Site d'injection supervisée près d'une école: des parents inquiets

L'organisme Spectre de rue doit ouvrir un service d'injection... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'organisme Spectre de rue doit ouvrir un service d'injection supervisée (SIS) le 15 octobre.

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À quelques jours de l'ouverture du service d'injection supervisée (SIS) Spectre de rue, rue Ontario, des parents d'élèves de l'école Marguerite-Bourgeoys, qui se trouve à 200 m du centre, planifient un dernier coup d'éclat afin de forcer les porteurs du projet à tenir compte de leur proposition d'ouvrir le centre de 9h30 à 14h30.

Les parents impliqués dans cette cause organisent aujourd'hui une conférence de presse à laquelle prendront part leur avocat, Julius Grey, ainsi que le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d'éducation, Jean-François Roberge. Ils y annonceront les prochaines étapes qu'ils prendront pour faire entendre leurs revendications.

Christelle Perrine, dont les trois enfants fréquentent l'école Marguerite-Bourgeoys et qui est présidente du conseil d'établissement, fait partie des parents qui déplorent l'ouverture d'un centre d'injection directement dans un corridor scolaire fréquenté par plus de 300 élèves par jour. Selon le plan actuel, le SIS, dont l'ouverture est prévue le 15 octobre, offrira ses services de 8h30 à 18h en semaine et de 10h à 16h le week-end. Il sera le seul ouvert de jour à Montréal.

«Le site Dopamine s'ouvre de nuit. Le site Cactus a déménagé le projet à trois coins de rue plus loin afin que le centre d'injection supervisée se trouve dans une rue où il y a très peu de passants», a indiqué Mme Perrine. Elle assure toutefois ne pas demander l'abandon du projet d'ouverture du centre. 

«On n'est pas opposés. On dénonce plutôt un site d'injection basé sur un protocole biaisé. On s'attend donc à une sorte d'accommodement.»

Toutefois, les « accommodements » attendus tardent à arriver. Mme Perrine affirme que l'avocat du groupe de parents opposés a écrit aux trois ordres de gouvernement, sans succès. «On a attendu longtemps avant de recevoir des accusés de réception. C'est vraiment un dialogue de sourds. Nos propositions sont complètement ignorées.» Elle indique que le groupe n'exclut pas une poursuite judiciaire pour contraindre les responsables du projet à dialoguer avec les parents.

Appui de la CSDM

Dans ce bras de fer avec les porteurs du projet, les parents opposés à l'ouverture de jour du centre d'injection ont l'appui de la Commission scolaire de Montréal (CSDM). En entrevue à La Presse, la commissaire Stéphanie Bellenger-Heng indique «avoir demandé à la Direction de santé publique (DSP) qu'il y ait des balises claires en termes de sécurité et des consultations en amont pour s'entendre avec les populations locales».

Aujourd'hui, Mme Bellenger-Heng propose que le centre d'injection supervisée soit ouvert de 9h30 à 14h30. Cette période exclut celles où les élèves circulent le plus souvent à pied dans le quartier. 

«On tente de sécuriser les déplacements. On demande simplement que les heures d'ouverture ne coïncident pas avec les heures d'école parce que quand quelqu'un est agressif et agité, le petit jeune qui se trouve dans son corridor scolaire n'est pas protégé.»

Mme Bellenger-Heng invite les responsables du projet à accepter de rediscuter des horaires. Si elle reconnaît que l'ouverture du centre d'injection est un «beau projet de santé publique», elle dit vouloir un projet «élaboré de façon concertée». «Le danger pour les enfants est palpable. D'ailleurs, on sent déjà la présence de vendeurs de drogue. Il est nécessaire que le projet prenne en compte la population locale et les besoins du quartier.»

Bénéfique pour la communauté, soutient le CIUSS

Le CIUSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal affirme qu'il n'est pas question de modifier les heures d'ouverture du centre d'injection Spectre de rue, ni de repousser sa date d'ouverture. «Ces organismes sont présents dans le quartier depuis plus de 20 ans. Ce n'est rien de nouveau. On veut que le centre soit ouvert aux heures où sa clientèle est habituée de fréquenter l'organisme», a déclaré à La Presse la Dre Carole Morissette, médecin-conseil à la DSP.

La Dre Morissette affirme que l'ouverture du centre d'injection devrait être bénéfique pour la communauté. «Actuellement, les gens se procurent leurs seringues et vont s'injecter chez eux ou dans la rue.» 

«La présence d'une infirmière va permettre aux personnes de s'injecter à l'intérieur du site d'injection, au lieu de s'injecter dans le parc avoisinant.»

Aux accusations d'absence de consultations des parents, la Dre Morissette affirme avoir rencontré le milieu scolaire à trois reprises. «On les a conviés à des comités de bon voisinage. Le point de vue a été très diversifié.» Interrogée sur les horaires et les dates des rencontres, très critiqués par certains parents - des réunions ont eu lieu en août, soit en pleine période de vacances, et à 13h, soit pendant les heures de travail -, la Dre Morissette indique que «certains parents ont été présents et qu'elle a l'espoir que les parents vont venir aux prochaines rencontres pour avoir des mesures».

D'autres centres se sont ajustés

Les deux autres centres d'injection supervisée à Montréal ont, dans le passé, dû faire face à des détracteurs. L'UQAM s'était ouvertement opposée à l'ouverture du centre d'injection CACTUS au local principal de l'organisme, situé rue Sainte-Catherine. L'université avait évoqué une «incompatibilité» du centre d'injection avec sa mission et ses valeurs. Le centre a été plus tard déplacé à un autre local, rue Berger, quelques coins de rue plus loin. Dans un document publié sur le site web de la Ville de Montréal en juin dernier et désormais retiré, les porteurs du projet avancent que «le CCSMTL s'est aperçu qu'il ne serait pas possible de modifier l'aménagement dans les locaux actuels de CACTUS pour répondre à une augmentation de la demande, notamment pour des raisons de sécurité».

La directrice de CACTUS, Sandhia Vadlamudy, a affirmé à La Presse que «l'organisme a ajusté son mode de fonctionnement pour diminuer les nuisances liées à la présence du site d'injection». 

«Les résidants ont démontré une grande ouverture d'esprit qui nous a permis de nous ajuster mutuellement. Si on identifie un problème, on travaille ensemble.»

Quant au centre Dopamine, il est ouvert de 20h à 1h, «hors des heures d'ouverture des écoles et des garderies avoisinantes», lit-on dans le document de la Ville.

Pourtant, bien que ce même document reconnaisse que «certaines personnes s'inquiètent de la présence d'un corridor à proximité du SIS Spectre de rue», il y est affirmé que «l'utilisation des drogues est une réalité déjà présente dans le secteur». «Il ne s'agit pas de tenter d'ignorer le problème, mais bien d'assurer la sécurité des citoyens, tout en venant en aide à ceux et celles qui sont en situation de dépendance et de grande détresse.»

Le centre d'injection CACTUS est ouvert de 16h à 4h, sauf les vendredis et samedis où il est ouvert jusqu'à 6h du matin, selon les informations disponibles sur le site internet de l'organisme. Ainsi, le centre d'injection Spectre de rue sera le seul ouvert durant la journée à Montréal.




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