreprise Héli-Tremblant. Dimanche soir, le propriétaire de l'entreprise, Jean-Benoit Daigneault, a confirmé à La Presse que son employé était à l'hôpital, sous le choc. La SQ a affirmé en début de soirée qu'elle comptait l'interroger. Il ne s'agirait pas d'un suspect et «il n'est pas blessé», a indiqué la police.

Les complices de Hudon-Barbeau auraient forcé le pilote à se poser sur le toit du secteur DCD de la prison, le pavillon le plus sécuritaire. Ils auraient ensuite lancé une ou des cordes aux détenus qui étaient dans la cour. Hudon-Barbeau, Dany Provençal et un troisième individu auraient agrippé les cordes et l'hélicoptère aurait ensuite décollé.

«J'ai 33 ans aux Services correctionnels du Québec et, à ma connaissance, c'est une première», a affirmé Yves Galarneau, directeur général adjoint du Centre correctionnel de Saint-Jérôme.

Le troisième détenu n'a toutefois pas réussi à s'évader. Il était toujours coincé dans la cour de la prison en milieu de soirée. Il étaient seul, et les policiers négociaient avec lui, car ils se demandaient si les pirates de l'hélicoptère ne lui avaient pas envoyé une arme.

Une évasion évitable?

Selon nos informations, les responsables de la prison auraient acheté des filets dans le but de les installer au-dessus de la cour afin d'empêcher les colis volants d'atterrir dans l'enceinte de l'établissement. Ils n'auraient toutefois pas eu le temps de les installer. Ces filets auraient aurait rendu une telle évasion impossible, selon nos sources.

Contactée sur le sujet, la Sûreté du Québec a refusé de confirmer nos informations. Yves Galarneau, de la prison de Saint-Jérôme, s'est limité, au cours d'un point de presse, à affirmer que l'établissement ne disposait pas de l'équipement nécessaire pour éviter des évasions par hélicoptère.

Toute la soirée, à l'intersection de la route 125 et du chemin Chertsey, les hélicoptères, les camions blindés et les membres de l'escouade tactique se sont succédé. Un périmètre de sécurité avait été érigé pour éviter que quiconque s'aventure sur la voie.

L'un des individus arrêtés en même temps que Hudon-Barbeau a été transporté en hélicoptère avant d'être transféré dans une voiture de police, vers 19h30, au même endroit.

Par une vitre ouverte, il a parlé rapidement en espagnol, en utilisant notamment l'expression «fils de pute». Lorsque La Presse lui a demandé son nom, il a répondu qu'il s'appelait «Loco» («fou», en espagnol). «J'ai rien à te dire», a-t-il ajouté.

«Je suis prêt à mourir»

Entre le début de sa cavale et son arrestation, Benjamin Hudon-Barbeau a réussi à appeler une station de radio montréalaise.

«Les traitements qu'ils nous font [subir], ça a pas de bon sens. [...] Ils ne me lâchent pas. Je suis prêt à mourir. Ma vie à moi est terminée», a-t-il déclaré dimanche après-midi sur les ondes du 98,5. Il a affirmé avoir reçu une balle dans un mollet lors de sa fuite.

«Je ne suis pas gravement blessé, j'ai fait un garrot. Le problème, c'est que ça va mal finir. Je trouve ça triste. J'ai juste 36 ans», a-t-il ajouté.

En entrevue avec La Presse, son père a ajouté qu'il était aussi blessé au dos et au coude sérieusement. Il a tenu quelques minutes au bout d'une corde reliée à l'hélicoptère, puis est tombé.

«Il est tombé sur le dos d'une hauteur de deux étages en arrivant à leur auto. Il était gelé tight, ses mains ont lâché», a raconté Michel Barbeau.

Ce n'est pas la première fois que la prison de Saint-Jérôme fait les manchettes. En février, une émeute avait éclaté dans l'établissement. La Presse avait ensuite révélé qu'une saisie de drogue était à l'origine du soulèvement.

Cet automne, un détenu de 36 ans, Claude Dorion, avait pris la clef des champs alors qu'il était en attente de son procès. Il était incarcéré à Saint-Jérome, mais visitait une clinique de physiothérapie de la ville lorsqu'il a pris la fuite.

Benjamin Hudon Barbeau... (Photothèque La Presse) - image 2.0

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Benjamin Hudon Barbeau

Photothèque La Presse

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«La Terre n'est pas assez grande pour te cacher»

«Il était constamment au trou et il vivait l'enfer total. Mais s'il m'avait parlé de son plan, je lui aurais dit ce qu'un père doit dire à son fils: le temps que tu fais là, c'est moins pire qu'être un fugitif. La Terre n'est pas assez grande pour te cacher. Je lui aurais expliqué ça clair et net.»

Michel Barbeau se consolait hier soir en se disant que la finale de cette rocambolesque journée n'avait pas été sanglante, comme son fils Benjamin l'avait laissé entendre initialement, et que celui-ci était encore en vie.

Michel Barbeau n'a pas été un enfant de choeur. Il sait que son fils n'en est pas un non plus.

Après l'invraisemblable évasion au cours de laquelle son fils s'est agrippé à une corde suspendue à un hélicoptère pendant plusieurs minutes, a fui en voiture pourchassé par la police, il lui a parlé au téléphone pendant sa cavale.

