Le bureau d'un avocat transformé en quartier général du crime organisé

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Me Loris Cavaliere, avocat de la famille Rizzuto, à la sortie de l'église, lors des funérailles de Vito Rizzuto.

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Daniel Renaud
La Presse

Trafic de cocaïne, taxes imposées aux trafiquants, collecte et blanchiment d'argent, actes de violence, règlement de conflits ; tous les sujets de discussion auraient été abordés sans retenue au bureau du criminaliste Loris Cavaliere, arrêté la semaine dernière dans une frappe policière majeure.

C'est ce qu'ont indiqué à La Presse des sources proches de l'enquête Magot-Mastiff par laquelle la police a décapité une alliance formée par la mafia, les Hells Angels et le gang de Gregory Woolley qui aurait dirigé les destinées du crime organisé montréalais depuis la mort du parrain Vito Rizzuto il y a deux ans.

Qualifié de « bouclier juridique » par la police, les locaux du criminaliste, situés sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, auraient constitué un véritable quartier général où les acteurs du crime organisé montréalais établissaient leur agenda et discutaient affaires.

Selon nos informations, le bureau de l'avocat et un commerce voisin, où se seraient également tenues des rencontres entre criminels visés par l'enquête, auraient fait l'objet d'une surveillance par caméras intérieures et extérieures et auraient été écoutés par les enquêteurs durant plus d'un an, jusqu'à la frappe policière. L'appareil cellulaire de l'avocat a également été branché.

Dans certaines conversations auxquelles auraient pris part des personnes liées aux Hells Angels ou à leur club-école des Devils Ghost, il aurait notamment été question d'une mystérieuse liste contenant les noms et les adresses de quelques personnes trouvée chez un proche des motards il y a quelques mois.

Les suspects auraient également discuté des meurtres de membres importants du crime organisé montréalais commis ces dernières années, a-t-on appris.

Un facilitateur

Me Cavaliere est connu comme étant l'avocat du clan Rizzuto depuis des décennies. Lors de leur conférence de presse décrivant la frappe la semaine dernière, les responsables ont utilisé le mot « facilitateur » pour décrire son rôle auprès des principaux suspects arrêtés ou ciblés dans l'enquête Magot-Mastiff.

Des sources ont confié à La Presse que l'avocat aurait prêté son bureau à des criminels pour qu'ils puissent s'y rencontrer et comploter pour commettre certains crimes, que ce soit en son absence ou en sa présence. Il aurait même participé à des discussions impliquant des individus considérés par la police comme des membres de la Table de direction de la mafia, des chefs de clan et des importateurs de cocaïne. L'avocat aurait également conseillé des individus criminalisés et serait intervenu pour régler des différends.

Le criminaliste se serait même vanté, alors qu'il était sur écoute, de pouvoir compter depuis plusieurs années sur une taupe au sein des forces de police. Mais vérification faite auprès de la Sûreté du Québec, rien durant l'enquête Magot n'est venu appuyer les dires de l'avocat, au contraire.

Me Cavaliere est toujours détenu et son enquête sur remise en liberté a été fixée à la semaine prochaine, pour la forme. Il est accusé de gangstérisme et de complot pour trafic de stupéfiants. Mercredi, la résidence de l'une de ses proches a été perquisitionnée et les avocats des principaux suspects ont annoncé qu'ils attendaient la divulgation d'une nouvelle preuve avant de décider s'ils renonceront ou non à l'enquête sur remise en liberté de leurs clients. La Couronne pourrait également libérer l'avocat sous conditions. On peut penser que l'une de celles-ci pourrait être de ne plus pratiquer le droit d'ici à la fin des procédures.

L'enquête Magot

Lancée en janvier 2013, elle visait d'abord le chef de gang Gregory Woolley avant d'englober le parrain Vito Rizzuto et ceux qui lui ont succédé après sa mort en décembre 2013. L'enquête a pris fin la semaine dernière notamment par l'arrestation de Loris Cavaliere, Leonardo Rizzuto et Stefano Sollecito, considérés par la police comme les deux nouveaux chefs de la mafia montréalaise, et de Gregory Woolley et ses deux lieutenants, Dany Sprinces Cadet et Jean Winsing Barthelus.

L'enquête Mastiff

Amorcée en 2014, elle visait une cellule de trafic de cocaïne dans le secteur d'Hochelaga-Maisonneuve dont les responsables auraient versé des redevances aux Hells Angels, à Maurice Boucher et au gang de Gregory Woolley. Avec cette enquête, les policiers cherchaient surtout à connaître la route de l'argent provenant de la vente de drogue et ils ont pu compter sur un agent civil d'infiltration très bien placé dans l'entourage du chef de la cellule de trafic de stupéfiants. Après quelques mois, Mastiff a fusionné avec le projet Magot car plusieurs individus étaient ciblés dans les deux enquêtes.

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