Jeffrey Colegrove ou l'art de la dissimulation

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Jeffrey Colegrove, lieutenant de la mafia irlandaise, avait érigé un véritable quartier général sécurisé au 204 rue Thornhill, à Dollard-des-Ormeaux.

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Daniel Renaud
La Presse

Multiplication de fausses identités, utilisation d'un prête-nom, maison louée en argent avec un bail incomplet ; le moins que l'on puisse dire, c'est qu'un lieutenant de la mafia irlandaise spécialiste de la liberté illégale, arrêté à la fin de l'hiver à Montréal, était passé maître dans l'art de se cacher, selon ce que La Presse a pu constater lors de l'enquête sur mise en liberté, véritable incursion dans les pratiques d'organisations clandestines d'envergure.

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Jeffrey Colegrove, lieutenant de la mafia irlandaise

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L'accusé, Jeffrey Colegrove, 49 ans, a été arrêté à l'issue d'une courte enquête visant un réseau de trafic de stupéfiants le 24 février dernier. Il sortait d'une maison de la rue Thornhill, à Dollard-des-Ormeaux, véritable quartier général sécurisé. Il est accusé de trafic de stupéfiants et de possession d'armes.

L'homme est surtout connu ici pour avoir été, selon la police des États-Unis, le patron d'une trafiquante de drogue et fugitive américaine, Elizabeth Barrer, assassinée dans la plus pure tradition du crime organisé à Montréal en 2014.

Seul son coiffeur le sait

Colegrove a été arrêté en sortant d'une maison que la police croit être une cache de drogue. Selon l'enquête, la résidence appartient à un Ontarien qui a tenté de la vendre, sans succès, et qui a confié à son beau-frère, un coiffeur de Montréal, le mandat de lui trouver un locataire.

C'est un homme, client du coiffeur et connaissance de Colegrove, qui aurait loué la maison sous une fausse identité, avec un bail à la limite de la légalité, en versant 1000 $ en argent dans une boîte aux lettres chaque mois, selon ce qu'un agent enquêteur du SPVM, Derek Lapointe, a raconté lors de l'audience.

Lors de la perquisition, les policiers ont aussi remarqué dans l'entrée de la résidence une camionnette F-150. Le véhicule est au nom d'un homme qui n'aurait rien à voir avec le réseau et qui aurait agi comme prête-nom. Rencontré par les policiers, l'homme a dit avoir reçu une somme d'argent pour se présenter chez un concessionnaire et signer le contrat. Il a ajouté que le véhicule n'est pas à lui et qu'il ne l'a jamais utilisé.

L'homme aux mille noms

Durant les années 80, Colegrove a omis à quelques reprises de se présenter au tribunal. Il a été en liberté illégale ininterrompue de 2003 à 2009. Un jour, il avait même appelé son agent de probation pour lui dire qu'il n'avait aucune intention de retourner dans son institution.

« Le sujet a l'habitude d'utiliser de fausses pièces d'identité pour déjouer les forces policières », a lu le témoin en cour, citant un document des services correctionnels datant d'octobre 2014.

Lors des perquisitions de février, les enquêteurs ont retrouvé de faux permis de conduire de l'Ontario et du Québec, des certificats de citoyenneté canadienne et de fausses cartes d'assurance sociale ou d'assurance maladie affichant la photo de Colegrove, mais les faux noms de Dylan Ross et John Scott. Le témoin a raconté que Colegrove utilisait également l'identité de Jeremy Joseph Hull.

Fait à noter, lorsque les policiers ont poussé leur enquête avec le faux nom de John Scott et une adresse en Ontario, ils ont réellement obtenu une réponse.

Selon le témoin Lapointe, des policiers de Mont-Tremblant, qui avaient intercepté Colegrove, ont même été bernés par cette fausse identité.

« Cela démontre toute la sophistication des pièces d'identité trouvées », a décrit l'agent enquêteur Derek Lapointe.

En janvier 2014, un mois avant son arrestation, les policiers de l'escouade Éclipse ont interpellé Colegrove dans un bar du Vieux-Montréal. Le suspect, qui a décliné l'identité de John Scott, était attablé avec d'autres personnes. Les policiers ont remarqué dans le bar la présence de Jean-Philippe Célestin, un chef de gang autrefois très présent dans le centre-ville est actuellement détenu en attendant de subir un procès pour gangstérisme et trafic de stupéfiants.

