Une chasse à l'homme planétaire

De nouvelles images de caméras de surveillance montrent... (Photo: AP)

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De nouvelles images de caméras de surveillance montrent Luka Rocco Magnotta à l'aéroport de Montréal avant son départ, vêtu d'un t-shirt à l'effigie de Mickey Mouse.

Photo: AP

 

Vincent Larouche et Marc Thibodeau
La Presse

Lancés dans une traque «sans précédent» pour arrêter le fugitif Luka Rocco Magnotta, les policiers constatent de plus en plus à quel point le «dépeceur de Montréal» semble laisser des traces un peu partout depuis son crime.

Des deux côtés de l'Atlantique, les forces policières ont passé le week-end à pourchasser l'ancien acteur porno, soupçonné d'avoir filmé la mise à mort et les outrages au cadavre d'un étudiant chinois de Montréal, avant d'envoyer des restes humains à des partis politiques et de s'envoler vers l'Europe.

«C'est une chasse à l'homme sans précédent pour nous. C'est à la grandeur de la planète», a confié dimanche le commandant Ian Lafrenière, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

M. Lafrenière confirme que Magnotta était bel et bien en France le vendredi 1er juin. De nouvelles images de caméras de surveillance le montrent à l'aéroport de Montréal avant son départ, vêtu d'un t-shirt à l'effigie de Mickey Mouse. Ensuite? Rien n'est certain. Il pourrait avoir changé de pays. Le SPVM a inspecté au moins un vol qui revenait de Paris, croyant que Magnotta pouvait s'y trouver. Mais les yeux sont surtout tournés vers la région parisienne.

Selon les quotidiens Le Parisien et Le Figaro, la police française aurait notamment confirmé sa présence au pays en traçant son téléphone cellulaire, qui aurait activé plusieurs bornes relais. Des vérifications effectuées dans un hôtel de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, au nord-est de Paris, auraient permis de trouver des effets personnels appartenant présumément au suspect - incluant des revues pornographiques et des sacs vomitoires provenant de la compagnie aérienne avec laquelle il a voyagé pour fuir le Québec. Selon le journal 20 minutes, Magnotta est peut-être parti pour Berlin en autobus à partir d'une gare routière voisine de l'hôtel de Bagnolet.

Analyse d'une bouteille

Plusieurs vérifications ont parallèlement été menées dans la rue de Batignolles, une paisible artère résidentielle et commerciale du 17e arrondissement de Paris.

Le tenancier du bistrot Le Petit Batignolles a notamment affirmé que Magnotta s'était présenté dans son établissement jeudi. Selon son témoignage, il aurait consommé un Coca-Cola avant de repartir en compagnie d'un autre individu. Les enquêteurs ont saisi des bouteilles afin de réaliser des tests d'ADN. Le bistrot était fermé lors du passage de La Presse, mais Sbiybi El-Bachir, qui gère des studios dans un immeuble voisin, a affirmé que le tenancier n'était pas tout à fait certain d'avoir reconnu le Canadien.

«Je lui ai demandé s'il était vraiment, vraiment sûr et il a dit: "Euh... oui." Moi, je doute que c'était le tueur», a déclaré M. El-Bachir à La Presse.

La police a aussi visité, au cours des derniers jours, plusieurs hôtels de la rue. Selon Harold, réceptionniste à l'hôtel des Batignolles, ils agissaient sur la base d'un signalement fait par un employé d'un autre hôtel, qui «croyait» avoir reconnu le fugitif.

«Je suis certain qu'il n'a jamais mis les pieds dans un hôtel de la rue», a indiqué le jeune homme, qui a passé quatre heures avec les enquêteurs de la police judiciaire.

8000 à 10 000 signalements

«Ils ont reçu entre 8000 et 10 000 signalements depuis que l'affaire est sortie. Ils explorent toutes sortes de pistes», dit-il.

«Les gens sont prêts à dire n'importe quoi pour exister», ajoute le réceptionniste, qui affirme avoir appris que 2000 policiers en civil étaient déployés pour traquer Magnotta.

Certains résidants de l'arrondissement se montrent néanmoins inquiets. «C'est horrible, c'est affreux de savoir qu'un meurtrier qui tue les gens de manière aussi terrible peut se trouver près de nous. Je ne me sens pas en sécurité», a dit ce matin Nassima Oukhmamou.

La jeune mère de 31 ans, qui promenait un jeune enfant dans une poussette, a bon espoir que le fugitif sera bientôt sous les verrous. «Je sais que les autorités françaises ne lâchent pas. Vous allez voir», a-t-elle déclaré.

Pendant ce temps, à Montréal, les policiers ont reçu plus de 360 renseignements du public à vérifier concernant le fugitif.

«C'est énorme, les gens veulent vraiment aider», observe le commandant Lafrenière, qui incite toute personne à se manifester si elle croit savoir quelque chose d'utile.

Ironiquement, les enquêteurs remarquent toutefois que c'est le tueur lui-même qui a le plus aidé leurs recherches, en laissant une multitude de traces derrière lui.

Dès la découverte d'un torse humain abandonné dans une valise derrière un immeuble du quartier Côte-des-Neiges, les policiers ont visionné les images d'une caméra de surveillance de l'immeuble.

Selon nos sources, ils y ont vu Magnotta et sa victime, Jun Lin, entrer dans l'immeuble. Ils ont aussi vu Magnotta sortir, sans se cacher, en traînant la lourde valise.

Dans son logement, ils ont découvert qu'absolument rien n'avait été mis en place pour camoufler le meurtre. Des personnes qui ont eu accès à la scène ont décrit longuement à La Presse l'état épouvantable des lieux, qui n'avaient pas été nettoyés.

Les enquêteurs ont aussi saisi sur place des documents indiquant que le suspect était parti en France. Peu après, ils mettaient la main sur la fameuse vidéo montrant le crime.

«Il semble dérangé. C'est une personne très particulière. Je ne qualifierais pas ça d'intelligent quand il dévoile son crime et toutes ses identités sur le web. Le but de se déguiser, normalement, c'est de ne pas être reconnu», souligne Ian Lafrenière.

***

Chronologie

Juillet 2011 Arrivée au Canada de la victime, Jun Lin, 33 ans, pour des études à l'Université Concordia.

24 mai Dernière conversation de Jun Lin avec un proche.

Nuit du 24 au 25 mai Meurtre de Jun Lin dans le logement qu'occupait le suspect, Luka Rocco Magnotta, dans l'arrondissement de Côte-des-Neiges.

25 ou 26 mai Une vidéo du meurtre et du démembrement de Jun Lin, présumément tournée par le suspect, est mise en ligne sur l'internet.

26 mai Départ du suspect pour la France. Des caméras de surveillance indiquent sa présence à l'aéroport Montréal-Trudeau.

29 mai La disparition de Jun Lin est rapportée; un torse, placé dans une valise, est découvert dans un conteneur à déchets; le Parti conservateur reçoit un des pieds de la victime par la poste; un colis contenant une main et destiné au Parti libéral du Canada est intercepté par Postes Canada.

31 mai Un mandat d'arrestation international est lancé à l'endroit de Luka Rocco Magnotta.

2 juin Des effets personnels de Luka Rocco Magnotta sont retrouvés dans un hôtel de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, en banlieue de Paris.

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