Service de sécurité incendie de Montréal: «un monde macho»

«La relève est dynamique et pleine d'ambition», indique Anik St-Pierre,... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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«La relève est dynamique et pleine d'ambition», indique Anik St-Pierre, enseignante en techniques de sécurité incendie au collège Montmorency et ancienne militaire. Sur la photo : des élèves de l'Institut de protection contre les incendies du Québec (IPIQ).

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«On ne se le cachera pas, plusieurs gars n'ont jamais vu une fille de leur vie dans une caserne. Et si un gars a déjà vu une fille, c'était dans un 5 à 7 officiel», confie la pompière Justine Forget. La jeune femme de 23 ans a déjà oeuvré dans la recherche et le sauvetage pour la Garde côtière canadienne. Elle est la seule femme dans sa caserne, la seule à avoir été embauchée par le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) au cours des six dernières années.

À la Ville de Montréal, un nouveau rapport de deux commissions consultatives recommandant de déployer des efforts en matière de mixité dans l'embauche a été déposé, fin septembre, lors de la séance du conseil municipal. Ce n'est pas le premier. Mais cette fois, son adoption permettra au SIM de présenter son propre plan d'embauche au féminin.

Le nouveau directeur du SIM, Bruno Lachance, a refusé une entrevue après l'avoir acceptée au préalable pour faire le point, deux ans après l'implantation d'une politique contre le harcèlement. Au service des relations avec les médias, la porte-parole Gabrielle Fontaine-Giroux a confirmé qu'un plan est sur la table.

«Le SIM travaille actuellement sur une stratégie d'attraction ciblée. Il souhaite construire un service diversifié, à la hauteur et représentatif de la population qu'il dessert, c'est-à-dire de l'ensemble des citoyennes et des citoyens de Montréal», a précisé la relationniste.

Dans les casernes montréalaises, les 29 femmes ne sont pas regroupées en association ou en comité. C'est tout le contraire de certaines grandes villes américaines, où des pompières se sont mises ensemble pour s'entraider. Et c'est à l'opposé du Royaume-Uni, où une femme, Dany Cotton, 47 ans, est devenue au printemps la première chef de l'histoire de la brigade de pompiers de Londres, avec 4800 pompiers en uniforme sous son commandement.

«Pour certains pompiers, c'est difficile de concevoir qu'une femme peut accomplir le travail parce qu'ils veulent préserver leur image de héros. Ça blesse leur ego macho. Il faut briser l'image du pompier de six pieds poilu», a dit Mme Cotton au quotidien The Guardian, peu de temps avant de devenir une héroïne de l'incendie de la tour Grenfell de Londres, en juin, qui a tué au moins 80 personnes.

Au Québec, la double médaillée olympique en snowboard cross Dominique Maltais a été pompière à Montréal de 2002 à 2005 avant de se consacrer à temps plein à sa carrière d'athlète. Elle se rappelle que les casernes ne comptaient que 23 femmes à l'époque. Six de moins qu'aujourd'hui.

«Des colons, il y en aura toujours partout, dit-elle. C'est vrai que c'est un monde macho, très macho. Mais ça ne m'a jamais empêchée de réaliser mon rêve d'enfance, celui d'être pompière. Un rêve devenu une passion.»

Enceinte depuis quelques mois, elle a été embauchée cet été à titre de «préventionniste» au service de sécurité incendie de Baie-Saint-Paul. Elle espère retourner en caserne après son congé de maternité. «Les gars m'ont toujours appréciée, ajoute-t-elle. Il faut dire que je fais ma petite affaire. Et j'ai vite constaté qu'ils prennent leur trou quand ils voient qu'une femme est capable. Il faut prendre sa place.»

Relève «dynamique»

Dans l'espoir de renverser la vapeur, Anik St-Pierre, enseignante en techniques de sécurité incendie au collège Montmorency et ancienne militaire, a lancé la journée annuelle d'initiation «Les filles ont le feu sacré», en collaboration avec l'Institut de protection contre les incendies du Québec (IPIQ). En 2015, une seule fille a été admise dans le programme du collège. Cet automne, elles sont neuf à avoir enfilé les bottes de combat du programme, note-t-elle.

«La relève est dynamique et pleine d'ambition, explique-t-elle. Nous ne voulons pas abaisser les critères d'embauche, ça demeure un métier très physique. Mais nous croyons qu'une plus grande mixité sera bénéfique pour les pompiers et les citoyens. Les services de police en sont un bel exemple.»

Au début de septembre, la pompière Justine Forget est venue prêter main-forte à la campagne lors d'une soirée de promotion dans une classe de l'IPIQ. Devant elle, une douzaine de jeunes femmes, huit hommes noirs, un jeune d'origine égyptienne et un autre du Vietnam, tous vêtus de l'uniforme bleu de l'académie.

«C'est un environnement où il y a rarement une fille», souligne Justine Forget. «C'est clair que le métier n'est pas fait pour tout le monde. Mais il y a de la camaraderie. La vie en caserne, c'est comme en famille. Sauf qu'il faut y penser à deux fois avant de s'embarquer.»

«Par exemple, il ne me viendrait jamais à l'idée de proposer un virage végétarien à la gang», ajoute Justine Forget

Luc Turgeon, directeur adjoint à l'IPIQ, a raconté aux jeunes qu'il est pompier depuis 1976. «Je me souviens du chiffre, nous étions 92 nouveaux pompiers. Nous étions tous pareils; blanc, moustache, cheveux courts. C'était le reflet des années 70. Aujourd'hui, particulièrement à Montréal, la population est diversifiée. Il faut que la profession soit représentative», a-t-il dit.

«Gros jambons»

Par l'entremise du collège Montmorency, La Presse a contacté plusieurs pompiers afin d'obtenir leur point de vue sur la question. Un seul a rendu l'appel, un pompier d'Hochelaga, enseignant à temps partiel au collège Montmorency. «Comme pour toutes les professions, il y a toujours environ 10% de gros jambons dans les entreprises», estime Jonathan Létourneau-Leblond. Selon lui, il est vrai que le traitement réservé aux femmes a été discutable dans le passé. Mais les temps évoluent, elles ne sont pas «différentes» des hommes.

«Quand on a plus de misères avec une pompière, c'est généralement parce qu'elle a des difficultés physiques ou dans son attitude. Mais c'est la même chose pour les gars. Il faut toutefois avouer que c'est vrai qu'une fille doit être plus prudente quand elle arrive en caserne. Elle sera le centre d'attention plus facilement. Mais nous nous connaissons tous entre nous, de réputation. Filles ou gars, il y en a avec qui je n'irais pas risquer ma vie sur un feu. Elles ne sont pas spécialement ciblées, les gars sont dans le même panier.»

Le comité exécutif de l'Association des pompiers de Montréal n'a pas donné suite aux demandes d'entrevues de La Presse.

Pas de portrait des effectifs depuis 2012

Le ministère de la Sécurité publique n'a pas tracé un portrait de ses effectifs en incendie au Québec depuis 2012. Des fonctionnaires y travaillent, a-t-on affirmé au service des communications du Ministère. L'inclusion des femmes est devenue une priorité au gouvernement provincial, au printemps, avec l'adoption de la «Stratégie pour l'égalité entre les femmes et les hommes vers 2021». Le plan prévoit notamment de documenter «objectivement» la nature des «obstacles à l'accès et au maintien» des femmes dans les casernes.




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