Les policiers d'Éclipse ont eu une information voulant que l'un des individus accompagnant Colegrove aurait été armé ce soir-là.

La juge Myriam Lachance de la Cour du Québec a refusé de mettre en liberté Colegrove qui reviendra en cour à la fin juin.

Jeffrey Colegrove en bref

  • Lié à la mafia irlandaise, selon la police
  • Antécédents criminels remontant à 1985.
  • Condamné à 10 ans de pénitencier en 1997 pour possession d'arme, trafic de drogue et exportation et importation de drogue.
  • Soupçonné par la police du New Hampshire d'avoir été le patron d'un réseau d'exportateurs de marijuana impliquant également Mihale Leventis. Ce dernier avait été arrêté en novembre 2012 dans l'opération Loquace visant un consortium qui voulait le monopole de la distribution de cocaïne au Canada.

Les secrets de la maison de la rue Thornhill

Véritable arsenal

Trois pistolets ont été trouvés dans la chambre à coucher principale dont un Glock 9 mm muni d'un chargeur de 31 balles caché sous l'oreiller du lit. Les deux autres, un Glock 45 mm et un Kahr 9 mm se trouvaient dans le premier tiroir de la table de chevet. Fait à noter, une lampe de poche était fixée au Glock 9 mm, de façon à pouvoir tirer dans l'obscurité, a dit le policier Lapointe. Deux des armes avaient un numéro de série oblitéré. Le témoin a aussi fait remarquer qu'un chargeur de 31 balles contient deux fois plus de munitions que ceux des patrouilleurs du SPVM et qu'en raison de sa petite taille, un Glock 45 mm est facile à dissimuler, et sert habituellement aux policiers en civil ou affectés à la filature.

Équipement dernier cri

Des lunettes d'approche longue distance ont également été découvertes, dont une munie d'un laser pour marquer la cible. «La qualité des lunettes trouvées ressemble et même parfois dépasse la qualité des équipements utilisés par notre groupe d'intervention tactique», a déclaré l'agent-enquêteur Lapointe. Trois vestes pare-balles, dont une comportant une plaque de céramique au niveau de la poitrine, ont aussi été saisies par les policiers.

Téléphones caméléons

Pas moins de six téléphones cellulaires, cinq dans la maison et un sur la personne de Colegrove, ont été saisis lors des perquisitions. Des morceaux de rubans adhésifs avec différentes lettres telles TO ou NY étaient collés sur les téléphones trouvés dans la résidence. Selon le témoin, ces abréviations signifient Toronto et New York, ce qui indiquerait que l'utilisateur de ces téléphones devait s'en servir lorsqu'il se déplaçait dans ces régions.

Le parfait espion

Le locataire avait tout pour espionner et ne pas être espionné. Sur place, les policiers ont découvert trois GPS dans des boîtes aimantées, des brouilleurs d'ondes, des walkies-talkies, un balayeur d'ondes pour écouter la police et un neutralisateur de téléphones et de fax. Il y avait également un système de vidéo de surveillance comprenant trois écrans digitaux installés dans le salon. Ce système était notamment relié à une mini caméra dissimulée dans une anfractuosité de l'un des arbres du terrain qui pointait vers la porte d'entrée de la résidence.

Cacher son identité

Des cagoules et des gants, «des objets qui évitent d'être identifiés», a souligné le témoin Lapointe, ont été trouvés par les policiers dans la pièce débarras de la maison. Les limiers ont également mis la main sur d'autres équipements peu rassurants: une masse, des tenailles, des bidons d'essence et du ruban adhésif toilé.

Présence de drogue

Dans la maison, les enquêteurs ont découvert 1 kg de cocaïne, 600 g de cannabis, du crack et un produit servant à la coupe. Ils ont aussi saisi une machine à compter l'argent, une conditionneuse sous vide pour retirer l'air des produits et les emballer, une scelleuse et des sacs de hockey neufs pouvant servir à transporter de la drogue et de l'argent. Les policiers ont d'ailleurs trouvé 88 000$ dans un sac semblable. Ils ont enfin mis la main sur un cahier de comptabilité qui laisse croire au témoin Lapointe que le kilo de cocaïne valait 69 000$ sur le marché au moment de l'arrestation de Colegrove en février 2015, ce qui est un prix élevé.

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