Insultes racistes: un policier épinglé en déontologie

Lors d'une interpellation, Walid Benaouda a été qualifié... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Lors d'une interpellation, Walid Benaouda a été qualifié d'«estie d'Arabe» par le policier Martin Guénette, qui s'est aussi moqué de l'accent maghrébin.

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Un policier de la Sûreté du Québec (SQ) dont les insultes racistes envers un Québécois d'origine algérienne ont été enregistrées a tenu des propos «indignes de la fonction policière», vient de trancher le Comité de déontologie policière.

Martin Guénette avait interpellé Walid Benaouda en le qualifiant d'«estie d'Arabe» avant de se moquer de son accent.

La scène s'est déroulée juste après que l'agent Guénette eut mis le jeune homme en état d'arrestation, dans la foulée d'une confrontation entre un automobiliste et lui, à l'été 2014.

Walid Benaouda se trouvait sur le siège arrière de l'autopatrouille au moment où le policier s'en est pris à lui.

«Toi, tu viens d'ailleurs, et là, t'es cool en crisse. Tu connais TVA et tout va bien», a continué l'agent Guénette, sur le ton de la moquerie, en tentant d'imiter un accent maghrébin, selon un enregistrement révélé à l'époque par La Presse. Le policier a ajouté, en prenant son rôle: «J'ai 25 ans et j'ai un avocat de la mafia. Je suis la pègre, y a cool.»

Pendant ce temps, M. Benaouda niait avoir posé les gestes reprochés et contestait le comportement du policier.

«Un langage injurieux»

Dans une décision datée du 14 septembre mais rendue publique mardi, le Comité de déontologie policière relève que Martin Guénette a reconnu avoir utilisé «un langage blasphématoire ou injurieux» et avoir tenu «des propos injurieux fondés sur la race» envers Walid Benaouda.

«Dans le contexte multiculturel d'aujourd'hui, le policier doit être un acteur favorisant le rapprochement et non la discorde, a écrit le Comité. Le comportement de l'agent Guénette a plutôt favorisé la discorde.»

Par ailleurs, M. Guénette s'est défendu avec succès face à d'autres accusations déontologiques: le Commissaire à la déontologie policière lui reprochait d'avoir «utilisé une force plus grande» que nécessaire, ainsi que d'avoir détenu Walid Benaouda sans droit et d'avoir fait remorquer sa motocyclette.

En levant les yeux, le policier a pu croire que le jeune homme venait d'agresser physiquement l'automobiliste avec lequel il était en conflit, conclut Me Pierre Drouin, qui présidait le Comité de déontologie. Dans ce contexte, «il n'était pas abusif pour l'agent Guénette de prendre la décision de menotter M. Benaouda au sol», a-t-il écrit.

Finalement, l'automobiliste refusera de porter plainte, «n'ayant pas été frappé».

«Ça m'a vraiment choqué»

Joint au téléphone, Walid Benaouda s'est dit relativement satisfait de la tournure des évènements.

Sur le coup, «ça m'a vraiment choqué», a-t-il dit. «Je n'aurais jamais cru que j'allais entendre ça d'un policier.»

Quant à la sentence qui lui sera imposée, «ce n'est pas moi qui donne les conséquences», a dit le jeune homme. «J'espère juste qu'il apprenne sa leçon. Je ne veux pas qu'il lui arrive quoi que ce soit, je veux juste qu'il ait une petite sentence qui va faire en sorte qu'il ne va plus jamais recommencer.»

Me André Fiset, qui représente Martin Guénette, n'a pas rappelé La Presse ni répondu à son courriel.

«L'agent Guénette se dit profondément déçu d'avoir perdu patience et il admet que tenir les propos qu'il a tenus n'est pas digne d'un policier», relate tout de même la décision de Me Drouin. Il a ajouté avoir perdu son «sang-froid» en raison des dénégations de Walid Benaouda.

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