Pierrefonds: opération musclée pour arrêter le frère d'un djihadiste

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L'opération policière musclée qui a forcé l'évacuation de 200 résidants à Pierrefonds hier visait l'arrestation du frère cadet d'un djihadiste montréalais très influent, a appris La Presse. Les policiers le soupçonnent d'être derrière la diffusion d'une vidéo menaçante, et même si aucun danger imminent n'a été décelé, l'enquête se poursuit.

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Les policiers qui sont intervenus hier à Pierrefons soupçonnent le frère cadet du djihadiste Sami Elabi d’être derrière la diffusion d’une vidéo menaçante.

Photo David Boily, La Presse

Le déploiement a commencé en pleine nuit. Un citoyen avait signalé à la police une vidée jugée inquiétante, publiée récemment sur l'internet, dont le contenu laissait craindre un lien avec le terrorisme et des explosifs. Avant même le lever du jour, l'adresse IP de l'internaute derrière la vidéo avait été trouvée et a mené à une maison d'un paisible quartier de l'ouest de l'île de Montréal, près du boulevard Gouin et de l'autoroute 13.

Des policiers du SPVM se sont déployés dans la nuit et ont assuré une surveillance des lieux en attendant l'émission d'un mandat de perquisition. Le Groupe tactique d'intervention a été appelé en renfort, avec un camion blindé et plusieurs enquêteurs en civil, dont certains de la GRC.

Les voisins ont été évacués, le train qui passe à proximité a été stoppé, jusqu'à ce que les occupants sortent et que la maison soit passée au peigne fin par les agents, vers l'heure du dîner. «On n'a rien trouvé sur les lieux, il n'y avait aucun explosif et aucun danger, mais il n'y avait pas de chance à prendre», a déclaré le commandant Ian Lafrenière, du SPVM.

Un grand frère connu

Ce que la police n'a pas révélé hier, c'est que cette maison était déjà connue des enquêteurs antiterroristes. C'est celle de la famille de Sami Elabi, un précurseur de la nébuleuse djihadiste québécoise.

Il y a longtemps que ce dernier s'est éloigné de sa famille. Né au Québec en 1988 d'un père d'origine syrienne, il avait quitté la maison très tôt et avait eu des démêlés avec la justice alors qu'il côtoyait le monde des petits revendeurs de drogue. À Pierrefonds, il avait un ami en commun avec Merouane Ghalmi, cet adepte d'arts martiaux qui a accepté l'an dernier de porter un bracelet GPS parce qu'il était soupçonné de penchants terroristes.

Pendant sa période délinquante, Sami Elabi avait été condamné pour voies de fait armées. Puis il a découvert la religion, dont il a développé une interprétation radicale bien différente de celle de son père. En avril 2013, il est arrivé en Syrie, où il a commencé à raconter ses aventures de guerre sur Facebook et Twitter. Il parlait notamment de son groupe, Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et de sa supériorité sur son concurrent, le groupe État islamique.

Selon nos sources, plusieurs jeunes ciblés depuis 2015 dans des dossiers de sécurité nationale au Québec ont été inspirés par l'exemple de Sami Elabi, dont ils suivaient les péripéties.

C'est le cas de l'adolescent de 15 ans reconnu coupable cet automne d'avoir fait un vol à main armée dans un dépanneur pour financer son voyage vers le djihad. Ce dernier avait entretenu une correspondance sur le web avec Sami Elabi et discuté des façons de mener la guerre sainte.

En mai dernier, le père de Sami Elabi avait accordé un bref entretien téléphonique à La Presse. « Ça fait plus d'un an que je n'ai pas de nouvelles de lui. Il avait une page Facebook, mais elle n'existe plus. Il est parti, c'est tout. Je n'ai pas vraiment envie d'avoir une discussion à ce sujet », avait-il dit.

Un père qui est Charlie

Impliqué dans le conseil d'administration de la mosquée locale, le père prêche activement pour la paix et contre le terrorisme sur les réseaux sociaux depuis que son fils est parti. Il a manifesté sa solidarité avec les victimes des attentats de Bruxelles. 

Sa contribution a été jugée positive jusqu'ici par les autorités, selon nos informations. Il n'était pas présent à la maison lors de l'opération policière.

Sa conjointe y était, et a été brièvement interpellée et questionnée. Mais c'est son jeune fils, âgé d'une vingtaine d'années, qui demeure la vraie cible des enquêteurs. Ceux-ci doivent maintenant déterminer avec certitude s'il est bien derrière la vidéo menaçante mise en ligne, et s'il pourrait s'être éloigné de la vision pacifique de son père pour se laisser influencer par celle de son frère djihadiste.

Selon une source proche de l'opération, le jeune homme semblait repentant lorsqu'il a été écroué hier, et très inquiet des nouveaux problèmes qu'il venait de créer à sa famille. À ce sujet, le commandant Lafrenière a quant à lui tenu à lancer un avertissement.

«On sait que des propos ont été tenus sur les médias sociaux. On le rappelle souvent, les propos sur les médias sociaux, ce n'est pas sans conséquence. On a vu l'important déploiement policier. On verra s'il y a des accusations de menaces, ou d'avoir fait craindre un acte», dit-il.

À la mosquée où s'implique le père de la famille Elabi, le directeur Ahmed Erafie a expliqué qu'à sa connaissance, c'était seulement Sami, dans la famille, qui avait semblé conquis par des idées radicales jusqu'ici. «De ce que je sais, il n'y a pas de problème avec le plus jeune fils», a-t-il dit lorsque La Presse l'a rencontré.

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