«Il est pas mal magané. Il est tombé de la corde d'une hauteur de deux étages. Il s'est blessé au dos et au coude», a raconté M. Barbeau. Il n'aurait en revanche pas été touché par une balle de la police comme cela a été affirmé dans certains médias.

Il affirme que l'histoire de son fils dans le système carcéral, après cinq ans de détention pour un crime dont il a été acquitté, en a fait un enragé. «Il est sorti de ça fou. Il ne filait pas bien, il avait le mal de vivre. Il était écoeuré de la vie», a-t-il expliqué.

Il était détenu depuis novembre en attente d'un procès pour possession d'arme. «Il n'avait pas le choix, il fallait qu'il se promène avec une arme. Quand il est sorti de prison, les Italiens qui étaient là le soir des meurtres lui ont fait des menaces. Il était sur le qui-vive. Et là, il avait peur que de nouvelles accusations pour les meurtres des Laurentides soient portées contre lui la semaine prochaine», a-t-il ajouté.

Il martèle que son fils «connaît beaucoup de monde», mais qu'il n'est pas proche ou membre des Hells Angels.

Il accuse également les autorités carcérales de la prison de Saint-Jérôme de lui avoir fait vivre un enfer, notamment en le plaçant dans une aile où étaient également détenus des membres de gangs de rue de la même famille - les Bleus - que les victimes de l'Upperclub.

«Il devait se défendre et battre des gars de gang venus l'attaquer presque tous les mois. Benjamin, dans une autre vie, il aurait pu être le deuxième Georges St-Pierre», a dit le père, bien conscient que toute cette histoire ne fera que resserrer les conditions de détention de son fils.

***

En guerre constante contre le système

La vie de Benjamin Hudon-Barbeau est une lutte constante contre le système policier, judiciaire et carcéral. Un combat qu'il a maintes fois gagné, mais qui semblait sans fin.

Benjamin Hudon-Barbeau, 36 ans, est membre d'une famille de 12 enfants. Son père, Michel, a lui-même été reconnu coupable d'un double meurtre dans les années 90, avant d'avoir un nouveau procès et de plaider coupable à des accusations réduites.

Selon les experts en renseignement policier, le fils est un proche des Hells Angels qui en menait large dans les Laurentides.

Il a fait les manchettes lors d'un procès pour double meurtre à l'automne 2010.

Le 24 octobre 2006, deux proches des gangs de rue ont été abattus de plusieurs balles à la sortie de la salle VIP du bar Upperclub, boulevard Saint-Laurent. Benjamin Hudon-Barbeau y était, ainsi que plusieurs fiers-à-bras de la mafia.

Au procès, un témoin - une jeune femme qui vendait de la drogue dans le bar - a affirmé avoir vu Hudon-Barbeau faire feu vers des hommes qui fuyaient. Mais le reste de la preuve était faible. De plus, une bagarre avait éclaté plus tôt dans le bar entre les victimes et les mafiosi. Dans la main d'une des victimes, les techniciens en scène de crime avaient retrouvé la boucle d'oreille d'un des mafiosi, Danny Winton Martinez-Canas. Bref, Hudon-Barbeau a été acquitté des meurtres, mais reconnu coupable de tentatives de meurtre sur des personnes non identifiées, sur la base du témoignage de la vendeuse de drogue. Celle-ci est plus tard revenue sur sa parole; elle a affirmé avoir livré sa version initiale des faits sous pression policière. Hudon-Barbeau a donc été acquitté après cinq ans de détention.

L'homme des Laurentides a aussi été arrêté et accusé dans le cadre de la gigantesque opération SharQc contre les Hells Angels du Québec. Il fait toutefois partie des 31 accusés de trafic de drogue qui ont été libérés en mai 2011 de toute accusation sans procès par le juge James Brunton. Celui-ci a estimé que le manque de ressources du système de justice était si important qu'il serait impossible de tenir le procès de ce groupe avant une dizaine d'années.

Hudon-Barbeau était complètement libre depuis, mais il a été arrêté de nouveau pour possession d'arme. Lui et un présumé complice, Ryan Wolfson, ont en effet été arrêtés en novembre dernier dans un bar de danseuses du centre-ville de Montréal par les policiers de l'escouade Éclipse. Wolfson a été accusé des meurtres de Pierre-Paul Fortier, 27 ans, et de Frédérick Murdoch, 33 ans, et de tentatives de meurtre commises contre Vincent Pietrantonio, son fils Tommy et Dannick Lessard, joueur de hockey de la Ligue nord-américaine et portier du bar de danseuses Le Garage de Mirabel. Tous ces événements étaient survenus entre la fin du mois de septembre et la fin du mois d'octobre. Selon la police, une guerre de territoire pour le trafic de stupéfiants et le prêt usuraire serait à l'origine de cette série de crimes. Fait à noter, le joueur de hockey Dannick Lessard était portier au bar Upperclub, à Montréal, le soir du 24 octobre 2006. Selon nos sources, Lessard aurait même séparé les belligérants avant que le crime soit commis.

Quant à Dany Provençal, il a également un lourd passé criminel. En février 2011, lui et un présumé complice, Patrick Saulnier, 27 ans, avaient fait une agression au domicile dans une résidence de Beaconsfield. Durant leur fuite, Saulnier a été abattu par les policiers.

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