Gangster à 80 ans

Gérald O'Reilly... (Photo François Roy, archives La Presse)

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Gérald O'Reilly

Photo François Roy, archives La Presse

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Avec à sa tête Gérald et Félicitas O'Reilly - un couple d'un âge vénérable qui écoulait ses vieux jours dans une résidence cossue de Beaconsfield -, le clan O'Reilly ne correspond pas à l'idée qu'on se fait d'une organisation criminelle, mais elle en est bel et bien une au sens de la loi.

C'est ce que la juge de la Cour du Québec Louise Bourdeau a établi hier, en déclarant Gérald O'Reilly, 80 ans, coupable de fraude, de gangstérisme, de complot et de recyclage de produits de la criminalité. Sa femme Félicitas, aussi accusée dans cette affaire, est morte l'an dernier à l'âge de 76 ans. Leur complice, David-Alexander Phillips, a été reconnu coupable des mêmes crimes.

Le clan O'Reilly est spécialisé dans la contrebande de tabac entre le Québec et la Nouvelle-Écosse. Selon la poursuite, il a écoulé pour 21 millions de cigarettes de contrebande, qui transitaient par des réserves autochtones, durant les 18 mois qu'a duré l'enquête.

Le clan a ainsi privé l'État de 6 millions en revenus fiscaux. Il possédait notamment un énorme camion réfrigéré, dans lequel les caisses de cigarettes étaient dissimulées à travers de la viande congelée afin de masquer l'odeur caractéristique du tabac en cas de contrôle routier.

Autre stratagème astucieux: les liasses d'argent comptant destinées au paiement des cigarettes étaient dissimulées dans des boîtes de savon Mirasoap envoyées de Nouvelle-Écosse par la poste au couple de Beaconsfield. Une partie des profits était ensuite blanchie dans des guichets automatiques d'une autre entreprise liée au couple O'Reilly.

Une organisation étendue

Gérald O'Reilly et David-Alexander Philips ont des liens d'affaires dans le domaine de l'amusement, de l'achat et de la vente de cigarettes alors qu'ils ne détiennent pas de permis valides pour le faire, a retenu la juge. Dans une conversation interceptée entre les deux hommes, O'Reilly parle d'un «très bon système» (a very nice system) où «tout le monde sait ce qu'il a à faire» (everybody knows what they have to do).

Leurs fournisseurs sont Matthew Lazare, Morris Bonspille et Peter Martin, secondés par Peter-James Martin et Serge Perron. Ces derniers, sauf M. Perron, ont plaidé coupable plus tôt dans le processus judiciaire. Hier, Perron a été reconnu coupable de complot et de fraude. Deux derniers coaccusés, Louis Moreau et Pierre Morel, ont été reconnus coupables de fraude.

Au total, 13 personnes ont été inculpées au terme du projet «Conquête», à la suite des révélations d'un agent civil d'infiltration employé de l'une des entreprises des O'Reilly, Alouette Canada. Les policiers ont fait preuve d'originalité dans leur enquête. Ils ont notamment intercepté des boîtes de savon pour numériser les billets, puis ils les ont remis dans les boîtes pour les laisser arriver à destination. C'est là qu'ils ont découvert que l'argent était ensuite blanchi dans les guichets automatiques de l'une des entreprises liées au puissant couple.

L'acte d'accusation couvre la période de 2006 à 2008, mais la juge Bourdeau soupçonne le clan de se livrer à des activités illégales depuis plus longtemps.

«Il y a une interaction et une interrelation entre les individus qui est loin d'être momentanée ou passagère; d'ailleurs, il est clair que l'organisation dure depuis un certain temps lorsqu'en novembre 2007, M. Lazare se plaint du retard dans ses paiements, et ce, depuis deux ans», retient la juge.

Lors du procès, la défense a contesté l'accusation de gangstérisme. La loi définit une organisation criminelle comme un groupe composé d'au moins trois personnes dont une des activités principales est de commettre ou de faciliter une infraction grave qui lui procure un avantage matériel, notamment financier. Or, la défense soutenait que Mme O'Reilly ne faisait qu'exécuter les instructions de son conjoint, alors que Lazare n'était qu'un fournisseur. Il ne restait donc plus que deux personnes - MM. O'Reilly et Phillips - dans la supposée organisation, toujours selon la défense.

La juge Bourdeau a rejeté les arguments de la défense. Mme O'Reilly n'était pas une simple exécutante: elle faisait notamment la comptabilité du clan. Quant à Lazare, il s'est reconnu coupable d'une accusation de gangstérisme. Les accusés reviennent en cour le 10 avril pour les plaidoiries sur la peine à imposer.




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