Pénitenciers: croustilles, boissons gazeuses et extorsion

Le « contrôle de la cantine » est un phénomène... (Photo Paul Daly, Archives La Presse Canadienne)

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Le « contrôle de la cantine » est un phénomène qui a pris de l'ampleur ces dernières années dans les établissements fédéraux et représenterait des revenus de dizaines de milliers de dollars pour le crime organisé.

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Daniel Renaud
La Presse

Après le trafic de stupéfiants et de tabac, voilà que les détenus liés aux gangs s'intéressent fortement aux croustilles, aux boissons gazeuses et au chocolat dans les pénitenciers du Canada. Le « contrôle de la cantine » est un phénomène qui a pris de l'ampleur au cours des dernières années dans les établissements fédéraux et représenterait des revenus de dizaines de milliers de dollars pour le crime organisé.

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Le « contrôle de la cantine » est un phénomène qui a pris de l'ampleur ces dernières années dans les établissements fédéraux et représenterait des revenus de dizaines de milliers de dollars pour le crime organisé.

Photo Paul Daly, Archives La Presse Canadienne

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Le « contrôle de la cantine » est un phénomène qui a pris de l'ampleur ces dernières années dans les établissements fédéraux et représenterait des revenus de dizaines de milliers de dollars pour le crime organisé.

Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse

Il est cependant également synonyme de tensions dans les pénitenciers et de craintes pour les familles de détenus victimes d'extorsion, dont elles doivent parfois acquitter, sous la menace, l'importante dette.

Il semble que le « contrôle de la cantine » par des détenus qui se sont réunis en gangs entre les murs ait littéralement explosé depuis que la consommation de tabac est interdite et qu'un nouveau menu - préparé selon le Guide alimentaire canadien et dont les portions ne seraient pas assez généreuses au goût des détenus - a fait son apparition dans les établissements fédéraux.

«Auparavant, les détenus faisaient de l'argent avec le trafic de cigarette, mais avec l'interdiction, ils doivent se tourner vers autre chose, et la cantine a pris de la valeur.»

Francis Picotte
vice-président du Syndicat des agents correctionnels du Canada

LA FAMILLE DANS L'ENGRENAGE

La cantine d'un détenu est une réserve d'effets personnels composée principalement de nourriture d'appoint et de produits cosmétiques, autorisée par les Services correctionnels et dont la valeur peut tourner autour de 40 $ par semaine.

Les boissons gazeuses et le chocolat sont particulièrement populaires, tout comme les aliments riches en protéines, surtout chez les détenus qui s'entraînent.

Les détenus impliqués dans le contrôle de la cantine prennent généralement pour cibles les détenus plus vulnérables, moins fortunés ou nouvellement arrivés. Ils leur offrent des denrées, mais en exigeant d'être remboursés jusqu'à six fois leur valeur, dans un délai très court.

Les détenus visés finissent inévitablement par se retrouver avec une dette qui peut atteindre des milliers de dollars et qu'ils sont incapables de rembourser. Ils sont victimes d'extorsion et doivent faire appel à des amis ou des parents à l'extérieur du pénitencier pour que ceux-ci acquittent leur dette. Ces personnes de l'extérieur se retrouvent alors à leur tour prises dans l'engrenage. Des complices des détenus contrebandiers vont parfois même frapper à leur porte pour les forcer à déposer l'argent dans un compte dont ils fournissent le numéro ou à envoyer un mandat-poste à l'un des extorqueurs.

DES « DÉPANNEURS »

D'autres détenus qui ont accumulé d'importantes dettes seront contraints de cacher les réserves de cantine des membres des gangs dans leur propre cellule. Ils deviennent ce que l'on appelle dans le jargon des « dépanneurs ». Les gangs créent ainsi des « cantines parallèles » dont les produits sont offerts à des taux usuraires.

La contrebande serait encore plus importante durant le temps des Fêtes, lorsqu'une cantine supplémentaire est autorisée par les Services correctionnels.

Selon M. Picotte, le contrôle des cantines serait généralisé dans les pénitenciers à sécurité moyenne, où les détenus ont davantage de contacts entre eux que dans les établissements à sécurité maximale, où ils sont plus encadrés. Le phénomène serait moins important dans les établissements à sécurité minimale, où les détenus ne veulent pas compromettre leur libération prochaine.

« L'isolement préventif des suspects est le meilleur outil pour lutter contre les cantines parallèles, mais le gouvernement est en train de nous l'enlever. Il faut que cela soit maintenu », affirme M. Picotte, selon qui il faudrait également davantage de ressources pour effectuer des enquêtes, identifier les coupables et les punir.

« La population de délinquants sous responsabilité fédérale, qui comprend des personnes affiliées à des groupes menaçant la sécurité, est de plus en plus complexe et diversifiée. Les stratégies d'atténuation mises en place reposent sur trois éléments primordiaux, soit l'identification et la vérification, la prévention et l'intervention, et la cessation de l'affiliation », a notamment répondu, dans un long courriel, la nouvelle porte-parole des Services correctionnels, Lise Dumais.

UNE LUTTE À TROIS

L'un des acteurs de la lutte pour le contrôle de la cantine au pénitencier de Cowansville serait Jonathan Klor, l'ancien chef des Diplomats, un défunt gang impliqué dans une guerre sanglante avec un autre groupe dans l'ouest de Montréal au tournant de 2010.

« Vous seriez présentement un sujet d'intérêt pour le département de la sécurité préventive en raison des activités liées à des gangs en établissement. En effet, l'établissement serait actuellement sous tension et pression alors que trois groupes de détenus, incluant le vôtre, seraient impliqués. On rapporte à votre dossier que ces détenus viseraient la prise de contrôle de la cantine et le trafic de stupéfiants en établissement », écrivent les commissaires aux libérations conditionnelles dans une décision rendue le 14 juillet.

Au début de juin, Klor avait obtenu une semi-liberté avec travaux communautaires, mais celle-ci a été annulée avant même de commencer parce que le jeune homme de 29 ans a violé une condition selon laquelle il ne devait pas consommer de stupéfiants.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l'adresse postale de La Presse.




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