Le chef de gang Célestin contrôlait le centre-ville

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Jean Philippe Célestin

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Daniel Renaud
La Presse

Quartier général établi dans une chambre d'hôtel, bar du Plateau transformé en bureau, ensachage de drogue dans les toilettes d'un restaurant, commandes par téléphone, équipe de bras pour régler les problèmes: le réseau de vente de stupéfiants présumément dirigé par le chef de gang Jean Philippe Célestin était visiblement bien ancré dans le centre-ville de Montréal.

C'est du moins ce qui ressort du témoignage cette semaine d'un enquêteur de la police de Montréal lors de l'enquête sur la mise en liberté conditionnelle de quatre coaccusés de Célestin.

1,2 million par an

Ces accusés ont été arrêtés avec Célestin lors d'une frappe baptisée Novas menée par les enquêteurs des stupéfiants de la région nord du SPVM en mars.

Le groupe, identifié au gang des K-Crew, contrôlait la vente de drogue dans le quadrilatère Bleury-Sherbrooke-Amherst et de la Commune. Il vendait la cocaïne au quart de gramme, 20$ l'unité, et aurait eu un chiffre d'affaires de plus de 1,2 million par année, selon la police.

«C'était la ligne principale de vente de cocaïne pour le centre-ville de Montréal», a dit l'agent enquêteur Sébastien Létourneau.

L'organisation était sur le point d'ouvrir une autre route de drogue sur Saint-Denis lorsque la police a effectué les arrestations.

L'enquête Novas a débuté lorsque les policiers ont reçu une information voulant qu'il y ait vente d'héroïne dans un logement de la rue Saint-Dominique.

En filature, ils ont vu Jean Philippe Célestin se rendre à cet endroit. Ils ont installé caméras et micro à l'intérieur et à l'extérieur du logement, ce qui leur a notamment permis de confirmer qu'on vendait de l'héroïne à cet endroit. Même le voisin de palier, également coaccusé dans cette affaire, aurait parfois donné un petit coup de main.

Commandes téléphoniques

Les clients qui voulaient se procurer une dose de cocaïne communiquaient avec le réseau à l'aide de deux numéros de téléphone.

Ce qui peut paraître étonnant, c'est que l'un de ces deux numéros, qui servait à transférer les appels des clients, avait déjà été ciblé par les enquêteurs des stupéfiants de la région sud du SPVM dans le cadre d'une enquête baptisée Soirée qui s'est déroulée au début de 2014.

«Le numéro de téléphone qui commençait par 501 était le numéro de l'organisation et tous les clients du centre-ville le connaissent très bien. Cela a une valeur monétaire quand tous les clients connaissent le numéro de téléphone et lui sont fidèles. Surtout que dans le quartier, ils n'avaient pas le choix d'aller chercher leur cocaïne via ce numéro-là», a témoigné le policier Sébastien Létourneau.

Selon l'enquête, Jean Philippe Célestin et ses présumés complices se rencontraient toujours au bar Vol de nuit, situé rue Prince-Arthur, qu'ils surnommaient le «bureau». Ils s'y rendaient pour discuter des opérations de leur réseau baptisé «la compagnie».

L'enquêteur Létourneau dit que les policiers auraient voulu savoir ce qui se passait à l'intérieur lors de ces réunions, mais que ce fût impossible.

«Les policiers n'y sont pas entrés, car M. Célestin connaît pour la plupart tous les membres de mon escouade. J'ai eu l'information qu'ils utilisaient un local retiré et un peu caché de tous. La surveillance physique était impossible à faire à cet endroit. M. Célestin vient de ce quartier, c'est son secteur à lui, où il est très difficile à suivre», a-t-il témoigné.

Le quartier général

Les policiers ont découvert que l'organisation louait quotidiennement une chambre de l'hôtel Holiday Inn du boulevard René-Lévesque, devenue leur quartier général.

Deux lieutenants du réseau y vivaient, y recevaient les commandes, entreposaient, coupaient et ensachaient la cocaïne.

«Ils n'avaient pas d'autre domicile. Les gars se relayaient. La run roulait 24 heures, les gars dormaient un petit peu. Mais le 1er du mois, ils ne dormaient pas. Un moment donné, ils ont même manqué de cocaïne pour vendre sur la rue. Deux semaines avant le ratissage, ils ont déménagé dans un nouveau logement sur De la Gauchetière Ouest», a décrit le policier.

Sur l'écoute, un des coaccusés a dit que l'hôtel coûtait 60 000$ par année à l'organisation.

Les suspects se rendaient souvent au restaurant St-Hubert situé rue Sainte-Catherine. L'écoute électronique et la filature ont révélé qu'ils y ensachaient de la cocaïne dans les toilettes de l'établissement, a dit le témoin policier.

En cours d'enquête, la police a identifié un logement de la rue Clark comme étant la cache de drogue de l'organisation, où les lieutenants se rendaient pour récupérer les stupéfiants et réapprovisionner les vendeurs une fois que ceux-ci étaient à sec.

Le logement était occupé par un présumé complice déjà accusé dans un autre dossier et assigné à cette adresse 24 heures sur 24.

L'équipe de sécurité

L'organisation pouvait compter sur «une équipe de sécurité» pour régler les problèmes.

En septembre 2013, des policiers ont intercepté un coaccusé après avoir reçu un appel pour une affaire de menace au couteau dans le parc Émilie-Gamelin. Le suspect n'a toutefois pas été accusé.

«Plusieurs fois, un des coaccusés a expliqué à ses vendeurs sur les lignes qu'il n'est pas censé avoir d'autres personnes qui vendent sur son territoire, que ce sont ses clients, qu'ils lui sont fidèles, que ça fait plusieurs fois qu'il change de téléphone et que les clients les suivent. Il dit: «Si jamais tu as des problèmes à vendre sur la rue, tu dis que tu travailles pour JP ou pour Mouton.» Donc ils étaient bien implantés au centre-ville, ils avaient le contrôle de ce quartier-là», a dit Létourneau.

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